Le Juge d'Instruction : Vous avez rédigé et publié
plusieurs ouvrages sur la Bête...Vous êtes donc ce que l'on
appelle un spécialiste ? Voire une autorité compétente?
Le suspect : Oui Monsieur le Juge. Je dirais simplement une autorité.
J'ai rédigé de nombreux articles et ouvrages qui font référence
dont un très récent.
Le Juge d'Instruction : Vous connaissez donc les gravures d'époque
?
Le suspect : Bien évidemment Monsieur le Juge. Je les connais
fort bien et en ai moi même publiées de nombreuses tant dans
mes articles que dans mes ouvrages !
Le Juge d'Instruction : Comment expliquez vous, alors, que sous la plupart
ce ces gravures d'époque soient portées les mentions, je
cite : "Portrait de la hiène, bête féroce qui
désole le Gévaudan" (mars 1765 deSartine ; "Figure
de la bête féroce que l'on croit être une hyène
et qui ravage depuis six mois le Gévaudan" "Figure de
la bête féroce nommée hiene qui dévore les
hommes et principalement les femmes et les enfants" (Chez Basset
rue Saint Jacques Paris 1765) ; "Bête furieuse que l'on suppose
être une hiène qui dévore depuis six mois dans les
pays du Gévaudan" ; "Représentation de la bête
féroce nommée hiène qui fait un affreux ravage sur
les limites du Gévaudan, de l'Auvergne" (se vend à
Paris chez Corbié rue Saint Séverin) ; "Hyenne Animal
féroce qui ravage le Gévaudan depuis 1764 tel qu'on l' envoyé
à la cour" (Bib; Nat. Coll. henin cliché de la revue
Aesculape) ; "Véritable figure de la bête féroce
nommée hyène tuée à trois heures de Langeac
- Description de l'Hiene -" (peint d'après nature par B. Chinon
A Paris chez Basset rue Saint Jacques) ; "Représentation de
la bête féroce nommée hyène" (Bibliothèque
Nationale) ; "Zeigenden wilden Thiers Hÿene" (gravure allemande
1766) ...et j'en passe.

Si on lit attentivement la légende portée sous cette estampe on peut lire :
" Portrait de la Hiene, bête féroce qui désole le Gévaudan, tuée par Monsieur Duhamel - Permis d'imprimer et de distribuer ce 2 mars 1765 De Sartine"
Mention complémentaire : "La Bête du Gévaudan d'après le Capitaine Duhamel"
Cela semble donc une estampe très "officielle" puisqu'elle porte la mention d'autorisation d'imprimer et de distribuer de Sartine qui est l'équivalent du Ministre de l'Intérieur. Troublant non ?
Et la bête en question ne ressemble pas trop à un loup. N'est-ce pas ?

Et le même portrait robot publié en Allemagne pendant l'affaire de la Bête du Gévaudan !
Le suspect : Cela est fort possible mais à l'époque
les gens racontaient n'importe quoi et n'avaient jamais vu une hyène.
D'ailleurs ils ne savent même pas se mettre d'accord sur l'orthographe
du mot hyène. Preuve que cela ne peut pas être cet animal.
Ils ont écrit hyène comme ils auraient pu écrire
n'importe quoi, comme canari ou raton laveur, tout le monde sait que la hyène est un animal symbolique
et qui peut représenter n'importe quel animal.
Par exemple un loup.
Le Juge d'Instruction : C'est étrange qu'il ne soit jamais
question de loup.
Mais presque toujours de hyène ou de bête.
Sauf dans les revues de chasseurs où l'on parle d'un "loup
d'espèce étrangère, tué en Gévaudan"
(J. Rober Delin et success. ) .
Le suspect. Oui, j'en conviens mais je ne vois pas où vous
voulez en venir.
Le juge d'Instruction : Le loup dans cette affaire semble avoir
bon dos puisqu'à l'époque on accuse explicitement une bête
qui serait une hyène et ceci quelque soit l'orthographe de ce nom
et non un loup.
Le suspect : Comme je vous l'ai déjà dit les gens
racontent n'importe quoi. Une hyène, pourquoi pas un requin ou
un crocodile ? Et puis on ne parle pas du loup car "quand on parle
du loup en en voit la queue". Les gens avaient donc peur de parler
du loup. C'est logique !
Le Juge d'Instruction : Mais ils n'avaient pas peur de parler
de la hyène. C'est étrange.
Le suspect : Bien évidemment, la hyène n'évoque
rien pour eux, ils n'ont donc pas peur de la citer à tout bout
de champ. Et puis c'est un animal étranger et sauvage, on voit
mal ce qu'elle ferait dans le Gévaudan !
Le Juge d'Instruction : Tout le monde s'accorde à reconnaître
qu'un personnage important, Jean François Charles de Molette, alias
le Comte de Morangiès ou Morangias, neveu du Marquis d'Apchier
ou Apcher, fut militaire de carrière en Afrique et au Moyen Orient
d'où il put fort bien ramener une portée de ces animaux
qui s'apprivoisent d'ailleurs fort bien. C'est ce qu'explique Monsieur
Geoffroy-Saint-Hilaire, Membre de l'Institut, professeur de zoologie au
Muséum et fondateur de la ménagerie du Jardin des plantes.
De plus ces animaux, contrairement à ce que l'on croit sont des
fauves redoutables qui n'hésitent pas à s'attaquer à
l'homme. Des animaux dressés et cuirassés auraient donc
fort bien pu être très familières avec leur dresseur
et redoutables à la chasse à l'homme, ou plutôt à
l'enfant et à la fillette.
Le suspect : Vous n'avez bien évidemment aucune preuve
ni contre de Morangiès ni contre la famille Chastel qui travaillait
pour Madame d'Apchier, proche parente du Comte et oncle de Morangiès
!
Le Juge d'Instruction : Tiens, je ne les avais pas encore évoqué,
ceux là. Merci de me tendre la perche. Avec Jean, le Père
dit "Le Masque", donc le sorcier, ou "De La Masque"
c'est à dire fils de sorcière. Avec son frère Jean
Pierre Chastel, dit Pierre Chastel, condamné à mort par
contumace, donc disparu dans la nature, après le meurtre de son
neveu commis le 8 mars 1745. Et qu'on ne rechercha point trop. Avec son
fils Antoine qui aurait été valet de ménagerie et
chargé d'apprivoiser et de nourrir les bêtes féroces
(Henri Pourrat) en Orient où, justement, il aurait rencontré
et servi le Comte de Morangiès. Avec son autre fils Pierre, une
sombre brute, qui vivait accompagné de grands chiens sur les contreforts
du Mont Mouchet on a, en effet, affaire à une famille très
particulière ! Et encore on ne sait pas trop ce que faisaient les
sept autres rejetons de Jean Chastel. Mais ce que l'on sait c'est que
Jean, Antoine et Pierre (le fils et non le frère !) travaillaient
peu ou prou pour le compte de Madame d'Apcher et cici à divers
titres. Ils avaient donc des relations dans la haute société.
Ce qui explique que la justice ait toujours été assez clémente
à leur égard !
Le suspect : Premièrement vous n'avez aucune preuve de tout cela, aucun aveu officiel. Ce qui les met justement hors de cause puisqu'il
n'y a, je le répète, aucune preuve tangible de leurs prétendus
méfaits. Il faudra bien un jour choisir entre la fameuse hyène,
hypothétique, les Chastels, toujours innocentés, le Comte
de Morangiès, hors de tout soupçon et le loup, donc les
loups. Celui-ci par contre on a beaucoup de choses à lui reprocher
et on aimerait bien s'en débarrasser définitivement. Vous
voyez ce que je veux dire. Deuxièmement je n'ai plus rien d'autre à ajouter sur ce sujet particulier des Chastel qui ont encore pignon sur rue.
Le Juge d'Instruction : Comme certains de vos honorés confrères
vous affirmez dans votre dernier ouvrage qu'il ne peut s'agir d'un sadique
et que cette hypothèse est récente, développée
par le Docteur Puech, vers les années trente. Qu'auparavant nul
ne parla d'autre chose que d'une bête. Je vous cite : "tout
le reste me paraît dès lors exercices gratuits relevant du
roman, non de l'histoire".
Vous reprenez ainsi la thèse de Jean Richard qui affirmait : "Outre
la centaine de victimes de la bête, il y eut des dizaines d'hommes,
de femmes et d'enfants qui se battirent contre celle-ci, qui en réchappèrent
et qui la décrivirent. Tous, absolument tous, ont parlé
d'une bête avec quatre pattes et jamais d'un homme même déguisé
avec des peaux de bête". (compléments iconographiques,
historiques et bibliographiques par Jean Richard. Ajout à François
Fabre dans La Bête du Gévaudan Editions de Borée).
Le reconnaissez vous ?
Le suspect : Oui Monsieur le juge, je le reconnais. La Bête
était une bête et un point c'est tout. Probablement un loup.
Nous sommes nombreux à l'affirmer. Chastel a tué ce loup
et tout ce qu'on raconte sur lui ne sont que bobards. Il était
honorablement connu et recevait même des primes pour ses chasses,
ce qui le met totalement hors de cause. Ce sont des voisins jaloux et
incultes qui l'accusaient d'être un "meneur de loups"
et qui l'ont affublé de son surnom du "masque". On retrouve
ce surnom dans "L'Armée des Ombres" de Kessel et il désigne
un résistant. Vous voyez bien Monsieur le Juge que tout ça
ne sont que fadaises.
Et puis son fils cadet, Antoine, injustement accusé, il n'avait
que dix neuf ans à l'époque, pensez donc, Monsieur le Juge,
presque un bébé. Je le prouve dans un arbre généalogique.
Il est donc également innocent et hors de cause. Tout est tout
à fait normal dans cette affaire. Je puis même vous produire
des formules dentaires attestant qu'il s'agit d'un loup car (1 3/3; C
1/1; Pm et M7) x2 + (Pm et M 5/6) = 19/22 = 41 dents, c'est à dire
à une unité près la formule dentaire du loup (42
dents). Même et surtout si le chien nou un hybride présenterait strictement la même formule dentaire. C'est un loup.
J'affirme même que ce loup tué par le Marquis d'Apcher était
de dimensions impressionnantes.
Pensez donc il mesurait 1,50 m de long et 77 cm au garrot, l'ouverture
de sa gueule est de 19 cm, la mâchoire est longue de 16 cm.
C'est bien ce monstre, mieux ce loup terrifiant d'un mètre cinquante
de long, y compris la queue, qui aurait donc dévoré plus
de 100 personnes et je n'en démordrai pas. Il avait simplement
bon appétit et 41, peut-être même 42, grandes dents pour mieux te manger mon enfant.
Le Juge d'Instruction : Je n'en doute pas. C'est fort intéressant.
Je frèmis de terreur devant l'évocation d'un loup d'un mètre
cinquante de long, y compris la queue, tué par ce Comte d'Apcher
dans le jardin d'une abbaye dont on avait justement élagué
les allées à bon escient afin de faciliter sa chasse. Mais
revenons un instant aux témoins d'époque Que disent-ils
dans le mémoire Marin du 20 juin 1767 et concernant l'autopsie
réalisée sur la bête tuée par Jean Chastel,
qu'en tant que chercheur et spécialiste de la bête vous ne
pouvez ignorer. Ou feindre de continuer à le faire. Ceci :
" Plusieurs chasseurs et beaucoup de personnes connaisseuses nous
ont effectivement faire remarquer que cet animal n'a des ressemblances
qu'avec le loup que par la queue et le derrière. Sa tête
est monstrueuse, ses yeux ont une membrane singulière qui part
de la partie inférieure de l'orbite venant au gré de l'animal
recouvrir le globe de l'oeil. Son col est recouvert d'un poil très
épais et roussâtre traversé de quelques bandes noires.
Il a sur le poitrail une grande marque blanche en forme de coeur...Cela
nous a semblé une observation intéressante car de l'avis
des personnes connaisseuses et de tous les chasseurs on n'a jamais vu
aux loups de pareilles couleurs"
Un autre témoin de cette dissection ajoute " La tête
est monstrueuse, de forme carrée, beaucoup plus large et longue
que celle du loup ordinaire, les oreilles droites et larges à leur
base, les yeux noirs et munis d'une membrane singulière...le col
est très large et court, garni d'un poil rude extrêmement
long et touffu avec une bande transversale noire descendant jusqu'aux
épaules...La tête d'un poil fauve, noir et lisse, le poil
du corps fort épais et long , d'une couleur grisâtre, tacheté
de noir. L'animal avait sur la poitrine une grande tache blanche ayant
la forme parfaite d'un coeur. Ce que j'ai l'honneur de vous marquer, Monsieur,
justifie l'incertitude des paysans sur l'espèce de la bête.
Ceux qui l'avaient vue par derrière disaient que c'étaient
un loup. Ceux qui l'avaient vue par devant affirmaient que c'était
un animal inconnu". Langeac 6 juillet 1767.
Je vous fais remarquer qu'il ne s'agit pas, encore une fois, d'un portrait
robot ou d'une construction aléatoire par ordinateur mais bel et
bien d'un rapport officiel et de la lettre d'un témoin oculaire.
Ce qui est fort différent. Et il ne s'agit pas d'un loup, puisce ce n'est pas un loup sauf par la queue, éventuellement.
Le suspect : J'en conviens mais il demeure que ceux qui l'ont
vu par derrière et de loin persistent à affirmer qu'il s'agit
quand même d'un loup. Un loup très bizarre certes, mais un
loup quand même.
Même le Professeur Moriceau qui a probablement lu le rapport l'affirme, c'est un "grand loup antropophage" d'un mètre cinquante de long. On en frèmit de terreur.
Le Juge d'Instruction : Si vous aviez eu à décrire
une hyène cette description n'aurait-elle point coïncidé
avec ces écrits réalisés par des témoins visuels
?
Le suspect : Évidemment que c'est la description d'une
hyène mais notez que celle-ci n'est pas nommée. Et puis, ouf et re-ouf, la formule dentaire ne corrzespond pas à une hyène. Pour un éventuel hybride de hyène et de loup on sait pas trop quel aurait été le nombre de dents, heureusement.
Donc il s'agit d'un loup et un point c'est tout !

La hyène a toujours eu mauvaise réputation.
Voici comment on se la représentait au Moyen-Age
On peut noter une similitude assez frappante avec les descriptions de la Bête : crinière, oreilles droites, longue queue.
Et surtout avec l'estampe allemande représentant la Bête
Le juge d'instruction : Mais vous venez d'avouer que c'est la
description d'une hyène et de plus tout le monde parle d'une hyène.
Vous vous foutez de moi !

Trois siècles plus tard la hyène
a toujours aussi mauvaise réputation.
Mais elle ressemble trait pour trait à son ancienne cousine médiévale
!
Gravure allemande contemporaine à la Bête et la représentant
sous les traits d'une hyène conventionnelle
Le suspect : Si on parle d'une hyène on voit tout de suite
où vous allez en venir. Vous allez encore accuser les Chastel et
De Morangiès. Je maintiens donc que c'est un loup.
Le Juge d'Instruction : Je préfère ne pas parler
du rapport Portefaix qui accuse un sadique bien connu de tous et qui,
ce faisant, ne fait que reprendre les accusations de Monseigneur l'Évêque
de Mende.
Le suspect : C'est un faux notoire. C'est un procédé
indigne. C'est un scandale. Je ne parlerai plus qu'en présence
de mon avocat New-Yorkais. C'est un loup...Portefaix se trompe. C'est un loup normal
qui a simplement un peu dévoré quelques ploucs de trop.
Ce texte n'aurait jamais du être publié.
Le Juge d'Instruction : Evidemment il s'agit d'un témoin
gênant. D'un indiscutable témoin pensionné par le
Roi lui même pour avoir été témoin. Difficile
donc de nier son témoignage .Mais ce n'est plus très grave.
Il y a heureusement désormais prescription. Rasssurez vous ! Portefaix,
qui se nommait désormais Villaret, fut tué le 14 Août
1785 dans des circonstances étranges. Pas dans un accident d'avion
ou d'hélicoptère dans le Ténéré, pas
écrasé par un camion qui manoeuvrait sur une route de campagne,
pas suicidé avec le revolver de son chauffeur, pas dans une chute de vélo en dérapant sur des dalles mouillées au Touquet, mais bêtement
par une manipulation d'un boulet qui explosa malencontreusement. Il avait
32 ans. Si nous allions déjeuner. Je vous invite. Je connais un
restaurateur qui se fera un plaisir de nous servir un excellent gibier.
C'est pas la saison de la chasse mais il a quelques combines. Et, comme
nous, il a horreur des loups.
L'ancien suspect. Tout va donc très bien dans le meilleur
des mondes et Madame la Marquise pourra dormir tranquille. Je lui passe un coup de fil pour lui dire que tout est arrangé et que toutes les poursuites ont été abandonnées. Je vous en
prie, passez devant.
Le Juge d'Instruction : Où irait-on, je vous le demande,
si on laissait n'importe qui raconter n'importe quoi.
.
La fameuse hyène telle que représentée
au début du XIXe
Une certaine ressemblance avec le rapport Marin !
gueule carrée, museau camus, crinière, bande noire, corps
tacheté...qui dit mieux ?
Ah oui, mais pas la même formule dentaire, dommage.
Mais toute ressemblance avec un personnage ayant existé ne peut être qu'une simple coïncidence
puisqu'on vous dit que c'est un loup !
CONCLUSION GENERALE DE LA CONTRE ENQUETE
:
"Qu'on le veuille ou non,
Il faut toujours que les choses finissent par rentrer dans l'ordre"
Charles de Gaulle.
Comme le souligne un auteur,
le Lieutenant-Colonel Serge Colin (Autour de la Bête du Gévaudan
-
Editions de l'auteur )
" il existe une querelle entre ethologues et historiens, entre spécialistes
et généralistes, entre lycophiles et chasseurs, entre "étrangers"
et Gévaudannais ".
Ce qui ne simplifie pas les choses.
De plus, bon nombre de chercheurs se bloquent définitivement sur
une hypothèse : soit le loup, soit plusieurs loups, soit la bête
mystérieuse, soit le chien (ou les chiens dressés), soit
le sadique (ou les sadiques) utilisant soit une bête mystèrieuse,
soit un chien dressé, soit plusieurs chiens dressés, soit
un hybride entre chien et loup soit plusieurs hybrides, soit une hyène.
On pourrait les qualifier de "monomaniaques" du fromage OU dessert.
La hyène rayée : une sérieuse
concurrente sur la liste des suspects !
Le fameux animal empaillé du Muséum d'Histoire Naturelle,
brûlé en 1848, portait bien la mention :
"Hyène - animal qui dévora une
centaine de personnes en Gévaudan "
Mais entre temps elle a malencontreusement disparu dans les immenses réserves.
Sans commentaire ! Mais le loup a bon dos.

Une hyène apprivoisée en Afrique
Beau Bestio !
Pour les naïfs qui croient encore que la hyène est une petite bestiole !
Désolé, la vérité est ailleurs.
Photo Peter Hugo

Une impressionnante hyène brune (parahyaena brunea) photographiée dans un zoo de Berlin
Elle correspond aussi à certains portraits robots de la Bête du Gévaudan !

Une hyène pachicrocuta qui ferait une belle femelle pour un hybride !
Or,
au vu des divers compte-rendus d'époque, et ils sont nombreux et
souvent bien circonstanciés, on se rend rapidement compte qu'il
existe plusieurs modes opératoires dans les agressions et leurs
conséquences.
Tantôt la victime se retrouve bel et bien dévorée,
tantôt elle est lacérée, tantôt elle bénéficie
d'une mise en oeuvre très macabre et très élaborée
(tête découpée posée bien en vue, vêtements
retirés soigneusement et déposés dans l'ordre de
l'habillage...).
Dans la dernière hypothèse aucun animal n'est capable de
trancher net une tête ou de procéder à une mise en
scène parfaitement orchestrée.
Certains auteurs accusent les rapports concernant ces mises en scène d'être des affabulations de crétins ("Peu de choses en vérité, des affabulations de pauvres" RF. Dubois Vie et mort de la Bête du Gévaudan Editions OGAM page 329...)
Mais ils retiennent par contre tous les rapports indiquant que les victimes ont été " seulement" dévorées.
Dans un cas les rapports émanent donc de crétins de pauvres et dans l'autre de personnages hautement responsables ?
Mais on sait qu'il existait généralement trois rapports pour chaque affaire liée à la "Bête" : un rapport des autorités locales, généralement le curé ; un rapport officiel effectué soit par la Gendarmerie Royale, donc la Maréchaussée ou, en l'absence de celle-ci un notaire, et un troisième rapport effectué par un représentant officiel de Monsieur de Montcan, Gouverneur Militaire du Languedoc.
D'autre part on voit mal un être humain dévorer sur place
une grande quantité de chairs et d'organes.
Il semble donc y avoir contradiction entre ces divers modes opératoires
ainsi, d'ailleurs, que dans les zones d'opération.
Il est donc fort probable qu'il faille envisager le cas beaucoup plus
probable non d'une seule hypothèse, quelle qu'elle soit, mais de
plusieurs hypothèses parfois contradictoires.
Le
fait d'animaux dressés par des sadiques n'exclut pas l'oeuvre parallèle
d'un ou de plusieurs sadiques agissant déguisés et profitant
de la terreur exercée par la Bête pour assouvir leurs penchants.
Il n'existait pas, à l'époque, de médecine légale,
et le viol éventuel de certaines victimes n'a jamais été
évoqué simplement parce qu'il était totalement inconvenant
de l'évoquer.
Il faut remettre les faits dans le contexte social, politique et religieux de l'époque.
Actuellement on rechercherait immédiatement les traces d'un éventuel crime sexuel.
A l'époque cette simple notion de crime sexuel n'existait même pas et dans les campagnes le viol était considéré comme un accident de parcours, malencontreux certes, mais assez habituel lorsqu'il concernait le bas peuple, ou "gens de peu" et mettait en cause des "gens de biens", donc de simples propriétaires.
Qu'une vachère à peine adolescente fut troussée par un hobereau local était plutôt un signe que la garce était appétissante sinon consentante.
Pas besoin d'avocarts New-Yorkais pour défendre cette cause parfaitement entendue.
Si on ajoute que, justement, la notion d'adolescence n'existait pas dans ce bas peuple des campagnes puisqu'on passait directement du statut d'enfant, inutile, à celui d'adulte, corvéable !
A partir du moment où la victime était désirable au yeux d'un adulte elle devenait donc utile à
celui-ci !
Qu'elle se débatte et prenne alors quelque mauvais coups si elle n'en mourrait pas ou ne demeurait pas estropiée une simple bourse permettait de faire rentrer bien des choses dans l'ordre.
Dans les deux cas il s'agissait, et sans le moindre jeu de mot à l'époque, d'un simple problème de bourse !
Monseigneur de Choiseul Beaupré, Evêque de Mende, dans son fameux mandement est assez explicite à ce sujet "Après cela faut-il être surpris que Dieu punisse l'amour déréglé que vous avez pour eux..." (il s'agit bien évidemment des enfants !)
En précisant encore pour celles et ceux qui ne le sauraient pas que le masculin primait alors sur le fémininet qu'il faudrait probablement lire actuellement "l' amour déréglé que vous avez pour elles et pour eux"
Il n' était donc aucunement question de procéder post mortem un examen totalement contraire à la morale et aux bonnes moeurs , donc à la Science, mais simplement de constater, ou pas, si il y
avait eu crime de sang.
Lequel se devait d'être puni.
Point.
Si le crime sexuel en question, assorti d'un crime de sang, pouvait être déguisé en attaque animale il n'y a aucune raison d'imaginer l'acte d'un quelconque sadique.
De plus, ce sadique pouvait fort bien se satisfaire de la souffrance seule de ses jeunes victimes sans aucunement chercher à les abuser sexuellement mais en mettant en scène cette victime qui, alors, assouvissait son fantasme.
Il est possible que, parallèlement à ces faits, des personnages
peu fréquentables aient également profité de la situation
pour se livrer à des vengeances sur des voisins.
Un coup de gourdin bien placé, une bonne vieille griffe et le concours de quelque chien et le tour était joué.
On accusait la "Bête", donc les loups !
Il est possible que des loups eux même, découvrant un cadavre humain, aient
agi par opportunisme en s'offrant un repas à bon compte et aient,
par la suite, été tués et retrouvés porteurs
de débris humains.
Sans parler de règlements de comptes politiques mis, à bon
compte, sur le compte de la Bête.
On ne prête qu'aux riches.
Il s'agit d'un syndrome bien connu de la gendarmerie qui veut que les
vols et déprédations augmentent lorsque des nomades s'installent
quelque part.
D'honnêtes gens, fort sympathiques au demeurant peuvent alors en toute impunité
commettre quelques délits qui seront vraisemblablement imputés aux "romanichels" .
Qui eux-mêmes ne sont pas nécessairement tous des saints et des saintes nitouches et qui considèrent, un peu comme le soldat en campagne, que "tout ce qui est dans le fossé est bon à ramasser !"
Les fossés ayant souvent le dos un peu large.
La nature humaine est ainsi.
Nos Amis québécois (ou Québequois comme on disait alors !) résument cela en une formule lapidaire d'une totale efficacité :
"Là où il y a des hommes il y a de l'hommerie !"
Mais il existe une différence entre des voleurs de poules (présumés
!) et des assassinats.
Comme il existe, aussi, une différence entre un trousseur de jupons à la Brassens et un violeur récidiviste.
Il existe aussi divers degrés dans la vengeance et l'époque
en question prouve amplement que celle-ci pouvait ne pas trouver de limite
lorsque des croyants sincères et dévoués à leur cause, fort honorable au demeurant, s'étripaient lentement, se faisaient rôtir à petit feu ou
se clouaient gaiement sur les portes des églises et des temples.
Cela s'est ble et bien vu.
On a vu à Abbeville en place publique le supplice du Chevalier de la Barre, âgé de 19 ans, qui, le premier juillet 1766, donc en pleine période de la "Bête", eut les genoux écrasés par des coins, fut roué, démembré, auquel on arracha la langue et qui fut finalement brûlé pour avoir refusé de saluer une procession.
Tandis que les crapules dénoncées haut et fort par l'Evèque de Mende courraient toujours et perpétuaient leurs crimes en toute impunité.
Rien n'empêche donc que tout ce petit monde du Landerneau des auteurs patentés Bédégé ou amateurs ait partiellement
raison et globalement tort.
Ou le contraire !
Dans cette affaire le Normand Denneval
a du approcher de près la vérité, mais il était Normand (comme je le suis moi même et ceci depuis de très nombreuses générations !) et
vérité de Normand est toujours très complexe.
Un
oui, un non, un peut-être...
On l'a donc prié d'aller pendre des loups ailleurs.
Ce qu'il fit fort bien en Forêt Royale et Indivise d'Eu.
Où se trouve toujours " L' Arbre à Leu" * où l'on pendait les loups après un jugement sommaire mais équitable puisqu'on leur déléguait même un avocat commis d'office !
* Il vient malheureusement d'être victime d'un violent orage en mars 2008 et a été tronçonné sans autre forme de procès !

La très fameuse "Bête du Gévaudan" par le sculpteur Auricoste à Marvejols
Les mauvaises langues affirment que la bête a été massacrée deux fois :
la première fois par Chastel, la seconde fois par Auricoste !


La bête enfin mise en cage dans une petite rue du Malzieu.

La Grosse Bête de métal de Saint Privat d'Allier !
Elle est l'oeuvre de Mickel Moing

Quelques "Bêtes" "Gothiques" d'une fontaine de Saugues

Une belle "Bête" bien triste à la Cocteau du Puy en Velay

Encore une sacrée Bête à cupules du Puy en Velay

La Très Officielle "Bête du Gévaudan" d'Aumont Aubrac

Comme le panneau l'indique c'est une carte postale !

Une "Beste dévoirante" à Beaune

La même "beste dévoirante" - détail

Les armes de la singulière famille du Président Sarkozy de Nagy Bocsa (authentique !)
Toute similitude ne serait qu'une coïncidence malheureuse
!

Une certaine ressemblance, sinon une ressemblance certaine !
Non, il ne s'agit pas de la bête du gévaudan.
Mais des Armes de la famille de notre Président Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa (Hongrie).
"De gueules au loup rampant naturel brandissant baudelaire d'or sur mont de sinople"
Houhouhou...Loup y es-tu ?
Un revirement de dernière seconde
motivé par le consensus !
Après maintes réflexions
il convient donc, par tranquillité d'esprit et pour se faire bien
voir des autorités locales et des associations ayant pignon sur
rue, de se rallier à l'opinion généralement admise
:
Il s'agissait simplement d'un gros
loup un peu bizarre qui a bouffé plein de monde et ceci sans aucune
complicité extérieure et sans que soient impliquées
aucune des personnes citées dans cette contre-enquête.
Que cela soit dit une fois pour toutes et tout ira pour le mieux dans
le meilleur des mondes !
Et que tout le monde, enfin, puisse dormir tranquille.
Amen.

Encore une nouvelle victime de la Bête
!
Le Karateka Jean Pierre Blain dit "Bip-bip" n'a pu être
sauvé malgré les efforts désespérés
de la bonne du Curé (gauchère !) de Paulhac.
Photo prise à Auvers.
Nous nous excusons d'avance auprès du sculpteur qui, cette fois-ci,
n'y est pour rien
Mais nous sommes venus à la rescousse
avec nos bâtons et la chose a été promptement réglée.
Groupe du Stage des Arts Classiques du Tao de Paulhac Août 2004
à Auvers.

A Auvers en 2004 devant La Maison de la Bête :
Le Stage des Arts Classiques du Tao avec Georges Charles qui a réalisé cette contre-enquête

A Auvers en 2009 : Toujours le Stage des Arts Classiques du Tao avec le même Georges Charles
Et en exclusivité l'inauguration du groupe monumental du Malzieu !
Le Malzieu est une sympathique bourgade constituée du Malzieu-Ville et du Malzieu-Forrain au coeur du Gévaudan et de la Margeride et juste au pied du Mont Mouchet.

Maisons anciennes du Malzieu "La Perle de la Vallée"
Elle a conservé les vestiges de ses remparts qui en faisaient, jadis, une cité fortifiée que ses habitants nommaient avec fierté "le petit Carcassonne du Gévaudan" ou la "Perle de la Vallée".

La Mairie du Malzieu à la tombée de la nuit
Et, en effet, les murailles et les tours conservent bel effet ainsi que quelques anciennes maisons médiévales qui constituent d'ailleurs un petit labyrinthe où, en été, déambulent les touristes.

La Bête avait déjà été mise en cage dans une rue du Malzieu

Et peinte sur le mur d'un fleuriste du Malzieu
Il ne subsiste de l'imposant chateau, qui fut une place forte importante pendant les guerres de religions, qu'un batiment qui fait désormais office d'Hotel de Ville.
C'est également une étape sur l'un des chemins de Saint Jacques de Compostelle qui passe par Saugues, de l'autre coté du Mont Mouchet et qui mêne les pélerins au Puy.

On la retrouve même au hasard d'un vide grenier !

ou au hasard d'une rue
On y mange donc bien et une base nautique attire pas mal de monde en saison.

Une belle porte de l'époque de la Bête : 1667
C'est une ville historique mais désormais sans histoires !

Les maisons et les remparts du Malzieu : un lieu chargé d'histoire
Et il fallait donc créer un évènement.

Une affiche pour la bédé de Jean Claude Bourret !
Près les extraterrestre, l'autodéfense et La Cinq il s'attaque à la Bête.
Espérons qu'il ne va pas réussir à aussi la faire disparaître !
Comme il existe désormais plusieurs statues de la fameuse Bête, celle de Marvejols, celle d'Auvers, celle de Saint Privat d'Allier, celle de Saugues, et on en oublie probablement, un monument remarquable s'imposait.
Si on se réfère à l'histoire "officielle" de la Bête, le Malzieu apparaît deux fois dans les chroniques d'époque : celle où Denneval casse le plat de son sabre sur le dos d'un Consul de cette ville qui avait refusé de prendre part à une battue, ce qui occasionna la fuite de la dite Bête de l'autre coté de la Truyère alors qu'elle aurait due être cernée devant celle-ci et celle ou Monsieur Antoine, en arrivant dans le Gévaudan, y trouve gîte et couvert.

Le fameux passage à gué de la Truy-re au Malzieu par laquelle la Bêche s'échappa loors d'une battue devenue célèbre.
Dans un courrier, demeuré célèbre au demeurant, Denneval furieux traite les bourgeois du Malzieu de "crapules" et la Malzieu de "folle cité" et demande une lettre de cachet pour faire incarcérer le Consul.
Qui sera d'ailleurs très vite relâché car Denneval et son fils n'étaient plus tout à fait en odeur de sainteté.
Quoi qu'il en soit c'est quand même aussi "le Pays de la Bête !"
Et cela méritait donc d'être souligné.
Des travaux ont dont été entrepris en été 2009 pour monter un portique en pierres rousses qui sont traditionnelles et assez remarquables.

Les travaux en août 2009 !
Puis on a installé les statues !

Avant le 4 août la Bête a conservé, pendant quelques heures, une partie de son mystère.
En fait c'est là quelle est presque la plus impressionnante !

Mais on commence déjà bien à se douter de se qui se cache là dessous !
On a pris la photo, en douce, la veille à la tombée du jour.

Le discours inaugural de Monsieur Jean Noel Brugeron, Maire du Malzieu en compagnie du Sénateur Jacques Blanc et du député Pierre Morel à-l'Huissier et d'autres personnalités régionales.

Monsieur le Maire est est intronisé par la Confrérie des Manouls sous le nez hilare de la Bête qui a l'air de se demander ce qu'e'lle fait là !
Et le 4 août 2010 à 11 heures précises le monument a été inauguré en grande pompe par le maire du Malzieu, Jean Noël Brugeron et en la présence du Président du Conseil Général, le Sénateur Jacques Blanc et du Député Pierre Morel-à-l'Huissier ainsi que d'autres personnalités.
et les statues ont été, enfin, dévoilées.
Tatatin !

Le Loup du Malzieu...pardon la Bête du Gévaudan !

Qui a peur du Grand Méchant Loup ?
Elles sont l'oeuvre de Yves Louis Castel.
Il est amusant que Castel soit le même patronyme en Langue d'Oil que celui de Chastel en Langue d'Oc !
C'est donc, peut-être un lointain cousin du fameux Jean Chastel.
Qui sait ?
Mais, pour une fois Chastel n'y est pour rien puisque le groupe représente la Bête, dont Jean Yves Castel dit lui-même s'être inspiré d'un loup, d'un paysan gévaudannais ressemblant à Christophe Lambert dans Vercingétorix et d'une petite paysanne munie d'un modeste bâton.

Alain Parbeau déguisé en Jean Chastel présente des armes de l'époque de la Bête

On ne peut pas dire qu'on ne l'avait pas dit !

Le fampeux groupe devant la façade traditionnelle d'une ferme gévaudanaise reconstituée pour la circonstance
Le tout êtant il est vrai fort sympathique et même impressionnant et c'est juste à lentrée du Malzieu.
Evidemment, ce n'est pas un loup !
Le Midi Libre - Pays de Lozère - du 5 août titrait : "Le Malzieu- La Bête attaque, cette fois en sculpture - et sous titrait "Le Bête du Gévaudan fait encore parler d'elle. Une oeuvre représentant une attaque d'un loup a été inaugurée hier "
Mais il ne s'agit aucunement et nullement d'un loup, puisqu'on vous le dit et qu'on vous le répète !
On est donc rassurés et on va pouvoir, enfin, dormir tranquille.
Bien que, malheureusement, quelques mauvaises langues assurent que ce loup ressemble fort à un sanglier et que ce n'est donc pas un loup !
On ne va pas en sortir.
Et la conclusion de la conclusion :
"La Bête redevient donc à la mode et va bien finir par nourrir plus de monde qu'elle en aura mangé"

La Croix du Fau en hiver : des conditions climatiques assez particulières du Gévaudan !

Route enneigée en hiver 2009 à Paulhac en Margeride

Mais, finalement, rira bien qui rira le dernier !
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