Duhamel, les Denneval et
François Antoine...

   

Un pays désarmé suite à la "révolte des camisards"


Un buron comme il en existe encore sur les contreforts du Mont Mouchet
Certains lieux n'ont probablement pas trop changé !

Suite à la révolte des Camisards *, très proche dans le temps et dans l’espace, et à l’aventure de Louis Mandrin, bandit de grand chemin ayant sévi dans le Vivarais et le Gévaudan et qui fut roué vif le 28 mai 1755, la plupart des armes à feu et des armes longues (armes de hast) avaient été confisquées dans la région.

* Vous pouvez lire l'excellent ouvrage "La guerre des Camisards" par André Ducasse chez Hachette
paru en 1962 et réédité en 1978.

Les paysans utilisèrent donc pour se défendre le fameux couteau aveyronnais, devenu par la suite le Laguiole, alors emmanché et qui faisait ainsi office de baïonnette.

Mais ils utilisèrent également, comme ce fut le cas lors des jacqueries, des outils agraires comme des fourches, fourchons, râteaux, fléaux et faux retournées.

Malheureusement ces armes de fortune, souvent maniées par des enfants ne parvenaient pas à transpercer la peau de la fameuse "bête" ce qui, pour de nombreux chercheurs, indiquerait la présence d'une cuirasse.

De même, bon nombre de fusils d'époque, rarement détenus par les "croquants", ne bénéficiaient pas d'une puissance de pénètration suffisante pour lui infliger de graves blessures.

Ce qui explique, probablement, qu'elle ne fut que rarement blessée.

Ou du moins que les divers animaux passant pour la Bête échappèrent à ces blessures qui auraient, normalement, les mettre hors d'état de nuire.

Il est donc plus que probable que ces animaux, protégés par une cuirasse ou divers types de cuirasses, n'aient été que légèrement blessés puis soignés dans un ou plusieurs repaires du Mont Mouchet et du Mont Chauvet.



Une gravure d'époque montrant un berger armé d'une lance (collect. G.C.)
Il devair être parfois moins risqué de s'attaquer à une bergère qu'à un agneau de ce pâtre !


La plupart des vachers et des bergères étaient équipés d'une arme de fortune ou d’un simple bâton ferré.

Quand il ne s'agissait pas purement et simplement d'un bâton ou d'une cane !


Bete du Gevaudan

La La Bête est cernée et n'aura pas le temps de mettre ses sombres projets à éxécution !
Il convient de noter que, conformément aux Armoiries classiques elle est armée (griffes), lampassée (langues), allumée (yeux) et vilenée (sexe) mais contournée.

La légende de la figure comporte la mention précise et particulière :

"Figure de la bête féroce que l'on croit être une hyène".

Il est important de remarquer, dès à présent, que de très nombreuses illustrations d'époque comportent, en légende, la mention de la hyène !

Ce charmant animal sera pourtant oublié dans les statistiques de bon nombre d'auteurs récents et plus encore dans les fameuses données confiées aux ordinateurs censés nous délivrer la vérité.

Mais comme le dit justement Paul Boccuse
"Quand on congèle de la merde, on décongèle de la merde !"

Si les données fournises à l'ordinateur sont fausses il y a fort peu de chances que les réponses soient justes !

Or, ces estampes et illustrations étaient, à l'époque, le seul moyen d'informer le public, généralement analphabète mais qui n'en pensait pas moins.

Quelques privillégiés, dont les colporteurs, pouvaient lire les légendes en les décryptant mot à mot, généralement en famille, aux veillées ou en réunion.

Ces légendes, généralement méprisées de nos jours, donnent des indications simples mais essentielles et n'en apportent que plus de force à l'image.

Mais encore faut-il y préter attention et, éventuellement, comme Sherlock Hulmes, utiliser une bonne vieille loupe !

Dans les campagnes reculées, comme en Margeride, seuls quelques érudits, échansons, notaires, enseignants, curés pouvaient lire les textes plus complexes et généralemet fort ampoulés à cause de la censure et des bonnes moeurs.

Se baser uniquement sur ces textes c'est comme vouloir reconstituer un plat ou un repas à partir de la lecture de la notice d'une conserve chinoise.

On en sait généralement plus en regardant la photo sur la boîte !

 

 

 

Duhamel et les grandes battues de 1765...demeurées sans le moindre effet sur la "Bête"

De grandes battues furent néanmoins organisées assez rapidement sous la direction du capitaine major de Clermont, Duhamel sur ordre du Conte de Moncan, gouverneur militaire du Languedoc.

Le 7 février 1765, par exemple, une battue mobilisa 73 paroisses du Gévaudan, 30 d’Auvergne et 18 du Rouergue soit plusieurs milliers d’hommes sans le moindre résultat.

Comme par hasard la "Bête" passa plusieurs fois entre les mailles du filet.

Il est vrai que bon nombre de paisibles villageois, comme ceux du Malzieu, n'appréciaient pas réellement de perdre un ou deux jours à battre la campagne ou la montagne, et, généralement, se défilaient dès que les autorités avaient tourné le dos.

Certains campagnards ou montagnards n'appréciaient pas, non plus, que l'on vienne fouiner sur leurs territoires, ce qui les empêchait d'exercer leurs habitudes de braconnage nécessaires à la survie de leur famille.

Une journée perdue et c'était autant de trravail en plus qui se cumulait ainsi que des pertes substancielles.

D'autant plus que bon nombre de ces villgeois, campagnards et montagnards n'étaient pas dupes et savaient que la "Bête" n'était pas assez bête pour aller se fourrer dans la gueule du loup et qu'elle était généralement la première prévenue de la battue et de son déroulement.

Donc qu'elle restait planquée bien au chaud en attendant simplement que cesse ce tohu bohu.

Duhamel, qui trouvait prétexte à ces chasses pour mener grand train sur les deniers publics, fut donc remplacé par les Denneval, père et fils, des gentilshommes normands qui étaient considérés comme les meilleurs louvetiers de France.

Ou au moins de Normandie.

Ils comptaient plus de douze cents loups à leur tableau de chasse et avaient, notamment, débarrassé la Forêt Royale d’Eu, en haute Normandie, des loups qui l’infestaient.

Ces loups, généralement capturés par leurs soins, étaient jugés, condamnés et pendus au plus gros arbre de la forêt devant une nombreuse assistance fort réjouie.

On raconte encore qu'on laissait à l'idiot du village le soin d'assurer leur défense.

Préfigurant ainsi le Far-West à l'Ouest du Pecos et le fameux juge Roy Bean.

Il reste encore ainsi, dans la forêt Royale et Indivise d'Eu plusieurs "Arbres à Leu" !

Les Denneval, père et fils, étaient accompagnés d’un valet, d’un piqueur, de six limiers et de deux grands chiens dressés à tuer le loup et qu'on disait fort efficaces.

 

Les Denneval abattent assez rapidement plusieurs loups, dont certains de belle taille, mais le massacre continue de plus belle.

Ils sont donc contraints de demander l’appui de l’armée pour organiser des battues.


Malheureusement pour eux ce sont les dragons qui sont envoyés en renfort.

Les mêmes dragons qui avaient, dans la chanson "incendié Coblence et pillé le Palatinat" et dans la région, commis de nombreuses exactions, dont pas mal de viols, connues sous le terme évocateur de " dragonnades ", à l’occasion de la révolte des Camisards.

Ils sont donc détestés par la population qui, malgré la menace de la " Bête ", prend un malin plaisir à les lancer sur les plus mauvaises pistes.

Et les Denneval ne vont pas tarder à porter le chapeau !

La "Bête" continue à faire parler d'elle en 2004.
Preuve en est ce "tag" au Bois de la Ténazeyre sur un
abri de cantonnier où aurait été dévoré un certain caporal Gayon.
Etrangement cet épisode n'est relaté nulle part.

 

 

Les Denneval, plus habitués au calme terroir normand qu’aux sauvages monts du Gévaudan, sont totalement découragés et les gazettes anglaises publient des railleries visant l’armée française dont

Cent vingt mille hommes ont été tenus en défaite par un seul animal inconnu qui après avoir dévoré
25 000 hommes et avalé tout le train d’artillerie s’est trouvée le lendemain vaincue par une chatte !
 "


Les Allemands, de leur coté, proposent les services de leurs lansquenets dont ils ne savent trop que faire mais qui valent bien nos Dragons lorsqu'il est question de vivre sur le dos de l'habitant.

Denneval malgré les pleins pouvoirs qu’on lui a octroyé et des effectifs de plus en plus importants et dispendieux ne réussit à abattre que quelques vulgaires loups.

Et c'est loin d'être suffisant !

Des grandes chasses de plus en plus impopulaires jusqu'à la défection des "crapules" du Malzieu et des "mauvais bougres" de Saint Chély.
Où Denneval brise son sabre sur le dos d'un récalcitrant !

Les "grandes chasses" de Denneval deviennent de plus en plus impopulaires simplement parce que les dédommagements ne satisfaisaient aucunement les participants requis d'office et qui, souvent plusieurs jours durant, devaient quitter leurs fermes ou leurs domiciles pour courir les bois en se faisant houspiller par les Dragons ou la Maréchaussée !

Sur les lieux de chasse les populations se plaignaient sans cesse de l'attitude de la soldatesque qui se comportait commen en terrain étranger conquis et réquisitionnaient fourrage pour les chevaux et nourriture pour la troupe et ceci sans une réelle contrepartie.

Le 7 février 1765 les notables et les bourgeois du Malzieu décidèrent de ne pas prendre part à la chasse et, de ce fait, les croquants, suivant ce mauvais exemple restèrent chez eux.

Ce qui bien évidemment fit échouer la battue puisque la Bête, profitant de la faille dans le filet, réussit à franchir la Truyère et à disparaître.

Denneval, Furieux, se plaignit jusqu'à la Cour de cette forfaiture et traita les notables du Malzieu de "crapules".

Le Roi chargea Monsieur le Comte de Saint Florentin, Ministre de régler ce problème.

Ce qu'il fit grâce à une lettre de cachet qui permit de faire emprisonner à Mende un Consul du Malzieu qui avait tenu des propos vindicatif à un Maréchal des Logis (adjudant) des Dragons.

Lequel fut rapidement libéré car on se rendait bien compte que ces fameuses chasses étaient de plus en plus mal tolérées.

Nos braves bourgeois du Malzieu ne semblaient pas être particulièrement tenus en grande estime par Monsieur le Comte de Morangias, père, qui écrivait le 3 mai 1765 :

"Le sort de notre malheureux pays se décide au Malzieu par ces aventuriers au milieu des pots et des verres et de concert avec les crapuleux de cette folle cité"

(Puech op. cit., p. 13 et Pic op. cit., p. 270).

Il aurait été intéressant de savoir ce que le vieux Comte voulait dire par là mais il semble que, comme Denneval, il ait nourri un important soupçon contre les Chastel qui fréquentaient alors le Malzieu et qui y entretenaient des solides relations.

Puech, relaté par Pic, bien que ce dernier accrédite plus volontiers la thèse d'un loup et réfute tout acte de sadisme, fut l'un des premiers auteurs à reprendre les soupçons de Denneval et de Motangias père concernant le rôle important des Chastel dans cette ténébreuse affaire de la "Bête".

Puech, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Montpellier, Membre de l'Institut, Membre de l'Académie des Sciences et des Lettres publia une étude sur cette fameuse "Bête du Gévaudan" et fut, probablement, le premier à rompre le ronron habituel et convenu en posant la question suivante "Qui était la Bête du Gévaudan" et en répondant sans ambage :
1/ les loups opportunistes
2/ des mystificateurs
3/ et surtout un fou sadique et ses complices

Pour ce qui nous concerne nous acceptons volontiers sa proposition en l'inversant, toutefois.
Donc en premier lieu l'action d'un fou sadique (le jeune Comte de Morangias) aidé par des comparses (Jean Pierre Chastel, Jean Chastel et ses deux fils) utilisant des animaux dressés.
En deuxième lieu des mystificateurs profitant des méfaits des premiers pour assouvir leurs vengeances.
En troisième lieu des loups qui finissaient le travail en dévorant tout ou partie des victimes des deux groupes précédents.

Les agissements de Morangias et des Chastel étant bien évidemment en partie couvert par de hautes protections volontaires ou involontaires.

Lorsqu'on voit, à notre époque, des individus pervers, sadiques, violeurs et assassins relâchés par la justice pour des raisons de simple procédure ou "parce que c'est comme ça en France" et qui, ce faisant, récidivent immédiatement dès qu'ils recouvrent leur liberté, on imagine bien qu'à l'époque la destinée d'un déséquilibré mais issu d'une famille de la plus haute lignée ne devait point trop être perturbée par la magistrature !

Il fallut seulement que les bornes étant franchies et les limites largement dépassées l'on décide en très haut lieu que "cela devait cesser".

Et "On" s'y employa donc mais en prenanttellement de précautions que les crimes continuèrent de plus belle pendant un bon moment encore.

Quelque temps après une autre chasse eut encore lieu le 7 décembre et, cette fois, ce furent les habitants de Saint Chély qui refusèrent d'y participer.

Habitants de Saint Chely qu'on nommait, et qu'on nomme encore parfois dans la région, les 'Barabans"
ce qui en vieille Langue d'Oc se dit "baro es abons" que l'on peu traduire par "barre (gros bâton) en avant" !
Ceci car ils sont assez bagarreurs et qu'ils ont le sang chaud.
Et beaucoup de vitalité avec leur grosse barre en avant !
Barabans !

Ce qui est un compliment que l'on fait, aussi, aux habitants d'Okinawa avec leur "Okinawa Bo" (gros bâton d'Okinawa !) qu'ils manient avec dextérité.

Une quinzaine d'habitants réfractaires, donc de sérieux "barabans", se retrouvèrent donc au cabaret du village de La Garde.

L'ayant appris Denneval arriva hors de lui et entrepris de les jeter dehors à coups de plat de sabre et ceci à tel point que le sabre se rompit sur le dos de l'un d'entre eux !

Quatre de ces "mauvais bougres ", suivant l'expression de Denneval furent jetés en prison mais furent également rapidement libérés.

Pour la défense de Denneval, celui-ci avait choisi de pratiquer ces battues en grand nombre et à pied ce qui lui permit plusieurs fois de cerner la fameuse Bête.

Mais elle s'échappa toujours au bon moment.

Comme si elle avait parfaitement connu le déroulement de la battue et surtout ses points faibles.

Pas de chance !

Les futures battues d'Antoine, à cheval et aux chiens courants, ne donnèrent pas plus de résultat, d'ailleurs, mais mécontentèrent moins les villageois car si les seigneurs menaient grand train ils ne le faisaient plus, physiquement, sur le dos de l'habitant.

Quelques soient les rapports suspects de Jean Chastel avec la "Bête" ou avec les bêtes, car il semble bien qu'il y en ait eu plusieurs, ce fut malgrè tout lui qui eut le dernier mot, et ce, en chasseur solitaire.

Même et surtout si il profita d'une battue organisée par le jeune Marquis d'Apchier, ou Apcher, et d'une douzaine de piqueurs.

Il savait parfaitement quel serait l'itininéraire de la Bête de Desge au Mont Mouchet et l'attendit patiemment au bon endroit.

Et probablement la Bête ne fut pas étonnée de le rencontrer là puisqu'elle revenait à son repaire.

Mais nous n'en sommes pas là, encore !

Comme disent nos amis britanniques "N'oubliez jamais que le Titanic fut conçu par des spécialistes alors que l'Arche de Noë le fut par un amateur !"

Quant à Denneval, désavoué, disgrâcié, critiqué Il fut contraint, sous la pression générale, d’abandonner la partie.

Non sans avoir laissé une imposante "note de frais" !

Et non sans avoir été obligé d'acueillir son successeur, Antoine, et de lui faire bonne figure.

Les deux hommes tenteront d'unir leurs forces mais leurs méthodes étaient trop différentes et sources d'innombrables conflits.

Denneval cédera donc le terrain à Antoine et à son fils Antoine de Beauterne et rentrrera en Normandie.

 

   

L'arrivée de "Monsieur Antoine" Porte arquebuse du Roi et Grand Louvetier du Royaume

On le remplace donc par François Antoine, porte arquebuse du Roi et Grand Louvetier du Royaume. accompagné de 14 gardes chasse, d’une meute de plusieurs dizaines de chiens, de limiers et de quatre grands chiens de la Louveterie Royale qui ont chacun tué plusieurs loups.

Le Sieur Antoine, Porte arquebuse du Roi, Lieutenant des Chasses de sa Majesté, Chevalier de l'Ordre Royal de Saint Louis n'est donc pas venu seul et a personnellement choisi huit gardes des Capitaineries Royales, quatre de la Capitainerie de Saint Germain : Dumoulin, Lacoste, Pélissier et Regnault ; un de la Capitainerie de Versailles : Lecomte ; un de la Capitainerie de Fontainebleau : Maréchaux ainsi que les deux gardes brevetés louvetiers Délion et Lestang.
De son coté le Duc d'Orléans lui a confié deux de ses gardes à cheval : Lacourt et Rinchard (parfois orthographié Rinchard et même Reinhart) considéré comme un fin tireur et qui sera le Garde du Coprs d'Antoine pendant les chasses.
Le Duc de Penthièvre en a détaché trois : Bonnet, Lachenet et Lecteur et le Prince de Condé un : Frigaud considéré comme une des plus fines gachettes de France et un pisteur hors pair.
A ces gardes il a encore ajouté deux valets de limiers : Berry et Lafeuille et un domestique pour son service et celui de son fils cadet, Antoine de Beauterne, son fils ainé étant demeuré auprès du Roi à Versailles.

Précisons pour situer Antoine qu'il est le porte arquebuse, donc le compagnon de chasse, de Louis XV dont l'activité favorite et quasi quotidienne, donc sa passion, est justement la chasse.
Ce dernier se sépare donc d'un confident qu'il considère presque comme un ami qui lui permet, au moins pendant les chasses, d'éviter les courtisans fâcheux.
Ce n'est donc pas nécessairement de gaité de coeur qu'il envoie Antoine en Gévaudan mais par raison d'Etat.
Il s'agirait donc maintenant de l'équivalent d''un "conseiller spécial" (comme le fut Monsieur de Grossouvre sous plusieurs présidents de la République !) à qui il a personnellement confié une mission :
Faire cesser les troubles en Gévaudan et ceci quel qu'en soit le prix à payer.
Mais sans nécessairement lui donner toutes les clés.
Il est du linge sale qui ne se lave qu'en famille et le Roi ne peut pas ne pas avoir été prévenu de la situation sur place par Monseigneur de Choiseul Beaupré dont le père fut l'un des plus importants ministres de Louis XIV .
Monseigneur de Choiseul Beaupré qui en dit beaucoup plus dans son Mandement qu'il est convenable de le faire mais qui persiste à être lu de travers ou, du moins, en dehors de la compréhension d'époque.

Antoine ne peut donc se permettre de faillir à cette mission spéciale directement commanditée par le Roi en rentrant bredouille.
Au risque de se discréditer et de risquer de perdre une fonction que de nombreux courtisans lui envient.
Et il va donc faire tout ce qui est en son pouvoir pour mener à bien cette mission.
Il en a normalement les moyens avec les meilleurs chasseurs du royaume ainsi qu'une belle meute comportant des chiens louvetiers fort expérilmentés et qui ont à leur actif de nombreux loups.


Les battues reprennent de plus belle avec l’aide des cavaliers de la maréchaussée dont la plupart des " Gendarmes " sont issus du terroir.

Au tout début il suit les conseils de Denneval et organise des barttues mixtes utilisant à la fois des cavaliers et des "piétons" en assez grand nombre.

le 9 août 1765 l’une d’entre-elles mobilise 117 batteurs armés, plus de 600 hommes et presque une centaine de chiens.

Sans le moindre résultat.

Antoine décide alors de demeurer, au propre et au figuré, entre professionnels et se se passer des bourgeois, des manants et des croquants.

Il décide alors de mener des battues à cheval auxquelles il invite les meilleurs cavaliers.

Le village de Sauzet où Duhamel s'installe initialement
On y voit encore plusieurs grands bâtimets d'époque.

Il quitte alors le village de Sauzet que lui avait conseillé Denneval et rejoint alors les châteaux du Chamblard et du Besset sur les pentes du fameux Mont Mouchet.

Les gardes qu'il avait réparti dans divers villages le rejoignent et il décide non plus d'attendre que la Bête frappe à nouveau mais de prendre l'initiaive en cherchant à la débusquer de son territoire.

 

 


Un loup noir de grande taille est abattu par le garde Rinchard !

Notons ici que les gravures d'époque écrivent Rinhard, Rainhard, Reinhardt aors que la plupart des auteurs "modernes" parlent de Rinchard.

Chasses et battues Pendant ce temps, donc la fin du mois d’août 1765, un loup noir et énorme est tué d'un coup de fusil magistral par le garde Rinchard au bois noir à proximité de Paulhac.

On attribue donc cette accalmie à ce fait et on pense que la " Bête " a été tuée.

Mais la suite prouve qu'il n'en est rien et la libération des Chastel précède de très peu de nouvelles attaques sanglantes à proximité de la résidence de ces mêmes Chastel.

Et presque sous les fenêtres du Sieur Antoine au château du Besset.

Qui, bien évidemment enrage car aucun loup ne lui a jamais fait tel affront.

Un grand loup noir !

 

Quelques considérations historiques, géographiques, ethnologiques et sociologiques !

Petit ajout nécessaire après notre séjour de 2006 à Paulhac en Margeride.

Beaucoup de grands mots pour apporter quelques précisions indispensables à la compréhension de
l' affaire de la "Bête" !

Nous avons, en Occident, la malheureuse habitude de replacer l'histoire sans aucunement tenir compte du contexte géographique de l'époque considérée.
Ainsi dans la plupart des manuels scolaires on présente encore l'empire de Charlemagne sur un canevas géographique actuel ou peu s'en faut !
Canevas qui ne tient évidemment aucun compte des modifications physiques du territoire en question et moins encore de la perception que l'on avait de ce territoire à l'époque dudit Charlemagne.
Qui soit dit en passant était l'Empereur à la la barbe rase et non non à la barbe "fleurie" comme on se plait à nous le répèter depuis des siècles.
On a simplement dans son cas précis allègrement confondu
fleurus qui signifie ras, à fleur de peau, naissante et floreus qui signifie couvert de fleurs, fleuri.
Charlemagne, contrairement à la plupart de ses contemporains portait donc la barbe rase, donc rasée ou naissante.
Comme Gainsbourg et non comme Dieu le Père qui, comme chacun le sait est un gros fumeur de Havanes.
Et il y a à peu près autant de différence entre la topographie de l'époque et les cartes actuellement représentées qu'entre Gainsbourg et Dieu le Père !
Mais cela ne dérange pas grand monde puisqu'on s'est déjà habitué depuis l'école primaire à ce tour de passe-passe.
Et on te refile de la Sogne d'Auvers par ici et du Bois Noir de la Teynazère par là alors que les rares cartes d'époque ne comportent nullement ces mentions.
Mais indiquent, par contre, plusieurs "siagnes" ou "sagnes" qui auraient très bien pu être celles où Chastel abbatit une "Bête".
Et actuellement on nous présente un espace dégagé pour cette "Sogne d'Auvers" alors que la "siagne" d'époque se trouve probablement désormais en pleine forêt.
En Chine, par exemple, dès qu'il est question de la période des Tang la représentation géographique est effectuée sur une carte des Tang !
On va prétendre que les cartes de l'époque étaient fausses.
Probablement pour l'IGN mais pas pour celles et ceux qui les utilisaient alors !
La carte de l'époque étais simplement la représentation mentale du terrain de l'époque et on s'en servait fort bien pour aller d'une ville à une autre et d'un pays à un autre.
Il y a un peu plus d'un siècle une simple carte de visite et des liquidités suffisaient amplement pour passer l'immense majorité des frontières, donc faire le tour du monde, sauf bien évidemment en cas de guerre locale.
Sur ce plan les choses ont bien changé bien qu'on nous rebatte suffisamment les oreilles sur la liberté de circulation.
Effectuer des recherches historiques concernant la "Bête du Gévaudan" sur une carte IGN actuelle, fut-elle d'Etat-Major est comme essayer de rechercher le numéro du portable de Charlemagne.
Sur le terrain, tout au plus, on peut imaginer la situation d'époque.
Or, contrairement à ce qu'on imagine à tort la forêt occupait alors une superficie beaucoup moins étendue que de nos jours et ceci, particulièrement, sur les contreforts du Mont Mouchet.
Les pentes de celui-ci et leurs environs('Saugues, Desge...) étaient donc en grande majorité recouvertes de prairies et le landes.
Le feuillus dominaient largement les pins suite à une période de refroidissement qui avait duré près de deux siècles, de 1550 à 1730.
Pendant cette période les glaciers descendirent jusqu'à Chamonix.
Puis vint une période de réchauffement qui causa un relatif bouleversement climatique et un changement de végétation qui est celle que nous connaissons de nos jours.
Pour donner un exemple plus précis le fameux Mont Blanc, qui n'était plus blanc du tout mais vert sale, fut rebaptisé "Mont Perdu" ou "Mont Pourri", ce qui n'incita pas le tourisme d'autant plus que les alpinistes n'existaient pas encore.
Il existe à Club Alpin de Génève une gravure du Mont Blanc, pardon du "Mont Pourri" et datant justement du milieu du XVIIIe où celui-ci apparaît totalement dépourvu des fameuses "neiges éternelles" qui n'ont , évidemment, d'éternelles que le nom afin d'entretenir un fantasme écologique hautement "pédagogique".
C'est à dire du niveau de l'école primaire.
Puisque paidos signifie enfant et par extension enfantin.
Elémentaire dirait Sherlock Holmes.
A cette époque la circulation à pied et à dos d'ânes était donc facilitée en zone alpine et on passait facilement de la France, pardon de la Savoie, en Italie, pardon en Savoie comme on passait facilement de la France en Confédération Helvétique sans bien évidemment rencontrer le moindre douanier...ni le moindre loup dévorant !
Ces fameuses pentes, contreforts et environs du Mont Moucher étaient également beaucoup plus peuplées qu'elle ne se sont aujourd'hui.
La "Bête", au vu des effectifs actuels, aurait définitivement rasé plusieurs villages comme La Besseyre Saint Mary, Nozeyrolles, Chanteloube et on en passe.
Nous l'avons déjà dit, le Besset qui compte actuellement 9 habitants résidant le village en comptait alors près de 300 logés soit dans ledit village soit dans de nombreuses métairies proches.
Avec beaucoup moins de forêt et beaucoup plus de monde il était alors assez difficile de se dissimuler si on ne disposait pas de cachettes bien protégées, donc hors de vue des curieux, mais assez facile de communiquer visuellement ou par la voix d'un village à un autre.
C'est un peu le paradoxe de la zone montagneuse où les distances s'accroissent considérablement pour le marcheur ou même pour le cavalier mais où, au contraire le "vol d'oiseau" permet un contact quasi permanent de jour comme de nuit.
Il suffit d'être placé au bon endroit et au bon moment pour prévenir de l'arrivée ou du départ d'une chasse, d'une troupe ou même d'individus isolés.
Lorsqu'on observe la photo du "Bois Noir" de Desges en bas de cette page il est difficile de se rendre compte que quelqu'un situé à l'emplacement du photographe sur ce chemin peut communiquer par geste ou par miroir à quelqu'un se trouvant tout en haut de la sogne que l'on voit en face, où voir ce qui se passe sur celle-ci alors qu'il lui faudrait plus de deux bonnes heures à pied pour gagner cette sogne la pente étant presque à pic.
A cheval, par contre il conviendrait d'effectuer un large détour de près de trois heures pour gagner cette même sogne.
Mais un animal sauvage, fut-il dressé, mettrait moins d'une demie heure.
Il est donc assez facile d'appeler un animal puis de disparaître rapidement ou de prévenir un ou plusieurs complices si une battue se présente.
Lorsqu'on sait qu'à l'époque il existait beaucoup plus de chemins que de routes on comprend que des individus à pied et connaissant fort bien le terrain pouvaient aisément leurrer les grandes battues surtout lorsqu'elle avaient lieu à cheval.
Plus de quatre vingt pour cent du territoire concerné entre le Mont Mouchet, Desges, Venteuges demeurant inaccessible fut-ce au meilleurs cavaliers.
Répétons ce qu'affirmait Monsieur Antoine lui-même à ce sujet.

"J'ai l'honneur de vous faire observer, M.M., que depuis cinquante ans que j'ai exercé des chasses de toutes sortes, tant en France qu'en Allemagne, au Piémont et les Pyrénées, je nai jamais vu de pays pareil à celui-ci et aussi difficile ! "


Même Zorro sur Tornado hésiterait à franchir le pas !
Alors Antoine !

Maintenant, bien évidemment, avec le réseau routier goudronné menant jusqu'au moindre village (Lesbinières, La Soucheyre, Hontès Haut et Bas...) si on se contente d'effectuer la visite en voiture on ne se rend pas même compte de cette particularité.
Ce qui est assez évident à Desges concernant cette fameuse Sogne l'est également sur deux autres zones qui sont, par le plus grand hasard, celles où les attaques de la "Bête" ont été les plus nombreuses et les plus sanglantes.
Il s'agit d'une part de l'ensemble Paulhac en Margeride, La Vachellerie, Hontès Haut et Hontès Bas, Pompeyrin, La Besseyre Saint Mary, Nozerolles, Auvers.


Paulhac en Margeride vu du chemin de la métairie du Broussous au lieu dit "les pendus" !

11 août 2006 17H sur le petit pont de la Desges, chemin du Broussous à Paulhac
La belle est sur le pont mais la "Bête" n'est plus là !

Et de l'autre Saugues, Venteuges, La Soucheyre.
Desges se trouvant exactement à mi chemin entre les deux groupes.
Ces deux zones incluent, bien évidemment le château du Besset, le château du Chamblard où se réunissaient les chasseurs attitrés et, entre deux La Besseyre Saint Marie résidence de Jean Chastel.
Le théorème de base qui n'est jamais remis en cause est que ces chasseurs patentés et que Jean Chastel, qui se connaissaient fort bien à des titres divers, avaient choisi ces lieux puisque la "Bête" y exerçait ses ravages.
La question qui conviendrait peut-être de se poser est pourquoi la "Bête" exerçait ses talents juste sous les fenêtres de ces chasseurs (et probablement non pas de ses chasseurs) et presque dans le jardin de Jean Chastel.
Une photo prise de Notre Dame de Beaulieu, malgrè l'inévitable réduction, montre que La Vachellerie, Hontès haut et Hontès Bas La Besseyre Saint Mary, Nozerolles et Auvers se situent, à vol d'oiseau, sur le même plan.

Le panorama du Mont Mouchet à partir de Notre Dame de Beaulieu
A gauche Paulhac et la ferme de Broussous, en contrebas La Vachellerie , en face Hontès haut et Hontès Bas, à droite La Besseyre, au dessus Nozeyrolles et Auvers.

Sur cette seule photo qu'il conviendrait de légèrement élargir on dénombre 26 attaques !

La partie Saugues, Venteuges, La Soucheyre, Bergougnoux, Chazelles, Desges n'est pas moins épargnée puisqu'on peut y dénombrer également 26 attaques !

Soit un total de 52 attaques sur ce seul périmètre.

Et nous n'avons pas comptabilisé les attaques situées à relative proximité (entre 8 et 17 km de rayon à partir du Mont Mouchet ) avec Saint privat du Fau, Juliange, Lorcières, Loubaresses, Ruynes, Le Malzieu, Montchauvet.

Cela correspondrait à plus des 3/4 des attaques de la "Bête" !

Nozeyrolles, Auvers vue du Besset

Le petit village de Nozeyrrolles comptabilise le record absolu : 13 attaques !
Il se situe exactement entre le Besset et Auvers.
Le Besset était la résidence de Monsieur Antoine et Jean Chastel, de la Besseyre Saint Mary, abattit la "Bête" entre Auvers et Desges.
Il est à noter que sur la carte touristique (rouge) 111 de l'IGN (Carte du Patrimoine Auvergne) Nozeyrolles (voir plaque bleue du lien dit visible sur la photo) est écrit Nozerolles qui redevient Nozeyrolles sur la carte IGN série Bleue N° 3636 (Le Malzieu Ville, Mont Mouchet).

Un beau Thor (rochers glaciaires erratiques) à La Besseyre juste en contrebas de la maison de Jean Chastel !
Sur le sommet de celui-ci on a une vue imprenable sur La Besseyre Saint Mary, le Besset, Nozeyrolles, Auvers, la Soucheyre d'un coté et sur Venteuges de l'autre.

Avouez que cela fait quand même beaucoup de monde "dévoré" dans le périmètre sur lequel se trouvaient exactement nos chasseurs et la famille Chastel !

Famille Chastel dont on retrouve des noms sur le petit monument au Morts situé à coté de l'église de La Besseyre Saint Mary et sur quelques ouvrages bien connus dans la région soit à titre d'auteur, soit en tant qu'éditeur ayant fort pignon sur rue !


Tour de la Clause à la tombée du jour : pas très rassurant !

Non par plaisir macabre mais pour souligner les agissements de cette "Bête" voici quelques uns de ses méfaits significatifs :

"Garçon de 15 ans. La bête l'assaille, le saisit par la tête qu'elle écorche totalement avant de l'abandonner"

"Elle gardait ses bestiaux aux pâturages, la Bête l'assaille, l'égorge. On retouve la tête à cents pas du corps mutilé"

"Une fillette de douze ans ssort de la aison de ses parents et va au jardin. La Bête qui s'y trouve l'assaille par derrière, lui tranche le col et emporte la tête"

"Un jeune homme de seize ans du Canbton de Saugues disparait sans laisser de trace. Supposé dévoté par la Bête"

"Jeanne Tananelle, vongt cinq ans, épouse Chabannes. Attaquée par la Bête lorsqu'elle rejoignait son domicile. S'est défendue avec un mauvais couteau qu'elle tenait encore en sa main. Quand elle eut succombé la Bête lui trancha le col et emmena la tête loin fu corps..."

"Une jeune fille de Lorcières ayant mystérieusement disparue on ne retrouve rien d'elle. On accuse la Bête"

"Marie Jeanne Rousset, quatorze ans fut agressée par la Bête sur le chemin qui mêne à Mialanettes ce vers 15 heures. La Bête lui coupe la tête. On retrouva celle ci écorchée et rongée mais les yeux intacts"

"François Fortugne, neuf ans, paroisse de Javols est saisi sur le chemin à quatre cent mètres du village. La bête l'agrippe par l'épaule et malgrè la résistance de sa soeur l'entraîne dans le bois. On, le retrouva couché sur le dos, éventré les entrailles étalées près de lui, écorché depuis la tête jusqu'au bas du dos"

"Gabrielle Pélissier, 17 ans, de la Clauze, paroisse de Grèzes fut attaquée dans un pâturage. Elle était avec sa soeur quand le drame arriva. Elles allaient toutes deux au village proche lorsque se retournant elle vit la bête sauter sur Gabrielle. Elle apperçut avec horreur la tête de celle-ci tranchée nette tomber sur le sol alors que le corps était encore debout"

"Claude Biscarrat, neuf ans, d'Auvers fut envoyé par son père à la pâture pour y chercher les boeufs. On ne retrouvera ses restes que trois jours plus tard. La Bête l'avait mangé. Elle avait enlevé la veste et la chemise sans les déchirer"

"Ayant poursuivi la Bête tous le jour avec les chiens et équipage Antoine de Beauterne et le Comte de Tournon, bredouilles, rentrent au Chateau du Besset. La Bête les a suivi et vient égorger sous les fenêtres du chateau une bergère de quinze ans"
Note personnelle : Ils ont donc rentré les chiens louvetiers, les meilleurs du royaume, ont nettoyé et rangé les fusils, congédié les équipages après avoir fait les comptes des dépend et débours de chacun, pris un Whisky devant la cheminée en évoquant le Chien des Baskerville, puis une douche bien chaude avant de se retrouver devant un petit souper et sont allés, enfin, se coucher décidant d'attendre le lendemain qu'il fasse plus jour afin de tenir une réunion sur ce qu'il convenait de faire pour répondre à cette nouvelle provocation.

"Marie Jeanne Barlier, douze ans, de la Vachellerie de Paulhac est assaillie vers huit heures du soir dans lae pâturage et emportée dans le bois voisin. On ne devait la retriuver au petit matin, dans une bruyère, absolument nue, la gorge percée et la cuisse gauche mangée"

"Une fillette de douze ans de Pépinet était à garder des vaches à la lisière du bois de la Besseyre Saint Mary. A la nuit ne la voyant pas revenir ses parents allèèrent à sa rencontre. Où elle s'était tenue ils ne trouvèrent que sa coiffe, sa baïonette fichée en terre, ses sabots. Le lendemain on la retrouva le corps à demi dévoré et rendu méconaissable"
Note personnelle : il ne fait pas bon traîner le soir aux environs de la Besseyre lieu de résidence dudit Jean Chastel quant on est bergère et qu'on a douze ans ! On se doute fort bien que la Bête avant son horrible méfait a poliment demandé à la fillette de retirer sa coiffe, ses sabots et de laisser sa baionette fichée dans le sol !

"Agnès Mourgnies, onze ans, de Marcillac paroisse de Lorrcières gardait du bétail sur les communaux du village et d'autres vachers et vachères virent de loin son troupeau en déroute. Ils vinrent au pas de course. Ils trouvèrent ses vétements déchirés et son corps nu "comme si elle venait de naître", mutilé, la tête coupée. On vit qu'elle s'était défendue avec quelques pierres. On la mit en terre et la Bête vint. Elle traversa le village au moment où les gens sortaient de l'église. Une folle panique déferla sur les villageois les jetant dans le premier abri venu"

"Rousset, propriétaire à Mialanette, paroisse du Malzieu avait une fille âgée de quinze ans environ qui fut envoyée au village de Gardelle pour y cherchher du feu. La Bête la prit à l'endroit appelé Vallat-Chirac. Elle lui mangea l'estomac et lui coupa la tête qu'elle emporta de l'autre coté de la rivière et la laissa sur la route près d'un rocher appelé Malapas (mauvais pas, mauvais passage). Cette fille avait une croix en or et on la trouva avec la tête"

"Gabrielle Pélissier fut tuée et lorsque la Bête l'eut mangée en partie elle 'arrangea au milieu d'un bourbier si bien ses os, sa tête coupée qu'elle couvrit de ses habits et de son chapeau si bien que lorsqu'on vint la cherchet avant qu'il fut nuit on la crut endormie"

"La fille Barlier de Servilange ne rentra pas. On la chercha et on ne la trouva pas pari ses ageneux. On entendit des pleurs et on se dirigea vers eux. On trouva le tronc du cadavre planté contre la muraille et couvert de son manteau"


En cadeau Bonux une griffe de combat XVIII e siècle.
Et là c'est pas du cinéma mais du concret.
Pour les dubitatifs avec un peu d'entrainement il est possible de faire aussi bien, ou aussi mal,
qu'un animal .
Même uine bête ne le ferait pas !

 

Si vous n'avez pas quelques cauchemars après ces quelques extraits choisis c'est que vous faites partie de l'équipe de la série télévisée "Les Experts " !

Il est facile d'affirmer que je suis de mauvaise foi puisque j'ai justement choisi ces extraits, mais pas plus de mauvaise foi que ceux qui les réfutent sous le prétexte qu'il est diffile de les attribuer à un loup fut-il légèrement taré.

Oui j'ai choisi ces extraits qui démontrent facilement qu'il y a autre chose qu'un loup ou qu'une simple bestiole dressée à tuer.

Ayant moi-même un chien, j'ai assez de mal à lui faire apporter mes chaussons sans que cela me prenne au moins une bonne demie heure.

Je le vois mal détacher une tête humaine d'un simple coup de croc, déshabiller la victime, prendre sa tête, traverser la rivière et déposer la tête sur un muret en prenant soin de replacer la chaîne et la croix en or bien en évidence.

Puis de disparaître sans laisser aucune trace.

Et venir me retrouver pour m'apporter, enfin, mes pantoufles.

Cela me fait irrésistiblement penser au gag de la chauve souris de Bigard composant votre numéro d'interphone et ouvrant la porte en verre avec ses petites pattes griffue.

Sauf que dans le cas de la Bête ces massacres et ces mises en scène macabres sont monnaie courante.

De mauvaise foi, certes, mais pas encore totalement idiot. !

"Et l'ordinateur dans tout ça ? " demanda Jacques Chancel
Le coup de la hyène virée des statistiques donc des résultats !

De même on nous rebat les oreilles avec les conclusions d'un ordinateur dans lequel des "spécialistes" entassèrent toutes les données (?! Ah Ah Ah !) ) concernant la fameuse "Bête" et auquel (ou à qui...) on posa alors des questions auquelles il répondit (suivant Jaques Trémolin Faut-il réhabiliter la Bête du Gévaudan. Hachette 1986 ) :

" La bête était-elle un loup ? " réponse de l'ordinateur : Non
" Deux loups ? " réponse de l'ordinateur : Non
" Une bande de loups ? " réponse de l'ordinateur : Non
" Etait-ce un homme ? " réponse de l'ordinateur : Non
"Etait-ce deux hommes ?" réponse de l'ordinateur : Non

Intéressant.
Mais cela fait penser à le devinette "Qu'existe t-il de plus menteur qu'un chasseur (ou qu'un pècheur !) ? " Reponse : "Deux chasseurs ! "

D'une part ce coup de l'ordinateur qu'on nous ressasse est un peu usé si!mplement parce qu'un ordinateur d'il y a vingt ans est déjà un outil préhistorique.


Des données locales qu'un ordinateur ne prendra pas nécessairement en compte !

D'autre part parce qu'on ne connaît pas ce que sont "toutes ces données concernant la "Bête" "et que pas mal d'entre-elles sont pour le moins très sujettes à caution.

Ce même ordinateur, par exemple, s'amuse à comptabiliser le nombre de "bête", de "loup", d' "animal", de "bête féroce", de "bête sanguinaire", de "bête dévorante", de "féroce bête" , de "cruelle bête", de"loup féroce", de "grand loup féroce" contenu dans les rapports d'époque.

Or, étrangement il n'y est nullement et à aucum moment question de "hyène" ou "yenne" ou "ienne" , nom qui figure en clair dans de nombreux rapports très officiels ainsi que sous les gravures les plus connues représentant la "Bête".

Donc "toutes les données" mais pas toutes, la preuve par hyène.

Il suffit non pas d'un ordinateur mais d'une paire de lunettes, ou d'une loupe, pour s'en rendre compte.

"Figure de la bête féroce que l'on croit être une hyène qui ravage depuis six mois le Gévaudan..."

"Représentation de la bête féroce nommée hyène qui fait un affreux ravage dans les limites du Gévaudan..."

"Portrait de la hyène, bête féroce qui désole le Gévaudan, vue par M. Duhamel..."

"Figure de la hyène qui en 1764 désola le Gévaudan"

"Représentation de la bête féroce nommée hyène"


L'une des estampes d'époque la plus connue et la plus reproduite
Légende : Figure de la bête féroce que l'on croit être une hyène qui ravage depuis six mois le Gévaudan"

Et ce sur les estampes les plus connues maintes et maintes fois reproduites par tous les auteurs, ou presque.


Estampe allemande
Légende "...Languedon in Franksich zeigenden wilden Thiers Hÿene..."

Encore une estampe très connue et qui sert habituellement de modèle à la "Bête"
Légende " Représentation de la bête féroce nommée hyène qui fait un affreux ravage sur les limites du Gévaudan et de l'Auvergne..."

Encore un modèle du genre. Même sans lunettes on lit :
"Description de l'Hiène...Peint d'après nature par B. Chinon"

La fameuse chasse de Monsieur Antoine et du Garde Reinhard (Rinchard suivant de nombreux auteurs)
On lit : "Représentation de la bête féroce nommée hiène"

Et encore une petite dernière pour la route :
Vous lisez bien : " Hyenne Animal féroce qui ravage le Gévaudan tel qu'on la envoyé à la cour "

Et on pourrait vous en trouver encore tant et plus des Hyènes, hienne, hiène, hÿenne...du Gévaudan !

La preuve :



Et ça c'est quoi, un canard mandarin ou une sangsue géante ? !


L' Hyene "officielle" vue par Monsieur Buffon le zoologue officiel de la Cour dy Roy
Lequel ne fut probablement pas étranger à la manipulation !

L'ordinateur en question ne devait pas, à l'époque pouvoir lire ces légendes qui n'en sont pas puisqu'elles représentaient une vérité de l'époque !

Mais vérité n'est pas bonne à lire.

Paul Boccuse a une formule qui lui est très personnelle mais qui a le mérite d'être fort claire et qui pourrait fort bien s'appliquer à ce cher ordinateur :

"Quand on congèle de la merde, on décongèle de la merde ! " Paul Boccuse

Ce qu'un informaticien poli traduirait par " Si la donnée initiale est fausse le résultat le sera également" !

En fait l'ordinateur ne répond que ce qu'on veut bien lui faire dire et il semble que celui qui relate les données ne se soit pas trop posé la question sur les questions qui avaient été posées.
Qu'aurait répondu cet ordinateur à
"Etait-ce trois hommes ou plus ?"
"Etait-ce trois hommes ou plus utilisant les services d'un animal domestique dressé à tuer ? "
" Etait-ce trois hommes ou plus utilisant les services de plusieurs animaux domestiques ou sauvages
dressés ? "
"Ces animaux étaient ils un dauphin, une loutre, un tapir, un loup, une hyène, un hybride ?"
"Quel animal a tué Monsieur Antoine ?"
"Quel animal a tué Jean Chastel?"

Est-il réellement nécessaire de passer par un ordinateur pour répondre à ces questions ?

 

Le "Bois Noir" de Desges mérite bien son nom !
Il est surplombé par le lieu dit "La Sogne".
Il existe donc encore un doute de plus concernant la fameuse
"Sogne d'Auvers" absente de toute topographie.
La Bête de Chastel a probablement été abattue entre Lesbinières et Lair, au lieu dit "La Sogne", lieu particulièrement propice à un affût, et non au dessus d'Auvers comme on le croit généralement.

 

"La Bête, tu n'en mangeras plus l " ... PAN !

C'est exactement en ce lieu, sur le bord de la Gourgayre entre la Gazelle et La Grange que fut égorgée Jeanne Bastide, âgée de 19 ans, qui fut la dernière victime de la Bête le 17 juin 1767 à 17H.

C'est en remontant sur la Sogne, située au dessus et visible sur la photo, qu'elle fut tuée par Jean Chastel le lendemain matin.

Mais Jean Chastel, quelles que soient ses hautes relations, demeurait un quidam et, à l'époque on ne lui consacra aucune estampe "officielle" !


Sur une façade de Saugues : Jean Chastel (lumière) et "Bête" (ombre) !
Symbolique, non ?

Suivant la tradition, il referma son missel, ajusta ses lunettes, épaula la "Bête" et fit feu avec une balle d'argent provenant d'un chapelet et d'une croix qui lui avaient été données par sa mère, "La Masque" et bénie par l'Evèque de Mende à la cérémonie suivant la procession du 15 aôut de l'année précèdente.

Il dit simplement "Tu n'en mangeras plus !" et il fit feu.

Pan !

Et, qu'on le veuille ou non, la "Bête" du Gévaudan cessa alors ses méfaits.

Et très probablement on demanda en très-très haut lieu, avec une certaine insistance,
que Jean François Charles de Molette, Comte de Morangiès, ou Morangias en Langue d'Oc,
fut assigné à résidence en son château fort de Saint Alban sur Limagnole.

Qui depuis est devenu un asile psychiatrique des plus renommés.

Puis qu'il aille se faire pendre ailleurs, ce qu'il fit puisqu'il s'exila en Allemagne.

Celui que l'on nommait, jadis à la Cour, "Langue d'Or" (mauvais jeu de mot avec Languedoc) et qui passait pour un débauché notoire, ami du Divin Marquis, couvert de dettes et de mauvais procès, tomba dans la déchéance.

De Morangias, ruiné, et ayant ruiné sa famille, finira tué à coup de pelle à feu par une femme de mauvaise vie avec laquelle il vivait en concubinage.

Il est vrai que le fils de Morangias, né d'un premier mariage, venait simplement de violer sa fille qui n'avait que six ans !


Vue sur la brocante d'Aumont Aubrac le 18 août 2007
L'hypothèse du gros méchant loup ne fait plus trop recette même dans la population locale !
Et d'autres hypothèses sont désormais admises...ce qui n'était pas le cas il y a encore cinq ans.

 

   
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