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La musique chinoise classique est de nature à quelque peu
surprendre une oreille occidentale non habituée.
Comme le souligne justement Josie
Pin, cette musique, à l’origine, n’avait pas pour
but de satisfaire les désirs, donc de plaire mais, bien au
contraire, de remplir un rôle social essentiel à la
cohésion de l’empire en délivrant au peuple un enseignement
utile. Cette conception, très confucianiste, implique que,
pendant des millénaires, la musique fut considérée
non comme un loisir mais comme un devoir.
En Chine, lorsqu’il est question de musique classique,
on ne compose pas pour passer le temps mais pour organiser celui-ci,
quitte à le régulariser en fonction de la logique
d’état. Dans certains domaines, la Chine fait preuve d’une
terrifiante continuité et, malgré les changements
de régime politique on se doit généralement
de " préserver l’ancien afin d’éclairer
l’avenir ". On n’oublie donc jamais le passé, même
et surtout si on adapte celui-ci aux exigences du présent.
Pendant la Révolution Culturelle, Maozedong décida
de protéger l’acupuncture. Bien que considérée
comme un relent du passé, elle évitait néanmoins
une quelconque dépendance de la nouvelle Chine avec la médecine
occidentale... Entre deux maux il fallait bien choisir le moindre.
Concernant la musique, pendant cette même
période, il y eut quelques expériences de rejet du
passé. Malheureusement, à moins d’inventer de nouveaux
instruments et une nouvelle théorie musicale, ce qui ne fut
pas le cas, ce rejet eut comme conséquence immédiate
de produire un genre musical spécifique et fort pompeux s’apparentant
à un élevage entre le Lac des Cygnes et les productions
orchestrales de Walt Disney. En haut lieu, on se rendit vite compte
que cette occidentalisation stupéfiante ne correspondait
pas du tout aux critères du moment.
Les liens avec l’URSS et les Etats Unis étant quelque peu
tendus on décida donc, comme en médecine, de revenir
à plus chinois. On ménagea donc dans les orchestres
symphoniques une large place aux instruments ancestraux. Des opéras
populaires comme " La fille aux cheveux blancs "
ou " le soleil rouge se lève sur la plaine "
retrouvèrent donc le son aigrelet de la flûte à
six trous (Xiao) et les envolées cristallines de la mandoline
chinoise (Piba).
Peu à peu la nature reprit ses droits et la musique ses traditions.
La musique chinoise ne pouvait exister sans les instruments chinois
et ceux-ci ne pouvaient être utilisés en dehors des
règles, édictées deux millénaires plus
tôt, par l’Empereur Jaune. Ce dernier, par l’intermédiaire
de son Maître de musique, Ling Lun (Ling Louen), étant
l’inventeur de la fameuse " Note Jaune " fut,
en quelque sorte, promptement réhabilité... puisqu’il
ne fut, sur ce sujet, jamais remis en cause.
A l’origine, l’Empereur Jaune, Wangdi, souhaitait
utiliser les sons, donc la musique, comme moyen thérapeutique.
Il ordonna donc la fabrication d’instruments de musique liés
aux sons des Cinq Eléments (Wuxing).
Le premier instrument créé dans cette attente fut,
selon la tradition, le " Tube étalon de bambou "
(Wang Zhong) confectionné à partir de bambous cueillis
à l’Ouest de Dahia (Ta Hia) dans la vallée de Yeqi
(Hie Ki). Il produisit un son très pur, cette fameuse " Note
Jaune " qui servit alors d’étalon au fur et à
mesure que le bambou fut rempli de grains. Cela permit de donner
une mesure idéale de quatre vingt une unités, ce qui
correspondait au carré de neuf, chiffre emblème de
l’énergie créatrice du Ciel... donc de l’empereur.
Grâce à des recherches récentes, il fut déterminé
que le son initialement produit par cet instrument de bambou correspond,
ou peu s’en faut, à la note fa.
En réduisant peu à peu la longueur du tube, il fut,
ensuite obtenu douze demi-tons dans la limite de ce qui correspond
à une octave : fa, fa dièse, sol, sol dièse,
la, la dièse, si, ut, ut dièse, ré, ré
dièse, mi, fa...
Il fut donc créé un instrument comprenant douze tubes
sonores, le Lu, qui, à cause de son origine de bambou, correspondit
à l’élément Bois. Ce fut donc également,
par métaphore, l’instrument de l’empereur... donc du Dragon.
Il fallait bien qu’un autre instrument puisse lui répondre
afin que l’énergie vitale soit harmonisée. Wangdi
étant un adepte de l’alchimie taoïste, il décida
donc que cet instrument correspondrait au Tigre et serait de métal.
On fondit donc une cloche de bronze accordée, le Jin Zhong.
Originellement, il s’agissait d’une mesure à
grains très précisément calibrée grâce
au son produit lorsqu’on la heurtait à un endroit particulier.
Cela avait évidemment pour but d’éviter toute fraude
et les Chinois furent probablement les seuls à avoir pu imaginer
un tel système de contrôle basé sur le son pour
quantifier un volume.
La première cloche musicale de bronze comporta donc, relate
la légende, deux tigres affrontés servant à
la suspendre. Elle produisait deux notes musicales, l’une produite
si heurtait le centre, l’autre si on heurtait le flanc. Robert K.G.
Temple dans son ouvrage " Quand la Chine nous précédait "
(Bordas), basé principalement sur les travaux de Joseph Needham
de l’Université de Cambridge, souligne le fait que ces cloches
musicales étaient courantes dès le sixième
siècle avant notre ère et que certaines dépassaient
largement le mètre de hauteur pour un poids de plus d’un
quintal.
Or, jusqu'à l’an mil aucune cloche de plus de soixante cm
de haut n’avait pu être fondue en Europe. Assez rapidement,
les Chinois créèrent des carillons comportant douze
cloches... ou plus. Un grand carillon de soixante quatre cloches
d’airain, encore intact 2400 ans après avoir été
enterré fut découvert en 1978 dans la tombe du marquis
Yi de Zheng à Suixian dans la province du Hubei. Pour Wangdi,
l’Empereur Jaune, ces deux instruments fondamentaux de bois et de
métal symbolisèrent l’union mystique et alchimique
du Dragon Vert (Qing Long) et du Tigre Blanc (Bai Hu)... donc de
l’Orient (Est) pour le Bois et de l’Occident (Ouest) pour le métal.
Il est à noter que ces cloches accordées ne comportaient
pas de battant mais étaient heurtées, de l’extérieur
par une pièce en bois maniée par un musicien. On retrouve
encore ce principe en Chine et au Japon dans la plupart des temples.
Au sujet de ces cloches, Kongzi (Confucius) délivre un enseignement
précieux : " Un Maître qui sait répondre
aux interrogations est comme une cloche qu’on frappe. Une cloche
frappée avec un trop petit marteau rend un son faible, frappée
avec un trop gros marteau un son assourdissant. Frappée longuement
avec la force voulue et l’instrument adéquat elle donne tout
ce qu’elle peut produire de son ".
Le son du Bois et le son du Métal ayant
été déterminés il convenait encore de
trouver les sons correspondant aux autres éléments.
Le son du Feu (Sud) fut produit par une corde de soie tendue sur
un châssis, le Kin Zhong.
Le son correspondant à l’Eau (Nord) fut produit par un tambour
tendu d’une peau de bœuf noir, le Zhou Zhong.
Enfin, le son de la Terre (Centre) fut produit par une calebasse
d’argile fine dans laquelle on soufflait et qui engendrait un son
profond et grave, le Xuan Zhong.
Une fois encore, suivant Temple, les Chinois furent les inventeurs
des tambours accordés qui préfiguraient les timbales
de nos orchestres classiques. En effet, la tension de la peau pouvait
être réglée par le musicien suivant les circonstances
et le même tambour pouvait donc produire plusieurs notes en
fonction des usages auquel il était destiné. Assez
rapidement, par ailleurs, les Chinois effectuèrent une analogie
assez précise entre le tambour et le fonctionnement de l’oreille
qui correspond à l’élément Eau dans la tradition
classique et en Acupuncture : " C’est comme un tambour
avec une baguette. La forme du tambour se retrouve dans ma personne
sous l’aspect de l’oreille... ". (Tian Tongxiu, Taoïste
de la Dynastie Tang). Les " Cinq Intruments Merveilleux "
de Wangdi avaient donc pour but d’opérer une liaison idéale,
et tangible, entre le macrocosme (Les Cinq Orients, les Cinq Saisons,
les Cinq Mouvements) universel et le microcosme humain (les Cinq
Organes, les Cinq Tempéraments, les Cinq Activités).
Les notes produites par ces cinq instruments avaient
donc pour but d’influencer les organes et, par conséquence,
les états psychologiques. L’orchestre classique était
donc alors considéré comme un moyen thérapeutique
et comme un instrument de pouvoir puisqu’il était en mesure
de " corriger le cœur de l’homme ". Dans l’esprit
de Wangdi la musique ne servait donc pas à " adoucir
les moeurs " mais bel et bien à diriger les corps
et les esprits en utilisant le rite. Ce fut donc probablement l’un
des premiers dictateurs à utiliser à grande échelle
le pouvoir de la musique à des fins politiques.
Ce principe essentiel fut, par la suite, repris et utilisé
sans exception par tous les régimes politiques qui se succédèrent
en Chine. Le Yijing (Yi King), ou Livre des Mutations, grand classique
de la Chine s’il en est un seul, situé à la confluence
des philosophies taoïstes et confucéennes, ne peut être
plus direct à ce sujet : " Il n’y a rien de
mieux que la musique pour réformer les us et coutumes des
peuples ". Kongzi (Confucius) ne pouvait donc qu’approuver
ce point de vue et influencer profondément les relations
étroites existant entre la musique et le pouvoir pendant
plusieurs millénaires.
La musique classique, de par ce simple fait, fut toujours considérée
comme presque exclusivement rituelle et tenait un rôle important
dans les affaires de l’Etat. Il n’y a rien d’étonnant au
fait que le ministre de la musique, poste instauré sous la
dynastie des Zhou (1122-256 avant J.C.), soit considéré
comme l’un des plus importants personnages de l’état. Le
fait que cette musique soit essentiellement rituelle ne veut pas
dire qu’elle manque de force émotionnelle. On relate le fait
que Kongzi (Confucius) perdit le goût de tout aliment pendant
plus d’un mois, tant il en fut enchanté, en écoutant
un morceau de musique composé 1600 ans plus tôt par
Ta Shao !
Des Cinq Instruments de l’Empereur Jaune, on passa assez rapidement
aux Huit Instruments Classiques. En effet, si " Les Cinq
Mouvements (ou Cinq Eléments, Cinq Dynamismes, Cinq Agents...
) se matérialisent sur Terre, les Huit Trigrammes (Bagua
ou Pa Kua, les Huit Figures) potentialisent l’Energie Céleste ".
Ces instruments furent mis en relation avec les huit orients et
furent à la base de l’orchestre classique actuel. La musique
chinoise classique est primitivement mélodique et utilise
une gamme pentatonale, mais deux demi-tons furent ajoutés
en 600 avant J.C. tandis que sous la dynastie des Ming, en 1596,
furent inventés les " Douze liu tempérés "...
soit un siècle avant l’adoption en Europe de la gamme chromatique
tempérée.
Aussi, aujourd’hui ressemble-t-elle à la
gamme occidentale. Mais, même en absence d’harmonie, la musique
chinoise antique n’était pas simple puisqu’un musicien traditionnel
utilisait alors 84 gammes contre les douze modes majeurs et mineurs
de la musique occidentale ! La transcription musicale, par
contre, n’existera en Chine qu’à partir du huitième
siècle, l’enseignement musical se faisant presque exclusivement
oralement par tradition de maître à disciple. Concernant
toutes les compositions antérieures à cette date,
il convient donc plus de faire confiance à l’homme plus qu’à
l’écrit... cela n’empêche nullement, au contraire,
que de très nombreuses compositions soient parvenues intactes
en évitant les altérations des copistes.
La tradition étant toujours très vivace en Chine il
est toujours fort rare qu’un orchestre classique utilise une partition
ce qui serait considéré par les puristes comme un
manque total de conscience professionnelle.
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| L’orchestre et les instruments |
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On distingue toujours actuellement la musique classique
rituelle, dite " Musique de Cour " de la
musique liturgique classique dite " Musique de Temple ".
La première est apparentée à la philosophie
confucéenne, la seconde est de tendance plus ou moins religieuse
puisque liée aux principes bouddhistes et taoïstes.
La première est généralement une musique chorale
lente et imposante accompagnée de flûtes et d’instruments
à percussion tandis que les musiques liturgiques consistent
en une psalmodie rythmée par un orchestre.
La " Musique des Hommes Cultivés "
représente une autre forme classique liée à
des compositions personnelles se devant, malgré tout, de
respecter des règles précises. Elle est également
dite " Musique Civile " (Wen). Pendant très
longtemps la musique populaire, bien que classique, fut représentée
par le répertoire de l’opéra chinois... Ce genre particulier
représente le plus souvent l’image que l’on se fait, en Occident,
de la musique chinoise. Destinée à un très
large public, et ceci depuis des siècles, elle est, en fait,
extrêmement simple et ne comporte, en réalité,
qu’une trentaine de mélodies utilisant des variations liées
à l’intrigue de la pièce. Quelque peu bruyante, éraillée
et criarde elle n’en représente pas moins une tradition musicale
très originale.
Enfin, toujours très représentative, la musique folklorique
fait également partie de l’héritage chinois. Elle
se compose de multiples pièces, souvent très anciennes,
liées principalement aux activités agraires mais également
à tous les domaines de la vie publique et privée de
la Chine des campagnes et des villes. Il existe donc de multiples
compositions liées aux semailles et aux moissons, aux fêtes
villageoises, aux épousailles, aux enterrements, au départ
des conscrits... ainsi que des morceaux particuliers aux charretiers,
bateliers, carriers et mille autre professions. Certains de ces
morceaux font désormais partie du répertoire classique.
Il convient, dans ce cadre, de ne pas oublier les multiples formes
musicales spécifiques aux diverses ethnies présentes
sur le sol chinois... La fameuse trompette du Shanxi (So Na) ainsi
que le " violon barbare " (Hu Jin) à
deux cordes, instruments issus de ce folklore ont désormais
leur place dans les instruments classiques. Il existe, par ailleurs,
une relation étroite entre la langue chinoise et la musique
chinoise.
Le chinois étant une langue à tons
il est donc parfois difficile de trouver une limite entre la langue
parlée et le chant. Encore de nos jours de multiples corporations
utilisent, dans le cadre professionnel des mélopées
spécifiques à leurs activités. Que ce soit
sur les marchés, dans certains magasins, au restaurant, en
salle des vente on reconnaît immédiatement, grâce
à des airs distinctifs, la catégorie de transaction
en cause.
Enfin, plus récemment, on assiste très naturellement
à l’adaptation de courants musicaux modernes qui concilient
la tradition musicale chinoise dite classique avec la musique symphonique
occidentale ou des formes musicales plus actuelles. Il existe donc
un Rock chinois très particulier à la fois créatif
et quelque peu nostalgique puisqu’il retrouve parfois le son original
et dépouillé de la musique la plus antique.
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| La classification classique des Cinq
Mouvements |
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L’orchestre le plus caractéristique demeure
celui de l’opéra dit de Pékin, considéré
comme plus classique que son confrère de Canton à
vocation essentiellement populaire. La musique traditionnelle de
l’opéra de Pékin représente un style particulier
nommé Pi Wang lequel se compose de deux parties, le Xi Pi,
ou musique des occasions gaies et le Er Wang, ou musique des occasions
dramatiques.
L’opéra évolue donc toujours entre farce et tragédie.
Depuis le siècle dernier cette différenciation tend
d’ailleurs à s’estomper. Chacune de ces deux parties se subdivise
elle-même en un mode vrai et un mode inverse. Le Xi Pi inverse
étant peu utilisé on considère donc qu’il existe
en réalité trois modes musicaux courants utilisés
par l’orchestre. Cela implique la particularité spécifique
que les instruments sont accordés en fonction du mode utilisé.
Cette même musique est, ensuite, classée suivant deux
catégories particulières... le principe civil (Wen)
et le principe militaire (Wu).
Dans la musique " civile " (Wen) les instruments
à corde et à vent prédominent produisant une
musique aiguë, douce et captivante qui accompagne le chant.
Dans la musique " militaire " (Wu) ce sont les
instruments à percussion de métal et de bois qui prédominent
mettant en valeur les acrobaties et les combats accompagnés
par des déclamations.
L’orchestre de scène se compose de huit à dix instruments
mais peut comporter jusqu’à vingt quatre musiciens. Il n’existe
pas de chef d’orchestre puisqu’il n’existe pas de partition et que
chaque musicien se doit de parfaitement connaître chaque mélodie
dans son moindre détail. Par contre, dans cet orchestre,
l’instrument le plus important est constitué d’un petit tambour
au son aigu. Un musicien placé dans une partie de la scène
nommé " La bouche des neuf dragons "
utilise ce tambour nommé Xiao Gu ou Tan Bi Gu (petit tambour
ou tambour à une peau) qu’il frappe avec une baguette afin
de donner la mesure tant aux autres musiciens qu’aux acteurs. Il
commande donc tant le chant que les cordes, les bois, les cuivres
et les percussions.
L’orchestre de scène (Chang Mien) se compose principalement
du " violon barbare " ou " luth étranger ",
le Huqin utilisant des cordes en boyau et un archet de crin pris
entre les deux cordes. Il est destiné à doubler le
chant avec une sonorité criarde et sauvage. C’est, en quelque
sorte, le premier violon de l’orchestre. D’une sonorité plus
douce et plus harmonieuse viennent, ensuite, les violons à
deux (Erhu) et quatre cordes (Sihu). Ces violons sont accompagnés
par les luth chinois à trois et sept cordes (Qin). Dans les
instruments à cordes il faut encore compter la " guitare
lunaire " (Yue Qin) à quatre cordes et le fameux
Piba (Pipa).
Les instruments à vent comprennent une flûte droite
à cinq trous (Siao), une flûte traversière à
six trous longue de 66cm (Titzu) de sonorité très
claire et un orgue à bouche composé de treize ou dix
sept tuyaux de bambou munis d’anches et montés sur une calebasse
(Sheng). Certains orchestres utilisent encore le Guan, tuyau sonore
à huit ou neuf trous et le Suona, ou hautbois chinois à
anche double et à la sonorité très mélancolique.
Mais aucun orchestre classique ne serait complet sans les fameuses
percussions. Originellement très nombreuses et utilisant
le bois, le bronze, le jade, l’airain ou le cuivre, elles se sont
assagies et ne comprennent plus que quelques instruments très
particuliers.
En premier lieu vient la fameuse cloche isolée (Bozhong),
rarement utilisée, vient ensuite le carillon musical composé
de seize cloches suspendues (Bianzhong). Ces carillons pouvaient,
jadis, comporter jusqu'à soixante quatre cloches.
A ces cloches répondent les gongs et, particulièrement
le Yunlo composé d’une dizaine de gongs suspendus à
un cadre de bois. Aux deux extrémités de ce cadre
figurent le " petit gong " (Xia Lo) destiné
à annoncer les actrices et le " grand gong "
(Ta Lo) utilisé dans les scènes d’action. Jadis on
utilisait également les carillons de pierres musicales (Bianquing)
comportant seize pièces de jade suspendues et rendant un
son cristallin.
L’orchestre des percussions se compose, enfin, de divers tambours
(Gu) ainsi que d’instruments de bois comme les planchettes à
frapper (Poban), servant à marquer les temps forts, le poisson
de bois (Muyu), instrument d’origine bouddhique rendant un son très
guttural. Le fameux tigre musical (Yu), couché sur une boite
de résonance est tombé en désuétude.
Le musicien frappait la tête du tigre trois fois puis, avec
le même bâton parcourait le dos du félin hérissé
d’une série de vingt sept dents. Il était jadis utilisé
pour marquer la fin d’une strophe. Il fut, peu à peu, remplacé
par les cymbales (Po) de laiton ou de cuivre dont l’intempestive
sonorité métallique écorche les oreilles occidentales
à la fin de ces mêmes strophes.
On peut donc s’ennuyer mais rarement s’endormir bien que certains
écriteaux communs à de nombreux théâtres
chinois affirment encore " Il est permis de manger et
de boire mais non de cracher ou de ronfler pendant les représentations ! ".
Le chant, quant à lui, est dans l’opéra
chinois, ce qui étonne ou agace le plus le spectateur occidental.
Il ne s’agit pas, en fait, de chant mais d’une déclamation
très particulière, le Bai, qui est un résumé
du personnage, de sa situation dans la pièce. Ce Bai est
donc récité d’une voix de fausset et est soumis à
un rythme précis défini par des règles immuables
dont l’intonation et le débit dépendent du personnage
et varient suivant la situation à un moment donné
de l’action.
La langue chinoise étant monosyllabique il est donc nécessaire
de s’exercer pendant de longues années afin de restituer
les intonations et les inflexions spéciales destinées
à exprimer de multiples situations sans qu’aucune émotion
ne vienne troubler l’ordre des choses.
Une fois encore l’opéra chinois puise ses sources dans la
tradition la plus classique de la Chine antique et le Liji (Li Ki),
ou Livre des Rites, attribué à Kongzi (Confucius)
en fixe les limites :
" Les sons clairs et distincts représentent
le Ciel Yang, les sons forts et puissants la Terre Yin. Le commencement
et la fin des morceaux représentent les saisons, les évolutions
représentent les mouvements des vents et de la pluie.
Les Cinq sons principaux de la gamme imitent les Cinq Mouvements
et représentent les Cinq Couleurs qui composent un tout élégant
sans jamais se confondre .
Les huit sortes d’instruments imitent les Energies (Qi) des huit
directions principales qui correspondent également aux douze
tubes musicaux et ne s’en éloignent jamais.
La mesure et la cadence sont constamment sous la garde de l’Esprit
(Shen). Les sons aigus et graves se complètent les uns et
les autres. Les sons clairs et les sons voilés s’accompagnent
mutuellement et tour à tour commencent et dominent le chant.
Lorsque la musique est florissante, les devoirs attachés
aux cinq relations sociales sont bien remplis. Les yeux et les oreilles
perçoivent clairement. Le sang et les esprits vitaux sont
en équilibre, les exemples des grands deviennent meilleurs,
les moeurs sont réformés et le tranquillité
règne partout sous le Ciel.
C’est pourquoi l’on dit que la musique c’est la joie ! ".
Depuis
Kongzi on sait donc que la musique permet de réaliser un
équilibre entre le sang (Xue) et les Esprits Vitaux (Shen)
et possède donc, dans la compréhension chinoise d’une
médecine globale ou " hollistique ",
un profond pouvoir préventif et thérapeutique.
Par la suite d’autres sages effectuèrent les mêmes
constatations. Le Taoïste Tan Qiao dans le Hua Shu (Livre des
Transformations " publié à l’époque
des Tang du Sud (938-975) affirme par exemple : " Le
Qi (souffle vital) suit le son et le son suit le Qi. Lorsque le
Qi se met en mouvement, le son retentit et lorsque le son retentit
le Qi vibre. " Il affirme encore " Le
son nous ramène donc au Qi ; le Qi nous ramène
vers le pouvoir magique de l’Esprit (Ling Shen) et le pouvoir magique
amène au vide ( à la vacuité, Xu). Mais le
vide contient la potentialité du pouvoir. Le pouvoir contient
donc en potentialité le son. L’un ramène à
l’autre. Le vide (Xu) est donc transformé en pouvoir
magique (Ling Shen), le pouvoir magique est transformé en
souffle vital (Qi), le Qi se transforme lui-même en choses
matérielles (Xing). Les choses matérielles et le Qi
se chevauchent l’un l’autre (Xing Qi Xiang Cheng) et ainsi le son
se forme ".
Lorsque le son est consciemment produit, ce qui est le cas dans
la musique, on atteint donc tant le corps (Xing), que l’Energie
Vitale (Qi) ou l’Esprit (Shen). Ce dernier, éveillé
par le principe de la vacuité (Xu) créatrice est alors
animé d’un pouvoir magique (Ling). Dans la conception chinoise
la plus classique la musique possède donc un pouvoir magique
essentiel. Bien que certains se soient attachés à
utiliser les notes pour soigner les organes ou pour influencer des
états pathologiques ou psychologiques ce n’est, en fait,
que l’enfance de l’art...
On dirait, en Chine, un travail de " petit ouvrier ".
Lorsqu’on découvre, peu à peu, en Occident les bienfaits
de la musicothérapie et qu’on croit, ce faisant, avoir tout
inventé, on imagine le travail qui reste encore à
accomplir pour atteindre la compréhension taoïste ou
confucianiste de l’utilisation de la musique dans ce domaine particulier.
Cela rappelle quelque peu l’affirmation du Prince
Liu An (180 Avant J.C.) dans le Wainanzi (Huai Nan Tseu) et
concernant la pratique des gymnastiques de santé (Daoyin):
" Méfiez vous particulièrement
de ceux qui se bornent à une pratique exclusivement physique.
Ce ne sont que des gymnastes. Là où il faudrait entendre
parler des échanges harmonieux entre le Ciel et la Terre,
la création et la production, ils ne parlent que d’organes
et de mouvements viscéraux. Les immortels des temps jadis
ont bien utilisé ces pratiques mais ils ne se limitaient
pas à la seule notion du physique. Leur esprit n’était
pas étroit. Libre à vous de vous enliser dans cette
voie restreinte et sans issue en suivant des enseignements limités
par la contrainte de la matière, de la structure et de la
forme ".
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Quand la Chine nous précédait
-3000 ans de découvertes et d’inventions chinoises -
par Robert K.G. Temple (Editions Bordas)
Les Enfants du Jardin Enchanté par
J. Huang Hung (Heritage Press Taipei) (1966)
La Tradition scientifique chinoise par Joseph
Needham (collection Savoir Hermann) (1974)
Les Annales de la Chine (Cathasia) (1950).
Il est à noter que la
Librairie le Phénix
72, boulevard de Sébastopol 75003 Paris
(Tel. 01 42 72 70 31 Fax 01 42 72 26 69 - Métro Réaumur
Sébastopol)
propose dans son catalogue général une importante
partie consacrée à la Musique et Santé.
Il est donc possible désormais de disposer,
en France, d’une importante musicothèque consacrée
à la musique chinoise ayant un rapport direct ou indirect
avec la médecine chinoise classique. Il ne s’agit plus d’un
simple épiphénomène puisque plus d’une cinquantaine
de titres sont désormais disponibles.
Certains d’entre-eux traitent d’une affection particulière
(Hypertension, migraines, artériosclérose... ect),
d’autres sont destinés à un usage plus général
de tonification ou de dispersion de l’énergie en fonction
des saisons.
Certains permettent encore de faciliter et d’accompagner des pratiques
telles que le " Qigong ", le Taijiquan, la méditation
taoïste, le massage médical...
Une mention particulière peut être
faite pour " Musique de Santé du Yi King "
qui comporte six disquettes ou CD liées aux Cinq Eléments
(Eau, Bois, Feu, Terre, Métal, Eau) plus un ensemble nommé
" Regimen ". Ces compositions sont le fruit
de la collaboration entre une équipe médicale et des
musiciens. Le tout est très orchestral, fort plaisant et
se laisse écouter avec charme même si on n’est pas
trop habitué à la musique chinoise. Certains morceaux,
particulièrement, ne peuvent laisser indifférent...
même des oreilles occidentales. C’est le moment de profiter
des embouteillages pour envisager un traitement en profondeur et
une remise en forme de votre énergie vitale.
Si vous ne pensez pas que la musique chinoise puisse avoir une influence
sur votre santé, ce qui est votre droit, tentez l’expérience
ne serait-ce qu’avec le " Regimen " (harmonisation
générale), le Bois (recommandé pour calmer
la nervosité) ou la Terre (améliore la digestion et
renforce l’énergie vitale)... et laissez faire la musique.
A moins de détester la Chine vous ne vous en porterez pas
plus mal !
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