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La plupart des écoles traditionnelles ou
modernes de ce qu’il est convenu de nommer le Kung-Fu Wushu, littéralement
" la compétence dans l’art de la bravoure ",
et plus prosaïquement l’art martial chinois considèrent,
en effet, que la pratique des armes complémentarise la pratique
à main nue et permet d’accroître la précision
du geste, le contrôle de l’émotivité et la satisfaction
intellectuelle de prolonger une tradition vieille de plusieurs millénaires.
Les diverses applications avec armes sont également
très prisées pour leur aspect particulièrement
spectaculaire sinon esthétique ou artistique. Le maniement
de certaines d’entre elles nécessite une maîtrise technique
exceptionnelle et une grande habileté de mouvement. D’autres
une condition physique éprouvée, parfois athlétique,
l’arme devenant dans ce cas un instrument tonifiant muscles et tendons
en profondeur.
Bien que certaines armes courtes puissent être
utilisées pratiquement à des fins de défense
personnelle, l’étude et la pratique des armes chinoises,
à l’instar des armes japonaises comme le Katana en Iaï-Do
ou de l’arc en Kyu-Do, peut être plus volontiers considérée
comme un moyen de réalisation privilégié nécessitant
la noblesse du corps et de l’esprit. Il est, par exemple, très
significatif qu’un Art Interne comme le Taijiquan (Tai Chi Chuan),
que certains considèrent comme une simple gymnastique douce,
d’autres comme un moyen d’éveil et d’aucuns comme le summum
de l’Art Martial, utilise fréquemment les armes chinoises
comme l’épée, le sabre, le bâton ou l’éventail
de fer dans de multiples formes transmises de maître à
disciple à partir d’un certain niveau.
Si l’arme n’avait aucune influence sur cette pratique
et son accomplissement, fut-il corporel, énergétique
ou martial, elle pourrait fort bien se contenter d’un plumeau ou
d’un haut-de-forme. De nombreux pacifistes acharnés se sont
donc initiés aux subtilités célestes de l’épée
aux neufs dragons ou du sabre en feuille de saule sans pour autant
renier leur idéal, bien au contraire. Ce paradoxe dérange
quelque peu nos mentalités occidentales où l’arme
est destinée uniquement à satisfaire le jeu de gamins
turbulents et de militaires en mal de médailles.
Entre les deux point de salut. Dans le pays des
Droits de l’Homme réputé pour sa tonitruante Marseillaise
dès qu’un ballon viril pénètre les buts adverses,
le citoyen armé fait peur. Surtout si l’arme est chinoise
donc franchement subversive à force de demeurer traditionnelle
donc anachronique.
Qu’un individu majeur, adulte et vacciné, jouissant de ses
droits civiques et de toute sa raison puisse perdre du temps à
jouer au chevalier chinois et à gesticuler, au millimètre
près, muni d’une copie d’arme ancienne défie la logique.
Qu’il puisse continuer à le faire quotidiennement après
quatre vingt ans est une atteinte au bon sens. Qu’il y trouve en
plus du plaisir est une provocation. L’arme chinoise est une éternelle
provocation.
En Chine, de tous temps, on se méfie particulièrement
des militaires, donc des gens armés sinon des gendarmes.
Contrairement au Japon où le métier des armes était
particulièrement prisé et valorisé, dans l’Empire
du Milieu on préférait, de loin, les gens de lettres
donc les lettrés (Shi) dont Confucius, alias Kongfuzi ou
Kongzi, demeure le plus parfait représentant. L’opposition
entre le civil (Wen) et le militaire (Wou) jouait toujours en faveur
du premier. Le militaire n’étant là que pour valoriser
le civil à l’instar de l’immense armée de terre accompagnant
l’Empereur Jaune à sa dernière demeure. Le bon militaire
demeurant simplement celui qui avait été trahi par
le pouvoir non pas civil mais politique comme le furent les héros
les plus populaires de la littérature chinoise que sont Guan
Yu, le général à la hallebarde protectrice
des frontières, devenu le saint patron des mandarins et des
écrivains ou Yao Fei (1102 - 1143) dont le souvenir est toujours
vivace et qui représente le courage inflexible et l’abnégation
totale.
Ces " Généraux-Tigres "
furent victimes de sombres conspirations et disparurent, l’un comme
l’autre, au faîte de la gloire comme le firent, plus tard,
le jeune maréchal Linbiao (Lin Piao)et, dans une certaine
mesure, le jeune maréchal Leclerc. Guan Yu et Yao Fei eurent
également la particularité d’avoir inventé
une arme nouvelle qui, à leur époque, révolutionna
le cours des batailles.
La pratique spécifique de ces armes se transmet encore et,
de nos jours, on étudie encore la " Hallebarde
de Guan " (Guandao) et la " Lance fondue à
un crochet de Yao Fei " (Yao Fei Gulianjiang) au sein
des écoles traditionnelles. Presque mille années plus
tard, les gestes créés par Guan Yu et Yao Fei sont
reproduits à l’identique, chaque jour après chaque
jour, alors que leurs os et leurs armures sont devenus poussière.
L’arme demeure intangible. La popularité de ces personnages
hors du commun s’explique aussi de par le fait qu’ils appartiennent
à l’ethnie des Hakkas.
Contrairement aux Han et aux autres ethnies chinoises
ils ne sont ni originaires des steppes du nord ou des contrées
du sud mais de la vallée du fleuve jaune, le Huang He. Or,
en Chine, chacun sait que les Hakkas forment une caste militaire
(Wujia) à part et que même les Japonais reconnaissent
leur esprit martial spécifique. Ils ont donc une excuse.
La plupart d’entre-eux se destinent donc à une carrière
de mandarin militaire, de chef d’état... ou de bandit de
grand chemin... ce fut le cas de Guan Yu, de Yao Fei, de Linbiao
(Lin Piao), mais également de Hong Xiuquan instigateur du
mouvement Taiping, de Sun Yatsen, du maréchal Zhude (Chu
Teh), le bras armé de Maozedong, surnommé " Vertu
Rouge "... mais également de Deng Xiaoping, " Deng
la petite bouteille ", de Li Peng ou de Lee Kuan Yew redouté
premier ministre de Singapour.
De nombreux maîtres réputés d’arts martiaux
sont également issus de cette ethnie... il suffit de n’en
citer qu’un seul, Yip Man, qui fut le dernier professeur de Bruce
Lee et celui qui fit connaître la fameuse " Boxe
du Printemps Radieux " (Wing Chun Chuan) en dehors de
la communauté chinoise pour s’en persuader.
Ce même Yip Man était un redoutable expert dans l’art
secret du " couteau papillon cantonnais " (Chan
Ma Tao), une paire de très larges couteaux qui se portent
glissés dans la ceinture, contre les fesses, et dont une
forme classique (Tao ou Doan) enseigne une technique permettant
d’occasionner huit coupures d’un seul mouvement. Cela ne l’empêchait
pas, par ailleurs, d’être également le détenteur
d’une forme de longue perche, près de quatre mètres,
surnommée " la perche à la fleur de prunier ".
On raconte, en effet, qu’une frappe spéciale de cet engin
produisait un hématome ressemblant à une fleur à
cinq pétales. Cela n’empêchait pas Yip Man d’être
un homme réputé pour sa gentillesse et sa patience.
Ces qualités lui avaient permis de devenir le porte parole
très écouté de la confrérie des bateliers
Hakkas de Hong Kong... et de toute le côte sud est de la Chine.
La fameuse Boxe du Printemps Radieux avait, en
effet, été créée par une nonne bouddhiste
qui était la filleule d’un des derniers descendants de la
famille Hung... mais avait la particularité d’être
utilisée plus particulièrement par les jeunes filles
de l’ethnie Hakka qui travaillaient sur les " bateaux
fleuris ".
Ces derniers, appartenant aux Hakkas, étaient en fait des
lieux de plaisir plus ou moins clandestin qui, une fois les clients
à bord, s’éloignaient de la terre. Les longues perches
servaient donc à dégager le bateau de l’enchevêtrement
caractéristique des ports chinois. Les couteaux papillon
servaient à couper les cordages en cas de nécessité.
Ces jeunes filles assurant le service utilisaient la Boxe du printemps
radieux pour se défendre d’éventuelles assiduités
de clients trop entreprenants et ceci d’une manière très
progressive.
La première forme, dite de la " petite compréhension "
(Siu Nim Tao) permettait de remettre simplement le client à
sa place.
La seconde forme dite du " Pont d’acier " (Charm
Kiu) était déjà susceptible de le mettre hors
d’état de nuire mais sans le blesser.
La troisième forme, dite des " Mains volantes "
(Biu Tji) visant plus particulièrement les yeux, la gorge
ou le bas ventre n’était à utiliser qu’en cas de force
majeure. Si les choses se passaient mal la jeune fille avait à
sa disposition les fameux couteaux papillons demeurés invisibles.
Elle pouvait également appeler ses consoeurs qui surgissaient
armées des fameuses perches.
Cela permettait aux Hakkas d’éviter d’avoir
à utiliser, sur leurs jonques, les services d’étrangers
ou de gardes du corps trop voyants. Ce système très
efficace évita toujours aux jonques Hakka d’être victimes
du racket et tous ceux qui s’y essayèrent gisent toujours
probablement au fond du port. Les deux plus grands restaurants flottants
du port d’Aberdeen à Hong Kong, le Tai Pak et le Sea Food,
appartiennent toujours aux clans Hakka.
Origine des armes
chinoises
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