Divers essais de classification des armes chinoises

Depuis la dynastie Han (206 av. J.C. jusqu’à l’an 8) plusieurs méthodes de classification des armes ont été utilisées. Au début, il s’agissait tout simplement de se conformer au respect des rites (Li) de l’ordre confucianiste. Dans la hiérarchie sociale rien ne pouvait être laissé au simple hasard et le port des armes fut soumis à des règles précises, particulièrement dans l’enceinte des bâtiments officiels.

L’épée droite à double tranchant (Jian ou Kien ) était, par exemple, réservée aux nobles, aux dignitaires impériaux et aux officiers de haut rang. La grandeur de l’épée, les ornements de la poignée ou du fourreau, la couleur des attaches et jusqu'à la hauteur de suspension à la ceinture était fonction du rang occupé.
Le bâton (Gun ou Kwon), symbole de l’autorité et de la justice ne pouvait être porté, dans les circonstances officielles, que par les magistrats (bâtonniers) et officiers de police.
La grande hallebarde (Guan Dao) était l’attribut des officiers de la Garde Impériale ou des " Généraux Tigres " des corps de cavalerie. Le sabre à simple tranchant (Dadao), plus démocratique, pouvait être porté par tout militaire en ayant reçu l’autorisation.
La lance (Jiang ou Kiang) était réservée aux gardes qui protégeaient les accès aux villes et aux palais.

En tous cas les armes se devaient d’être visibles. Au cours des âges ces simples règles se compliquèrent mais demeurèrent la base de toutes les classifications. Comme dans toute hiérarchie fortement établie les interdictions se multipliaient au fur et à mesure qu’on s’éloignait du sommet de la pyramide.
Les armes " nobles " (épée, lance, hallebarde, arc, sabre) étant réservées à certaines catégories sociales, les autres catégories eurent donc recours à la création de tout un arsenal hétéroclite qui échappait aux règles communes.
Les religieux, par exemple, utilisaient divers instruments de culte comme la pelle qui sert à creuser les tombes (Chan), les bâtons à anneaux servant à faire fuir les insectes devant soi afin de ne pas les écraser (Xie), les sceptres représentant les mains du Bouddha dans divers mudras (Fu Shou), les maillets servant à faire retentir cloches et gongs (Shuai), les anneaux de prière (Foushou Shuan) devinrent peu à peu leurs armes distinctives et favorites.

Les paysans, quant à eux, n’eurent aucune difficulté à adapter leurs instruments agraires. Le râteau (Ba), la houe (Badao), la fourche à trois dents (Char), les plantoirs (Gen), la faucille (Lian), les fléaux (Gieh) devinrent des armes à part entière. Les instruments utilisés dans la rizière furent à l’origine directe de plusieurs méthodes de combat.
En fonction des saisons le riziculteur utilisait en effet divers objets. Les rames ou perches (Kwa) servaient à diriger le bateau lorsque la rizière était inondée. Le riz était replanté avec un trident de fer (Gen). La récolte s’effectuait avec une faucille (Lian). Le blé était battu avec un fléau (Gieh). Le grain était, enfin, broyé avec une meule actionnée par des poignées de bois (Goai). On retrouve ces divers instruments dans la pratique des Kobudo d’Okinawa. Ce groupe d’îles, désormais japonaises, fut pendant de nombreux siècles sous l’influence chinoise.

Ces divers objets qui furent considérés, ensuite, comme les " armes " du Karatedo (ou Karaté) servirent donc originellement à se défendre contre l’occupant japonais. La rame (Eekwa), le plantoir (Saï), la faucille (Kama), le fléau (Nunchaku), la poignée en forme de béquille (Tonfa) sont toujours pratiqués dans le cadre des Budo japonais. Il est à noter que le trop fameux Nunchaku, popularisé par Bruce Lee, a été un moment adopté par diverses forces de police.
Très spectaculaire il s’est révélé difficile à manier en situation de combat réel et a provoqué autant de blessures pour celui qui le maniait que pour son adversaire ceci en raison de la difficulté de contrôler la trajectoire après un choc réel. Il fut donc remplacé par le plus discret Tonfa qui fut utilisé, avec plus de succès, par la plupart des polices américaines.

Il devint donc à la mode dans les unités de maintient de l’ordre du monde entier. Il semble pourtant que, très récemment, on en revienne résolument à la bonne vieille matraque toute simple qui, décidément, a encore de beaux jours devant-elle !

La classification classique des Cinq Mouvements
   
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