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Un peu d'histoire
Mont de Mars ou Mont du Martyre ?
La Butte Montmartre, longtemps considérée
comme la "Butte Sacrée" est une colline s'élevant
à 100 mètres au dessus du niveau de la Seine et à
127 m d'altitude.
Selon certains historiens, comme Pillement, elle était autrefois
occupée par un temple du Dieu Mars (Mons Martis) et était,
étymologiquement le "Mont Martial de Paris".
D'autres, plus tard, en ont fait le théâtre du martyre
de Saint Denis, premier évêque de Paris, vers 250,
et son nom a été transformé, sous l'influence
de l'église chrétienne, en Mons Martyrum, le "Mont
du Martyre".
Le 15 août 1534 Ignace de Loyola avec six de ses compagnons
: le gentilhomme navarrais François Xavier, Simon Rodriguez
un boursier du Roi du Portugal, deux anciens étudiants d'Alcala
Jacques Laynez et Alphonse Salmeron, un autre Espagnol Nicolas Alonso
de Bobadilla, se rend dans la petite chapelle des Martyrs et, après
que Pierre Faivre, le seule prêtre du groupe ait célébré
la messe décide de prêter serment et de fonder l'ordre
de la Société de Jésus.

Ignace
de Loyola fonde l'Ordre des Jésuites à Montmartre
en 1534
Le serment était :
"Voeu de pauvreté, de chasteté et de s'embarquer
pour Jérusalem ou en quelque pays du monde que ce soit, chez
les fidèles et les infidèles et au retour de se consacrer,
avec l'aide de Dieu au salut des infidèles non moins qu'à
celui des fidèles par la prédication, l'éducation,
la confession et l'administration de l'Eucharistie sans recevoir
aucune rémunération".
Il s'agissait presque d'une association à but non lucratif
mais qui, au lieu de la Préfecture, fut déclarée
au Vatican !
Le Pape Paul III reconnut en 1540, par une Bulle, cet ordre sous
le nom de Compagnie de Jésus.
Mars ou Mercure ? La Légende Dorée de Saint Denis.
La Chapelle des Martyrs ou Sanctum Martyrium, située à
mi hauteur de la butte sur l'emplacement d'un ancien "champ
des morts", un cimetière de chrétiens persécutés,
fut élevée au 9eme siècle, refaite en 1134
et comportait une crypte à laquelle on accédait par
un escalier de quinze marches puis un autre escalier de 45 marches,
à l'époque déjà effondré, qui
menait, disait-on, à un temple romain dédié
à Mercure devant lequel Saint Denis fut décapité.
Six kilomètres à pied à tête reposée
!
Saint Denis prit sa tête entre se mains, se releva et parcourut
les 6 Km qui séparaient Montmartre de Saint Denis.
Il tomba enfin devant une veuve pieuse, Catula, qui le fit inhumer
suivant les rites de la religion chrétienne.
Sur sa tombe elle planta du blé pour la dissimuler et c'est
à cet endroit que Sainte Geneviève, en 475, fit ériger
la Basilique de Saint Denis que l'on voit toujours fort bien de
nombreux endroits de la Butte.
En 1133 le Roi Louis VI sous l'influence de sa femme, Adélaïde
de Savoie, décida de faire construire à l'emplacement
du Sanctum Martyrium un monastère de femmes qui fut occupé
jusqu'à la Révolution par l'Ordre des Bénédictines
et ruiné en 1794.
La plupart des pierres du Monastère, ou Abbaye de Montmartre,
servirent à cette époque pour consolider les maisons
de la Butte.

La Butte, les moulins, les carrières en
1830
Le lieu fut acheté par un carrier qui fit disparaître
la Chapelle des Martyrs et les deux cryptes, donc, probablement
le petit Temple de Mercure.
Mais, cependant, la première hypothèse liée
au Dieu Mars est pleinement justifiée car les hauteurs de
Montmartre dominent toute la ville et ont souvent joué un
rôle important dans les sièges de Paris.
C'est de Montmartre qu'en 1589 Henri de Navarre, plus tard Henri
IV, bombarda la ville occupée par la Ligue.
Napoléon en visite sur la Butte fait percer la rue Lepic
En 1809 Napoléon décida d'aller inspecter la Butte
et de se rendre au télégraphe Chappe situé
près de l'église Saint Pierre de Montmartre et qui
communiquait avec le télégraphe de Belleville.

Le télégraphe et quelques canons
au pied d'un moulin !
Il emprunta alors le "Vieux Chemin" seule voie d'accès
au sommet de la butte, si on excepte la rue Ravignant qui menait
à l'ancienne abbaye des Bénédictines fondée
en 1133 et détruite en 1794, mais celui-ci était en
si mauvais état et la pente était si raide qu'il dut
mettre pied à terre tant et si bien qu'il arriva en sueur
et assoiffé sur le parvis de Saint Pierre où il fut
reçu par le Curé Du Caire de Blazer qui lui offrit
du vin de la Butte, alors que Napoléon ne buvait généralement
que du Chambertin, et en profita pour demander à l'Empereur
une voie carrossable.
Celui-ci eut du mal à ne pas accepter et donna des ordres.
La rue Lepic, tout d'abord baptisée rue de l'Empereur, vit
donc le jour
Elle demeure toujours l'une des rues les plus caractéristiques
de la Butte.
Le dernier carré des Bonapartistes !
C'est également là qu'eut lieu, en 1814, les derniers
combats entre Français et Russes.

Montmartre le "Blute Fin" des Debray
origine du "Moulin Rouge" mais devenu
"Moulin de la Galette" !
En effet, les quatre frères Debray et le fils de l'aîné,
dont les ancêtres avaient toujours été meuniers
sur la Butte, tinrent tête, les armes à la main, le
30 mars 1814 à une colonne russe dirigée par le Général
Langeron, émigré à la Révolution et
qui servait le Tzar. Les Russes voulaient prendre position sur la
Butte lorsqu'ils furent accueillis dans le "maquis", c'est
comme cela qu'on nommait alors les contreforts nord de Montmartre,
par un feu nourri provenant des hauteurs. Trois des frères
furent tués. Mais le soir venu alors que les Russes occupaient
le tertre du moulin "Blute-Fin" ils furent décimés
par le tir de deux canons chargés de mitraille commandés
par l'aîné qui avait fait la plupart des campagnes
de Napoléon en tant qu'artilleur. Ces canons étaient
ceux d'une petite garnison qui avait été désertée
par les soldats réguliers et qui avaient été
récupérés par les irréductibles survivants.
Ce qui restait des Russe attaqua le moulin et l'officier qui commandait
la charge fut tué d'un coup de pistolet à bout portant
par notre artilleur.
Les survivants furieux le coupèrent en morceaux et attachèrent
ceux-ci aux ailes du moulin tandis que le fils fut blessé
d'un coup de lance auquel il survécut de très longues
années.
Il était connu dans tout Paris sous le nom du "Petit
Père Debray".
Invalide après son coup de lance, il ne buvait que du lait,
c'est lui qui eut l'idée géniale de transformer le
moulin "Blute Fin" en guinguette et d'ouvrir un bal public
payant.
Ce qui permettait d'éviter, du moins en partie, la compagnie
peu recommandable des fameux "Apaches" qui préféraient
guincher gratuitement.
Le Blute Fin des Debray devint donc le "Moulin de la Galette".

Le "Moulin de la Galette" aujourd'hui
L'histoire vraie du Moulin Rouge et le French Cancan
La "Mère Debray" récupéra les restes
de ses quatre fils et les fit inhumer au Cimetière du Calvaire
dans une tombe surmontée d'un moulin ensanglanté,
donc rouge.
Ce qui fut, dit-on, à l'origine de la légende du "Moulin
Rouge" qui est désormais un cabaret universellement
connu.
La tombe (N°32) des Debray est toujours visible au Cimetière
du Calvaire de Montmartre.
Mais le moulin rouge de la tombe a, peu à peu, perdu sa couleur.
Et pour beaucoup de Parisiens le "Blute Fin" devint donc
le "Moulin Rouge".
Et il y eut une confusion avec le "Moulin de la Galette",
confusion qui est toujours quelque peu entretenue chez les touristes
étrangers qui confondent allégrement les deux moulins
et qui recherchent désespérément le Moulin
Rouge en haut de la Butte.
Alors que le "Moulin Rouge" se situe en bas de la Butte,
Boulevard de Clichy à deux pas de la Place Pigalle.
Mais, en fait, l'idée du "Moulin Rouge" des Debray
fut récupérée par deux Parisiens, et hommes
d'affaires avisés, d'origine alsacienne Joseph Oller et Charles
Zidler, alors directeur de l'hippodrome, et inauguré le 6
octobre 1889.
Suivant l'idée du "Petit Père Debray" ils
en firent une guinguette et un bal populaire, également payant,
mais eurent l'idée d'y adjoindre une attraction :
le fameux French Cancan.
Que l'on nommait désormais Le Quadrille Français ou
tout simplement le Quadrille.
Il s'agissait d'une danse créée par Charles Morton,
à Londres en 1861, mais qui y avait été rapidement
interdite en raison de sa particularité : les danseuses faisaient
le grand écart debout laissant, évidemment, apparaître
leurs dessous et même, comble de l'érotisme, leur culotte
et leurs jarretières.
A l'époque on aimait les filles bien en chair et celle-ci,
à conditions qu'elles sachent lever les gambette, étaient
rémunérées à la soirée...et au
Kg.
La seule condition préalable est qu'elles puissent faire
le grand écart et qu'elles changent de culotte chaque soir.
Contrairement au "Blute Fin", alias "Moulin de la
Galette", le "Moulin Rouge" n'a jamais rien moulu,
si ce n'est, comme disent les Montmartrois, que l'argent des clients.
Il n'en demeure pas moins l'un des hauts lieux de Paris !
Les Moulins de la Butte : du plâtre, de la farine, des
galets du raisin !

Le Moulin de la Galette par Corot (détail)
Il est vrai qu'il y eut plus de trente moulins sur la butte.
Déjà, en 1358, Etienne Marcel, Prévôt
des Marchands, ce qui équivalait à la fonction de
Maire de Paris, lors de la révolte des Parisiens contre le
Dauphin, avait établi dans l'un d'eux son poste d'observation
pour diriger ses troupes.
Le Dauphin fut obligé de fuir Paris mais Etienne Marcel fut
peu après assassiné à la Porte Saint Denis
le 31 juillet 1358 par Jean Maillard, un échevin demeuré
fidèle au Roi.

Assassinat d'Etienne Marcel à la Porte
Saint Denis
Ces moulins se nommaient "La Poivrière", "Le
Moulin des Prés", "Le Moulin de la Fontaine Saint
Denis", le "Moulin de la Béquille", "Le
Moulin Vieux", "Le Moulin du Vin", "La Grande
Tour", "La Moyenne Tour", "La Petite Tour",
"Le Moulin Paradis", "La Turlure", "La
Lancette", "Le Radet", le "Blutte Fin"
, "Le Chapon" et le fameux "Moulin de la Galette",
immortalisé par Jean Baptiste Corot, construit en 1621 et
qui, suivant la légende montmartroise, était installé
justement sur l'emplacement du Temple de Mars.
Ces moulins étaient mis à rude épreuve car
ils broyaient indifféremment ce qu'on leur portait : du blé
mais également plâtre, parfois des galets pour les
manufactures verrières et même du raisin lorsque la
récolte était abondante.

Les
moulins de Montmartre vers 1830
Le tournant de la Commune de Paris
Le 18 mars 1871 les soldats révoltés après
avoir fusillé les généraux Clément Thomas
et Lecomte, s'emparèrent des canons qui se trouvaient à
Montmartre, confiés à un régiment de Gardes
Nationaux.
Les canons de la Butte aux mains des Communards
Ce fut le début de l'insurrection de la Commune qui dura
du 18 mars au 28 mai.
Le 24 mai, les Versaillais réussirent à reprendre
les canons de Montmartre aux insurgés et tournèrent
ceux-ci vers les Buttes Chaumont et le Père Lachaise désorganisant
les défenses parisiennes.

Ordre
du jour : la reprise des canons de Montmartre, des Buttes Chaumont
et de Belleville par les Versaillais !
Ce fut le tournant décisif de la bataille au profit des
Versaillais.
Ce qui fit dire à Thiers "Qui tient
Montmartre tient Paris".
Les Grandes Carrières de Montmartre et la sarigue
de Cuvier
La Butte Montmartre est riche en gypse. Et c'est avec ce fameux
gypse, dont un gisement rare dit "en fer de lance", exploité
depuis l'époque gallo-romaine et transformé par les
nombreux fours à chaux présents sur la butte, que
l'on confectionnait le plâtre le plus fin et le plus réputé
tant pour la construction que pour les moulages ; le plâtre
de Paris ou "Blanc Parisien".
Il fut évidemment utilisé à grande échelle
dans la capitale ce qui fut à l'origine de cette affirmation
montmartroise :
"Il y a bien plus de Montmartre dans Paris
que de Paris dans Montmartre !".
Les Grandes Carrières de Montmartre en
1850
Montmartre qui, grâce aux revenus de ses carrières,
était considéré comme une commune à
part entière.
Mais le gypse de Montmartre fut rendu mondialement célèbre
grâce au fondateur historique de la paléontologie,
Georges Cuvier (1769- 1833).
Georges Cuvier, inventeur de la paléontologie
grâce à la sarigue de Montmartre !
Il présente lui-même le fameux bloc
de gypse des carrières de Montmartre.
Sachant qu'il s'intéressait aux fossiles, que l'on imaginait
à l'époque comme des traces animales d'avant le déluge,
on lui amena l'empreinte de la patte d'un petit animal quadrupède
trouvé par un ouvrier carrier dans le gypse de Montmartre.
Il voulut en savoir plus et se rendit sur place où il ne
tarda pas à découvrir la tête et la mandibule
de cet animal.
Rentré au Muséum d'Histoire Naturelle il compara ce
fossile parisien aux ossements d'un marsupial d'Amérique
du Sud, la sarigue.
Il en déduit que la sarigue, animal des pays tropicaux, avait
donc vécu à Paris et que, par conséquence,
le climat de la région parisienne avait donc été
tropical.
Ce qui se confirma par la suite lorsqu'on retrouva, par exemple,
dans les mêmes carrières de Montmartre des fossiles
de crocodiles.
Il fut donc le premier, grâce à une simple empreinte
à retrouver l'animal concerné et à le replacer
dans un contexte scientifique global.
Ce qui ne l'empêchait d'ailleurs pas d'émettre de très
vives réserves sur la théorie de l'évolution
développée par son collègue Darwin auquel il
reprochait une vision par trop rationaliste.
Il souhaitait, disait-il "Que l'obscurantisme scientifique
ne remplace pas brutalement l'obscurantisme religieux".
Et il fut l'un des premiers à préciser, avec Dupuis,
que
" La science officielle avait trop longtemps
été sous l'égide de l'église et de la
religion et qu'elle devait éviter, désormais, de tomber
sous l'égide des églises de la nouvelle religion scientifique".
A la fin du XIXe siècle les carrières s'étendaient
sur plus de 300 km de galeries !
Certaines salles sont immenses et pourraient facilement contenir
l'arc de triomphe et même la cathédrale Notre Dame.
Des sources, des lavoirs, des abreuvoirs et une fontaine peu
catholique
Ces carrières furent la cause de la disparition des nombreuses
sources de la butte dont certaines rues évoquent encore les
noms : rue de la Fontaine au But (juste en face du métro
Lamarck Caulaincourt).
Il s'agissait, anciennement, de la "Fontaine au Bouc"
qui s'est peu à peu transformée en "Fontaine
au Buc" puis en "Fontaine au But" lors des multiples
recopies du cadastre.
Ce haut lieu de Paris est stigmatisé dans l'Eglise Saint
Pierre de Montmartre, la plus ancienne église de Paris, puisqu'elle
fut consacrée en 1147 par le Pape Eugène III, où
un relief désignant la luxure représente un homme
à tête de porc chevauchant à l'envers un bouc
dont il relève la queue !
Cette "Fontaine au Bouc", donc au Diable, était,
en effet, le lieu de rendez-vous des fils de bonne famille et des
demoiselles de petite vertu, souvent des lavandières de la
Butte, qui arrondissaient leur revenus.
Et qui s'entendaient souvent avec les Apaches pour dépouiller
leurs clients quelque peu éméchés à
leur retour sur Paris lorsqu'ils passaient par le "maquis".
Celui-ci était constitué, jusqu'en 1900, de terrains
vagues et de petits jardins traversés d'une multitude de
rampes, de raidillons, d'escaliers de terre et de bois sur lesquels
étaient construites de nombreuses masures de bois ou de torchis
qui furent peu à peu rachetées par les Bougnats, marchands
de limonade et de charbon.
La Butte fut donc envahie par ce que l'on nommait alors, à
juste titre, les "marchands de soupe" .
De par la configuration de la Butte la rue de la "Fontaine
au Buc", donc de la Fontaine au But, commençait rue
de l'Abreuvoir, se transformait naturellement en rue du Ruisseau
et croisait le "Grand Chemin des Boeufs", qui conduisait
de la Chapelle Saint Denis à Clichy la Garenne, devenue la
rue Marcadet.
Marcadet qui provient de marcadus : marché.
Et qui était à l'origine du lieu dit "la Mercade"
situé à la Chapelle Saint Denis.
La Mercade était une halte importante où les troupeaux
étaient constitués.
Ces troupeaux pouvaient donc se désaltérer avant de
continuer leur marche qui les menait de la Foire du Lendit, à
Saint Denis, où les animaux avait été achetés
par les maquignons, vers La Villette ou les Halles, donc les abattoirs
où les attendaient les "tueurs".
Le Château Rouge et le Bateau Lavoir
Les poissonniers empruntaient une rue parallèle à
la rue du ruisseau mais qui descendait du Chateau Rouge.
Le Château Rouge était une belle demeure en briques
rouges édifié en 1780 et situé au milieu d'un
vaste parc.
Joseph, le frère de Napoléon, qui avait été
chargé de défendre Paris y installa son état
major en mars 1814 mais fut contraint d'accepter les pourparlers
de la capitulation de Paris entrepris par le Prince de Schwartzenberg
et l'Empereur de Russie.
Une partie de la batisse fut détruite en 1845 mais ses jardins
reçurent en 1847 le premier banquet réformiste comptant
plus de 1200 convives et 80 députés qui fut à
l'origine immédiate de la révolution de 1847.
Il existait également plusieurs lavoirs publics sur les flans
de Montmartre et c'est à l'emplacement de l'un d'entre eux
que fut érigé le "Bateau-Lavoir" qui remplaçait
déjà une guinguette très mal famée le
"Poirier-sans-Pareil" dont les caves donnaient directement
sur une carrière à demi effondrée. Ce qui permettait
de prendre le large à l'arrivée de la Maréchaussée
!
Le "Bateau Lavoir", détruit par un incendie en
1970 mais reconstruit depuis, fut, jusqu'à la guerre de 14-18
le quartier général de nombreux peintres, et non des
moindres : Picasso, Utrillo, Modigliani, Renoir, Van Dongen...ainsi
que d'écrivains comme Mac Orlan, Max Jacob, Guillaume Apollinaire,
Francis Carco, Roland Dorgelès.
Qui fréquentaient également les cabarets du Chat Noir
ou du Lapin agile que les habitués persistaient à
nommer "cabaret des assassins" afin d'entretenir sa mauvaise
réputation qui permettait d'éloigner les "Parisiens
d'en bas".
Donc les touristes.
Le Sacré Coeur : un monument expiatoire
de type romano-byzantin !
Illustration de Fircsa (1944)(détail)
Mais ces fameux touristes qui font désormais vivre la Butte
se pressent désormais sur les marches du Sacré Coeur.
En 1873 déclara sa construction comme d'utilité publique.
Il s'agissait d'effacer à la fois la défaite de 1870
et le désordre de la Commune.
Donc de créer un monument expiatoire qui fut le plus imposant
de Paris et qui se situerait sur son plus haut lieu.
Montmartre fut donc choisi et les travaux commencèrent en
1875 sur les plans d'un certain Abadie dans le style romano-byzantin
qui rappellerait la Cathédrale Saint Front de Périgueux.
Mais, à la suite de très nombreux problèmes
en 1884 on en était encore aux
fondations !

Les échafaudages valent déjàle
coup d'oeil !
Celles-ci nécessitèrent 83 puits de maçonnerie
de 38 mètres de profondeur reliés par des arcs de
pierre de taille..
Il servit de lieu de culte depuis 1891 mais en 1914 n'était
pas encore achevé.
On construisit en même temps un réservoir d'eau puis
une tour-lanterne, le campanile, qui devait contenir, depuis 1907,
une énorme cloche de 19 tonnes (en réalité
exactement 17735 kg !) la "Savoyarde".
Le campanile du Sacré Coeur : le premier
"gratte-ciel" de Paris !
Tous ces chiffres font un peu oublier que, dans on ombre, se situe
l'Eglise Saint Pierre, la plus ancienne de Paris qui fut consacrée
en 1134 par un pape.
Et une autre ombre : celle du Chevalier de La Barre
En 1905, juste en face du Sacré Coeur fut inaugurée
une statue en bronze du sculpteur Armand Bloch, ami d'Emile Zola,
celle du Chevalier de La Barre.
En 1766 François Jean de La Barre fut supplicié et
brûlé vif à Abbeville pour avoir omis de saluer
une procession religieuse.
Lorsqu'on lui en fit la remarque il déclara ne pas avoir
à se décoiffer ni à sortir les mains de ses
poches pour des bondieuseries.
Mal lui en prit puisqu'il fut condamné à avoir les
jambes brisées, la langue arrachée, la main droite
coupée et à être brûlé, à
petit feu, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Ce qui fut fait.
Dès 1772 les Montmartrois souhaitèrent qu'une rue
lui fut dédiée mais elle ne fut réalisée
qu'en 1868 par la réunion de deux rues à savoir la
rue des Roses et la rue de la Fontenelle.
C'est au numéro 36 de cette rue que furent fusillés
les généraux Versaillais Lecomte et Clément
Thomas, ce qui fut le commencement de la Commune.
Cette rue était donc déjà là quand on
décida de construire le Sacré Coeur.
La statue du Chevalier fut ensuite déplacée, en 1926,
dans un square afin de la dissimuler aux regards des fidèles
qui finissaient par se poser quelques questions.
Elle fut fondue en 1941, soit disant pour récupérer
le métal, alors que l'immense majorité des statues
de Paris y échappèrent.
Depuis cette date le socle demeurait désespérément
vide.
Au grand mécontentement de celles et ceux qui trouvent que
le Sacré Coeur prend décidément trop de place
et a tendance à tirer à lui toute la couverture de
la Butte.
Mais, sous l'influence et une souscription de "La Libre Pensée"
une statue identique
(cliquez ici) fut inaugurée le 24 février 2001
dans le square Nadar.
Montmartre demeure donc toujours assez anticonformiste puisque l'adresse
postale officielle de la Basilique du Sacré Coeur de Montmartre
se situe toujours au 35 rue du Chevalier de la Barre !
Le Sacré Coeur est bien sis rue du Chevalier
de la Barre !
Puisque le panneau vous le dit : circulez il n'y a rien à
voir !
Les Vignes du Seigneur chez les gueux de Montmartre !
On dit que les colonnes de l'église Saint Pierre de Montmartre
proviennent en réalité d'un temple dédié
à Bacchus et qui se trouvait du temps des Romains sur la
butte entre le Temple de Mars et celui de Mercure.
Les vignes de Montmartre au Moyen Age.
Il existait donc des vignes, aussi réputées que celles
des coteaux d'Argenteuil, depuis le troisième siècle
de notre ère.
Mais ce fut Adelaïde de Savoie, la première abbesse
de Montmartre, qui décida d'étendre le vignoble afin
d'accroître la source de revenus de l'Abbaye.
Le vin qui était récolté était "clairet
et moult agréable bien qu'un peu aigrelet et pétulant".
Il s'agissait du cépage Morillon, proche du Pinot noir.
La réputation du Clos de l'Abbaye, qui donna l'abréviation
du Cloys, n'était donc pas à faire et jusqu'à
la révolution avait le droit à l'appellation "Vin
Français" par opposition au Vin de Bordeaux, de Bourgogne
ou de Champagne.
En 1436 la récolte, assez conséquente, permit au Roi
Charles VI de payer la solde de l'armée levée contre
les anglais.
Ce vin "de France" ou "de Paris" était
alors nommé Guinguet.
Inutile de préciser que le terme guinguette lui est attaché
!
Et qu'on en buvait sur la Butte, dans tout Paris et même au
delà des frontières.
Les meilleures vignes se situaient sur les coteaux de la Goutte
d'Or, au nom évocateur.
D'autres sur les parcelles qui appartenaient au Clos de l'Abbaye
et que l'on nommait les Cloys.
Il demeure quelques noms de rues liées à ce passé
bachique, du haut coteau et du bas coteau, la vigne de l'église,
la vigne du bel air, la rue Norvins...
Mais par la suite, pour des raisons de rendement, comme d'habitude,
on planta du Gouais, un cépage de qualité bien inférieure
et qui produisait une "piquette" assez infâme.
Et la vigne de Montmartre perdit sa belle réputation.
Gérard de Nerval affirmait, dans les années 1850 :
"J'ai longtemps habité Montmartre,
on y jouit d'un air très pur, de perspectives variées,
et on y découvre des horizons magnifiques soit qu'ayant été
vertueux on se lève à l'aurore, soit qu'avec des goûts
moins simples on préfère les teintes pourprées
du couchant. Il y a là des moulins, des cabarets, des tonnelles,
des Élysées champêtres et des ruelles silencieuses
bordées de chaumières, de granges et de jardins touffus,
des plaines vertes coupées de précipices, où
les sources filtrent dans les glaises, détachant peu à
peu certains îlots de verdure où s'ébattent
des chèvres qui broutent l'acanthe suspendue au rochers.
Des petites filles à l'air fier et au pied montagnard les
surveillent en jouant entre elles. On rencontre même une vigne,
la dernière du cru célèbre de Montmartre, qui
luttait, du temps des Romains avec Argenteuil et Suresnes. Chaque
année cet humble coteau perd une rangée de ses ceps
rabougris qui tombe dans une carrière. Il y a dix ans, j'aurais
pu l'acquérir au prix de trois mille francs On en demande
aujourd'hui trente mille. C'est le plus beau point de vue des environs
de Paris. Ce qui me séduisait dans ce petit espace abrité
par les grands arbres du Château des Brouillards, c'était
d'abord le reste de vignoble lié au souvenir de Saint Denis,
qui au point de vue des philosophes était peut-être
le second Bacchus...".
Gérard de Nerval - Itinéraires Paris et alentours
-
Et elle disparut presque totalement.
Elle fut néanmoins replantée en 1933 sur un ancien
terrain appartenant à Bruant.
Il fut racheté par souscription afin d'échapper, déjà,
aux bétonneurs.
Deux des souscripteurs connus étaient Poulbot et Wilette,
artistes bien connus des Montmartrois et des Parisiens.
La Butte a toujours connu la circulation automobile
!
La vigne s'étend sur 1500 M2 et compte 1800 ceps de Gamay
et de Pinot Noir.
En 1961 la ville de Pessac, en Gironde, fut jumelée à
la "Commune Libre de Montmartre" que d'aucuns persistent
d'ailleurs à nommer la "République Libre de Montmartre"
ou plus simplement encore la "République de Montmartre"
!
Une délégation vint offrir, en grande cérémonie,
des ceps provenant des prestigieux vignobles du Haut Brion et du
Pape-Clément.
Depuis cette époque la vigne de Montmartre offre, bon an
mal an, entre quatre cents et sept cents bouteilles du "Clos
Montmartre" qui sont vendues, par caisses de six décorées
par les artistes de la Butte, au enchères et au profit des
oeuvres sociales.
Affiche des Vendanges 77 au restaurant "La Pétaudière"
En fait assez rares sont ceux qui peuvent se vanter d'en avoir bu
de ce fameux
"Vin de France et de Montmartre" puisqu'il est justement
le plus rare de tous les vins de France.

Un bon plan inédit depuis fort longtemps
!
La rénovation du vieux Montmartre vers
1900 : on distingue encore le ruisseau provenant de la Fontaine
du Bouc, devenue Fontaine du Buc puis Fontaine du But et, enfin
Fontaine au But !
En gris les rues existantes en 1870, en rouge les rues en 1900.
Montmartre aujourd'hui :
Le Sacré Coeur c'est pas du léger-léger !
Les anciens regretteront probablement leur vieux Montmartre.
Mais le quartier a pris, depuis quelques années, un sacré
coup de jeune.
La rénovation immobiliaire aidant et le prix des appartements
ayant quelque peu flambé les cadres dynamiques et les restaurants
branchés ont peu à peu investi le haut du pavé
du 18eme, que l'on pourrait situer au sud de la rue Ordener.
Au nord de cette rue le quartier est toujours très populaire,
voire interlope sinon, parfois, encore en attente de rénovation.
Il est donc possible d'y trouver tout ce qui se fait au niveau de
la restauration.
Chinois, couscous et kébabs côtoient les japonais et
les adresses branchées d'une cuisine à la mode.
Sans oublier les restaurants bistrots de Montmartre où les
Cosaques venaient déjà s'abreuver après la
défaite de Napoléon en hurlant "Bistro ! Bistro"
ce qui signifie "Plus vite, plus vite !" où l'on
peut encore, sans trop se ruiner, déguster les spécialités
d'une autre époque mais qui ont fait la réputation
de la butte.
A la seule différence que si on vous propose désormais
du lapin, vous n'être plus obligé de vous faire amener
la tête afin de vérifier qu'il ne s'agit pas d'un vulgaire
greffier ou de vérifier, comme un médecin légiste
de la série américaine "Les Experts", que
ses côtes sont bien plates, comme celle d'un herbivore rongeur,
et non rondes comme celles d'un félin carnivore !
Le Gross-Paris vu de l'esplanade du Sacré
Coeur !
La Chine classique à Montmartre
Juste en face de l'ancien commissariat des Grandes Carrières,
ou fut d'ailleurs censée se dérouler l'action du premier
film "Les Ripoux", mais ne le répétez pas,
et qui désormais est le centre de traitement des contraventions
de la Ville de Paris,
donc rue Achille Martinet, se situe le Karaté Club où
depuis 1989 Georges Charles propose, chaque Mercredi à partir
de 16H30 et jusqu'à 20H30, un cours qu'il dirige personnellement
avec trois sessions distinctes mais complémentaires :
Armes chinoises traditionnelles (Bâton long et Epée)
;
Tao Yin Qigong (Gymnastique énergétique du Tao) et
Art Interne du Poing des Trois Harmonies - San Yiquan -
Ce cours adulte (cliquez
ici) est ouvert à toutes et tous et vous pouvez bénéficier
d'une séance gratuite d'essai sans obligation.
Ce cours bénéficie d'un lieu privillégié
puisqu'il s'agit d'un véritable Dojo
japonais (cliquez ici) (Lieu où on étudie la Voie)
traditionnel et intemporel qui se transforme le mercredi en Dojang
chinois (Tao Tchang) le temps de rentrer, peu à, peu, dans
la tradition du Tao au travers d'une école remontant au treizième
siècle et qui se perpétue de génération
en génération en Chine mais également à
Montmartre !
Vous pouvez donc oublier dès à présent tout
ce que vous avez cru comprendre sur le Kung-Fu Wushu des casseurs
de briques, sur les (faux) Moines de Shaolin "vus à
la télé chez Patrick Sébastien" ou sur
le "Chi Kong" nunuche avec musique New-Age pour venir
découvrir tout autre chose.
Un mode parallèle mais parfaitement présent.
Si vous avez été motivés par l'exposition de
Guimet sur les estampes japonaises ou sur celle des "Montagnes
Célestes", ce serait dommage de passer à coté
de cette pratique motivée par la compréhension des
classiques et de la pensée asiatique.
Si vous avez préféré "Après la
pluie" à "Tigres et Dragons", n'hésitez
plus.
"La route des Mille Li commence par un
pas", certains disent même
"La route des Mille Li est déjà
sous le pied".
Ce qui, pour une pratique chinoise très classique au dessus
des Grandes Carrières est déjà tout un sacré
programme.
Découvrez les
commerçants sympas du quartier des Grandes Carrières
!
(Cliquez ici)
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