YIJING ET TAO-YIN QIGONG
A NANTES LE VENDREDI 24 JUIN
CONFERENCE AVEC GEORGES CHARLES
Invité par l'ASSOCIATION YIJING NANTES


 


 

 


 

Texte brut de la conférence de Georges Charles sur Yijing et Daoyin Qigong effectuée à Nantes le 24 juin 2011.

Il s'agit ici principalement des citations utilisées lors de cette conférence.

Le texte est suivi d'une bibliographie sommaire incluant les ouvrages dont sont issues les citations utilisées par Georges Charles dans l'illustration de sa conférence.

 

YIJING ET TAO-YIN QIGONG

 

Le Yijing est mentionné en tête des Cinq Classiques confucéens (Odes, Documents, Rites, Annales des Printemps et Automnes ) reconnus sous les Han (IIe siècle av JC) dont il se distingue néanmoins.
(Anne Cheng – Histoire de la pensée chinoise P 254).

 

C’est au moment où le Yijing accède au statut canonique que son lien avec Confucius est lourdement souligné :

 

« Au soir de sa vie, Confucius tira grande joie des Mutations, mettant en ordre les commentaires Tuan (Jugement) , Xici (Sentances attachées du Grand Commentaire Dazhuan) , Xiang (Figure), Shuogua (Explication des Figures)  et Wenyan (Commentaire sur les Mots). Il lisait les mutations avec tant d’ardeur que les cordons reliant les lattes de bambou se rompirent trois fois » Entretiens et Shiji
(mémoires historiques Chapitre 47). (idem P 257)

En un mot Confucius n’ajouta rien au Yijing, ne retira rien au Yijing, ne modifia rien du Yijing mais se borna à en réorganiser les différents chapitres suivant un ordre qui lui semblait rationnel ou du moins raisonnable.

« Une fois abouties toutes les possibilités de mutation, les Hexagrammes forment les signes (Wen ) du Ciel-Terre. Une fois épuisé tout le potentiel des nombres, lls déterminent les figures (Xiang) des choses du monde ».
(Xici Grand Commentaire A10) (Idem 263)

La notion de figure (Xiang) est ainsi expliquée dans le Han Feizi :
« Les hommes voient rarement un éléphant (Xiang), mais quand ils trouvent la carcasse d’un éléphant mort, ils se fondent sur cette vision pour le figurer vivant. Voilà pourquoi tout ce qui sert nà se former une idée ou une figure est appelé Xiang. Or donc les Mutations sont des figures (Xiang) au sens où elles sont à la ressemblance des choses. Les traits des Hexagrammes reproduisent les mouvements du monde »
(Han Feizi P. 108) (Idem 263 et 264)

 

« Un Yin, un Yang, tel est le Tao. C’est dans le bien qu’il perdure, dans la nature humaine qu’il s’accomplit »
(Xici cité par  Mencius puis par Wang Bi) (Idem 273).

« Toute chose a des racines et des branches , les évènements ne finissent que pour recommencer. Connaître le bon ordre de succession des choses c’est être proche du Tao » (Daxue La Grande Etude et Zhongyong L’Invariable Milieu – en fait deux chapitres du Traité des Rites
(Liji)
(Idem 274)

Cette attache profonde à la tradition confucéenne se poursuit dans ce qu’on nomme « les héritiers réalistes de Confucius »  qui, malheureusement, seront qualifiés en Occident de « néo-confucianistes ».

 

ZHONG et SHU - et rien d'autre !

« La voie de notre Maitre consiste en zhong et shu, rien d’autre. (Zhong = cœur centré – fidèle, dévoué, loyal, droiture ; Shu =  bienveillance)

C’est bien le mot shu ! Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse, ne le fais pas aux autres .


l’interprétation devenue canonique de Wang Bi (226 249), reprise par Zhu Xi (1130 1200) puis par Wang Yangming (1472 1529)  :

Zhong  c’est aller jusqu’au bout de soi même;
shu  c’est se porter vers autrui.


On retrouve ainsi au coeur de l’enseignement de Confucius ce fil unique qui relie le tout mais qui reste tendu sur un axe double :
zhong (axe vertical de la relation centree , zhong , mais qui peut etre aussi hiérarchisée)
 shu (axe horizontal de la réciprocité)
(Anne Sheng - Histoire intellectuelle de la Chine 784 et suiv.)


Or il s’agit bien, ici des deux premiers Hexagrammes Qian et Kun.


« Le Yang, représenté par un trait continu est rigide, c’est le pareil à soi-même, le Yin représenté par un trait discontinu est souple. C’est l’ouverture à la différence ».


Il est à noter, concernant Qian, que la notion de création (créer, créateur…) n’existe pas en Chine et encore moins dans la Chine Classique.


Il est donc proposé, y compris par Anne Cheng (Pensée chinoise 261), la transcription de l’ « Initiateur » à laquelle j’ajoute, après plus de cinquante ans de réflexion, celles de « Révélateur » (donc Révélation).


Pour Kun il est simplement proposé le « Réceptif » sans nécessité absolue de le féminiser (Réceptivité).


Dans le même ordre d’idée et surtout de pensée il en va de même pour accomplissement, achèvement,  qu’il conviendrait, peut-être, de remplacer par « Dénouement » en liaison symbolique (Xiang) avec ces fameux cordons reliant les lattes de bambou que Confucius rompit trois fois.


C’est le « heureux dénouement » des comtes de fées où l’on passe du mythe, des princesses et des lapins roses,  à la réalité « Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».


Inutile d’achever quoi que ce soit et encore moins qui que ce soit.


« Il y eut quelque chose avant, il y aura quelque choses après » mais encore plus simplement, à la chinoise :

« Avant (déjà) quelque chose, Après (encore) autre chose ».


C’est le principe de la mutation ou, plus simplement, du changement.
Book of Change.


Changement, transformation, adaptation, cela suffit.

 

XIANG – IMAGES SYMBOLES DE L’ELEPHANT MORT –

 

Xiang le symbole caractère chinois


« Il faut encore lui rendre vie ! « 

 

Xiang le symbole
Quand on ne redonne pas vie au symbole il pue comme une charogne "Han Feizi"


Dessins issus de l'ouvrage de Georges Charles "Le Kung-Fu Wushu en souriant" Budo Editions Illustrations Partice Vaidie.


Premier Hexagramme : Qian


Image : A gauche, le soleil au centre, entre feuillage et racines. Tout ce qui existe du plus haut au plus profond.  C’est aussi la scintillance de l’Esprit (Shen Ming)


Les feuilles de l’arbre commençant à pousser c’est l’action de la cause initiale (Bois) ; les fleurs s’ouvrant c’est la liberté d’expansion (Feu)  ; les fruits qui se forment c’est le bien (Terre)  ; les fruits se développent et murissent c’est la pureté ou perfection, le fruit est doux et savoureux, à l’intérieur est le noyau (Métal), c’est une image du Ren (Zhou Yi)
Il est ajouté : La vie se perpétue dans la forme (Eau) .


Zhen Yangzi supérieur du Temple des Nuages Blancs à Pekin explique « Le Ren est le noyau d’immortalité, il est le fruit du bien et s’identifie avec le pouvoir de transformation".


"Le principe ou Tao est la semence.
L’unité ou De est la racine.
La condition primordiale ou Ren est le tronc.
L’équité Yi est représentée par les branches, c’est la multiplicité manifestée (Wan).
Le Rituel Li est le feuillage et la connaissance Zhi est la floraison. 
La floraison provient de la semence. Les feuilles proviennent  de la racine". 
(Wang Bi)


L’ancienne forme graphique de De (Te) s’écrit le cœur (Xin) en bas et la rectitude (verticalité) au dessus. Ce qui se lit « cœur droit »


Le dictionnaire Kang Xi explique de son côté :

« De, c’est le résultat de la pratique. Qu’obtient-on par la pratique et l’obtention du De ? On franchit les diverses étapes dans son évolution spirituelle (élévation de l’esprit). On réalise la connaissance. C’est la Réalisation ».


Zhong quant à lui s’écrit avec au dessus le centre et en dessous le cœur c’est le « cœur centré » proche de Quan (adaptation aux circonstances) représenté par le fléau d’une balance (axe vertical et axe horizontal).

Suivant le temps monter les Six Dragons pour parcourir le Ciel.


Troupeau de Six Dragons volant dans le Ciel, pas un dont la tête dépasse.
Fortune.

Principe des Six Dragons (en liaison avec les points liés à l'énergie vitale)

Dragon de Bronze (Jin Lung) Hui Yin
Dragon de Jade (Yu Long) Qi Hai
Dragon de Bois (Mu Long) Zhong Ting
Dragon de Soie (Jing Long) Tian Tu
Dragon de Nuage (Yun Long) Ying Tang
Dragon de Lumière (Ming Long) Bai Hui
Envol des Six Dragons, pas un dont la tête ne dépasse. Fortune.
Envol du dragon (les Six Dragons se confondent en Un) Pacifier le Monde Intérieur. Le Monde intérieur est en Paix.
Le Tigre suit le Dragon comme la pluie suit le vent.
Pluie opportune, vent bienfaisant.

Tout ceci désigne bien évidemment une pratique qui se transmet de maître à disciple depuis la nuit des temps.

Mobilisation, accueil, conduite, contrôle et utilisation de l'énergie :


N’est-ce pas l’homme (Zheng Ren)  réalisé seul qui sait avancer et reculer, qui sait prendre et donner, qui sait conserver et abandonner (mettre à bandon)  et cela sans jamais manquer à la droiture (sans jamais perdre sa rectitude) (Zheng).


Avancer et reculer = mobiliser et stabiliser  = accepter et refuser= régénérer (Sheng) .
Petite Régénération (Xiao Sheng)
Moyenne régénération (Zhong Sheng)
Grande régénération (Da Sheng) = homophone de « Grand Dénouement ».
En deça = plus profond (Xia Sheng)
Au delà = plus élevé (Shang Sheng)  
Noter que Sheng signifie à la foie vie et engendrer.
Engendrer c’est permettre de donner naissance (et non créer !) la racine est gendre qui a donné des termes comme génération, généreux, engendrement, régénération.


Il n’est donc pas question de créer quoi que ce soit mais de permettre la succession des générations successives (lianan) en tant qu’initiateur oi révèlateur.
Ce n’est pas celui qui donne la vie mais celui qui permet que la vie soit donnée, donc celui qui engendre.
Celui qui engendre est donc celui qui peut se régénérer.
C’est « prendre femme et donner la vie ».
On est d’abord le gendre après avoir été le fils puis on devient le père.

Deuxième Hexagramme : Kun

Image :

A gauche une plante (arbre)  sort de terre indiquant la naissance
A droite deux mains de part et d’autre d’un axe vertical
« Rectitude, régularité, grandeur, sans exercice préparatoire rien qui ne soit le bien (possible) »
« La beauté est dans son intérieur et elle s’étend aux quatre membres. Lorsqu’elle éclate dans l’acte c’est l’extrême degré de la beauté et de la liberté »
« Kun douceur malléable dans le repos et vitalité énergique dans le mouvement »
« Energie et douceur sont la caractéristique du caractère Fang (droit, correct, perpendiculaire, bien réglé), principe qui désigne le but vers lequel tendent les choses ». 

Deux hexagrammes qui proposent un placement corporel précis fort proche d'un réglage ostéopathique.

Avancer et reculer contiennent les Hexagrammes
31 Xian – La Mobilisation
52 Ken – La Stabilisation

31 Xian
Image
A gauche une bouche fermée et souriante surmontée d’un trait : concorde
A droite une arme puissante, une hallebarde indique la présence


« Ressentir l’influence, être motivé. C’est se mobiliser.
La rectitude sert de base.
La voie naturelle du plaisir et, de la droiture se correspondent toujours sympathiquement. Vitalité énergique et douceur malléable s’accordent dans la satisfaction »


L’influence se manifeste dans le gros orteil
L’influence se manifeste dans le talon (cheville ou mollet)
L’influence se manifeste dans la hanche (haut de la cuisse)
L’influence se manifeste dans le cœur (poitrine)
L’influence se manifeste dans le dos (muscles du dos et colonne vertébrale)
L’influence se manifeste dans tous le crâne (crâne et face).

52 : KEN la stabilité (immobiliser)
Immobiliser le gros orteil
Immobiliser le talon (cheville ou mollet)
Immobiliser la hanche, le haut de la cuisse
Immobiliser la poitrine
Immobiliser la mâchoire
Grandeur dans l’immobilité
Ajout : ne bloquez pas la queue de colombe (sacrum coccyx) sinon Xin (le cœur) suffoque.

Il serait étonnant qu'il s'agisse là d'une simple évocation intellectuelle !


Autre commentaire
"S’en aller c’est le moment de la dilatation.
Venir c’est le mouvement de la contraction.
Contraction et dilatation se provoquent mutuellement et le bien en résulte".

Cela explique la raison d’être de l’influence et de la sympathie par les phénomènes de l’aller et du venir (avancer et reculer) , de la contraction et de la dilatation.

Influencer (Xian) c’est faire naître le mouvement (Sheng Dong) (engendrer le mouvement), tout mouvement est causé par une influence et toute influence doit avoir un mouvement sympathique correspondant ; ce qui est un effet sympathique devient à son tour influence de sorte que l’enchainement n’a pas de fin et ne possède alors plus de limite.

Le bien qui en résulte a pour effet d’assurer le repos, la quiétude du corps (Xi) pour développer et perfectionner ses facultés (son efficience De). C’est le simple moyen par lequel les aptitudes et les facultés sont agrandies et rendues lumineuses (brillantes –  Xing Ming).


Le quatrième trait est placé au dessous des muscles attachés à l’épine dorsale supérieure.

C’est l’image symbolique du cœur (Xin) et c’est de lui que dépend l’influence. Mais si on vient et on va avec hésitation, sans pouvoir être ferme et droit il ne sera pas possible d’exercer et d’étendre l’influence en profondeur et au loin.


Cinquième trait « Influencer le crâne et la face (voir Pi le nombril) et immobiliser la langue »

Etymologiquement, suivant les caractères chinois anciens Pi, le nombril est "ce qui conspire avec le crâne" !

Difficile d'être plus direct dans une constatation évidente et liée à la pratique du Tao-Yin Qigong.


Commentaire :

Comment serait-il capable de mettre les êtres en mouvement (êtres humains et multitude des êtres) celui qui manifeste uniquement  son désir par la parole ? »

Le Yijing est donc une pratique qui ne se limite pas à la seule parole !

"Sans préparation rien qui ne soit possible" mais aussi "Sans pratique rien qui ne perdure"

Or, si le Yijing perdure depuis plusieurs millénaires c'est qu'il doit bien exister une raison aux choses.

Et la raison incite à la pratique.

Evocation des Hexagrammes 36 "Obscurcissement de la Lumière" (mort du disciple et éveil du maître) ; 37 "Etre du Clan" (le retour à l'unité fondamentale) ; 50 "Le Chaudron" (Athanor, Rhéténor, Egrégor) ; 11 "Magnificence" (l'Influence réciproque de la Terre et du Ciel sur la multitude des êtres) ; 27 "La Nutrition" (La nourriture y pènêtre le souffle s'en exhale" ...

 

Bibliographie

Anne Cheng – Histoire de la pensée chinoise – Editions du Seuil 1997

Jacques Lavier – Les secrets du Yi King – Le livre de la terre et du ciel  -  Sand  1984

Wang Dongliang – Les signes et les mutations  - L’Asiathéque 1995

Philastre – Annales du Musé »e Guimet – Ler Yi King  Librairie d’Amérique et d’Orient 1975
Réédité chez Zulma

Richard Wilhelm et Etienne Perrot Yi King Librairie de Médicis 1973

Marie Ina Bergeron - Wang PI  - Philosophe du non-avoir  Variétés sinologiques – Institut Ricci 1986

Cyrille Javary – Mot à, mot préalable à la traduction du Djohi – centre Djohi Librairie You Feng 1992

Georges Charles
Exercices de Santé du Kung Fu (Albin Michel 1983)
Traité d’Energie Vitale (Encre 1990)