CONTRE-ENQUETES ET RIBOULDINGUES... par Chan Sanyi

C’est la rentrée. On prévoyait que celle-ci serait chaude. 
Elle fut plutôt humide voire inondée si on se réfère au climat de notre « Douce France ».

Entre ceux qui nous promettent le déluge et ceux, tout aussi sérieux, qui prouvent, verre d’eau à la main, que la fonte d’un glaçon ne fait pas monter le niveau de l’eau puisque la différence entre le volume de la glace et le volume de cette glace fondue équivaut exactement à la partie immergée du glaçon. Si la banquise volait et se mettait soudainement à fondre, il en serait autrement. En un mot comme en cent que la banquise fonde ou pas, le niveau de la mer ne changera pas d’un iota. Il convient probablement de chercher ailleurs l’origine des inondations qui ont frappé, successivement le nord et le sud de la France. Probablement dans le fait que certaines zones, devenues plus vulnérables, soient d’autant plus soumises aux variations climatiques qu’il n’existe plus de barrière naturelle pour s’opposer aux éléments.

L’industrialisation sauvage, l’urbanisation galopante, le bétonnage autoroutier, le remembrement, l’éradication des zones dites humides, la canalisation des rivières, la destruction des haies ne font que d’affaiblir d’avantage ces zones sensibles. La géographie, alors, reprend ses droits sur l’histoire. Il n’y a pas si longtemps Abbeville était un port maritime florissant. Il faut désormais faire plus de vingt km pour trouver la côte la plus proche. Entre Abbeville et la mer existait jadis une immense zone marécageuse qui s’est réduite comme peau de chagrin. De son coté la mer avance et il n’est pas une semaine sans que l’on assiste à un éboulement spectaculaire de la falaise de Mers ou de celle du Tréport. Désormais lorsque la mer monte et que la nappe phréatique ne descend pas caves et garages sont inondés. Caves et garages en sous sol qui n’existaient pas il y a encore une trentaine d’années dans la région. Jadis il existait, par contre, des éclusiers qui régulaient l’effet de la marée et qui habitaient au pied de l’écluse. Ils étaient donc les premiers à être concernés par la montée des eaux.
 Aujourd’hui c‘est un employé municipal, sinon un stagiaire, qui est chargé de surveiller de nombreuses écluses. Comme il habite en HLM fort loin et en étage il faut donc compter sur un excès de zèle de sa part et sur la vélocité de sa mobylette pour espérer que les écluses en question soit fermés ou ouvertes à temps. Si la marée haute a lieu, cela lui arrive, à deux heures du matin il faudra attendre les heures ouvrables du lendemain pour espérer que l’écluse remplisse son rôle modérateur du flux et du reflux.

 A l’inverse d’Abbeville, à l’époque médiévale le Mont Saint Michel se trouvait bel et bien au cœur d’une immense forêt et les pèlerins voyaient l’Eglise Abbatiale émerger de la voûte des arbres. Ici c’est la terre qui reprend ses droits et corrige le malencontreux hasard qui fit s’échouer le Mont sur le sable mouvant. Il est vrai que la Tradition rappelle que le chevalier Lancelot du Lac passa à pied sec de la Petite à la Grande Bretagne, donc de la France à l’Angleterre, ce qui lui valut le surnom de Chevalier à la Charrette. Saint Louis s’embarqua au pied de la forteresse d’Aigues devenues mortes. 

Nos cartes d’histoire sont donc fausses et situent des événements anciens sur des cartes récentes. Les cartes de jadis, si elle ne ressemblent pas à celles auxquelles nous sommes habituées, ne sont pas nécessairement mal dessinées ou approximatives, elles décrivent probablement les contours du pays de l’époque bien mieux que nos ne le faisons aujourd’hui. Sur le plan du climat si le civil a la mémoire qui flanche, le militaire est sans pardon puisqu’il note tous les événements qui justifient sa défaite. Depuis la nuit des temps jusqu'à aujourd’hui, l’histoire militaire, donc l’histoire tout court,  ne cesse d’être remise en cause par les caprices de la météo. Deux invasions du Japon par les Mongols, une invasion de l’Angleterre par l’Invincible Armada espagnole n’eurent pas lieu à cause de tempêtes ou de cyclones. Dans les deux premiers cas on parla alors de Vent Divin, les « Kamikaze ». Crécy et Azincourt furent des batailles perdues pour la France à cause d’orages impromptus. Le 16 avril 1917 il neigeait à gros flocons sur le Chemin des Dames. Jamais il ne fit plus chaud qu’en mai 1940 où le goudron fondait sous les roues de l’exode. Jamais il ne fit plus froid qu’à Stalingrad où l’on entourait l’acier des fusils de chiffons pour que celui-ci ne reste pas collé sur les mains. Le 6 juin 44 au matin il faisait 7° sur les plages normandes et il avait plu sans discontinuer pendant plusieurs semaines. Ne parlons pas de la contre-offensive des Ardennes ou de la guerre de Corée où l’aviation fut le plus souvent collée a sol à cause d’un temps exécrable. Mais tout cela reste donc très normal sinon bien habituel pour les militaires et,  comme ils l’affirment probablement « ils vont finir par nous détraquer la bombe avec leur mauvais temps ». Le problème est que les civils ne s’y habituent pas et se complaisent dans l’amnésie en entretenant avec soin leurs trous de mémoire.

En parlant d’amnésie et de trous de mémoire il est significatif que si les contre-enquêtes publiées dans notre site sont utiles, indispensables et nécessaires à certains, les certains en question font également preuve d’amnésie. Nous ne citerons personne. 
Dans Science Revue N° 9 de Août 2002 consacrée à « La vérité sur les animaux fantastiques » et plus particulièrement à « la Bête du Gévaudan », l’auteur, illustre anonyme, cite une bien belle bibliographie. L’ennui est que la plupart des infos qu’il met en page viennent directement de notre site. Lequel n’est pas cité ! Une preuve ? La contre-enquête était piégée. Nous avions ajouté un témoignage bidon de Portefaix. Bidon notoire qui avait été publié à des fins pédagogiques. Portefaix prétendait avoir reconnu la bête : « Un homme connu de tous ici mais dont je tairais le nom ». Or, évidemment il n’en est rien et le « Mémoire de Portefaix » ne comporte rien de semblable. Il s’agissait d’un chausse trappe, d’un grossier piège à loups pour ne pas dire autre chose. Et plaf. 
Evidemment l’article en question se garde bien d’aboutir aux mêmes conclusions que sur le site où nous évoquons l’hypothèse que de Morangiès n’est peut-être pas tout à fait innocent puisque, probablement, le commanditaire à qui profite le crime. Cela dérange encore probablement un peu. Etrangement nous avons été contacté, peu de temps après, par mail dont nous gardons la trace, par un certain Antoine de Tournemire prétendant œuvrer pour VSD. Il voulait proposer un sujet sur la Bête aux heureux lecteurs de cet hebdomadaire. Tout semblait normal sauf que le Sieur Antoine, un nom prédestiné dans cette affaire, ne donna plus signe de vie. De même, toujours par mail, Thierry Paillargues, le webmaster du site www.hurlements.info me prévint sympathiquement que notre site de la Bête faisait la première page ce son excellent site consacré à la défense du loup. Cela a duré une journée et le lendemain nous étions définitivement repartis dans les limbes du virtuel, les loups du Mercantour, paraît-il, faisant l’actualité. Il semblait pourtant que la Bête du Gévaudan et les Loups du Mercantour procédaient de la même veine liée à une belle manipulation profitant, en sous main, aux flingueurs de tous poils.      

Dans la même veine le lundi 9 septembre la station FR3 Picardie consacrait son antenne au fameux « Baron Rouge » et un lascar montrait avec fierté l’endroit même où il fut abattu.

Il démontrait, avec un laser, que le Baron avait été tiré du sol et prétendait que celui-ci était encore vivant lors de son atterrissage. Comme d’habitude tout était là, presque la plaque commémorative, sauf que les conclusions de la contre-enquête avaient été, une fois encore, passées à la trappe. Plus de traquenard mais un beau couplet sur l’esprit de chevalerie qui liait alors les adversaires. C’est d’autant plus marrant qu’avant la parution de la contre-enquête nous n’avions jamais vu personne sur le terrain. Dans Aéro Journal N°18 on peut trouver un bel article de Rolf Steiner sur « Le dernier vol du Baron Rouge ». On y lit « Une thèse a été récemment développée tentant de démontrer que le Baron Rouge avait été attiré dans un traquenard par les Britanniques. En effet selon certains historiens… ». Il est toujours amusant de se retrouver au pluriel et affublé, pour la circonstance, du titre envié d’historien. Il eut été plus sympathique de citer l’auteur de la thèse et le lieu de sa publication. Mais ce serait probablement beaucoup trop demander à nos chers confrères de la presse écrite ou  télévisuelle qui, de plus, lorsqu’ils laissent une adresse de mail ne répondent jamais au courrier qui leur est adressé. En résumé si le Web peut servir d’outil de travail très performant, la preuve, il sert rarement de référence.