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| IL N'Y A QUE LE PREMIER PAS QUI
COUTE ! par Chan Sanyi |
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Le mot, cité par d'Alembert, est de Madame Du Defand au
cardinal De Polignac qui s'étonnait, un jour de 1763 à
la Cour et devant le Roi *, de la longueur du chemin qu'eut à
parcourir Saint Denis, décapité, lorsqu'il dut porter
sa tête de Montmartre à l'abbaye de Saint Denis. Il
y aurait donc eu déjà miracle si il s'était
contenté de faire un seul pas en tenant sa tête entre
ses deux mains.
Les Chinois, de leur coté, admettent que " la
route de mille li commence par un
pas ". Or, de tous temps on sait que l'être humain
a du mal à demeurer sur place et que les limites, les frontières,
les barrières, fussent-elles justes ou justifiées,
sont faites pour être allègrement franchies. Comme
le chat qui est un animal toujours situé du mauvais coté
de la porte, l'être humain se considère comme devant
passer outre la règle qu'il vient d'établir.
Lorsqu'il a créé l'arc, il s'agissait vraisemblablement
d'un instrument de musique exclusivement destiné à
honorer les esprits grâce au son de sa vibration magique.
Par la suite il inventa des flèches sifflantes qui permettaient
de chasser les mauvais esprits. Puis il en vint à la notion
de chasse rituelle et décocha celles-ci sur des reproductions
animales effectuées avec soin sur les parois d'une grotte.
L'engin étant, à juste titre, considéré
comme dangereux il fut convenu que seul le sorcier en aurait l'usage.
Puis vint probablement une famine et un quelconque chef obtint l'autorisation
d'utiliser cet engin pour la chasse réelle. L'arc donna évidemment
satisfaction et le groupe mangea à sa faim. Il fut donc immédiatement
reproduit à de nombreux exemplaires par les divers membres
du groupe ce qui leur permit de tuer beaucoup plus d'animaux sans
trop prendre de risques. On en tuait plus qu'on pouvait en manger
bien que tous les membres du clan soient devenus gros.
On organisa donc des concours où l'on tua à peu près
tout ce qui était possible d'être tué et on
rigola bien. On passa sans trop s'en rendre compte de la chasse
au sport puis du sport au jeu. Un joueur maladroit s'étant
décoché une flèche dans le pied on en convint
que l'art était également utilisable sur autre chose
que les esprits ou les animaux. On régla donc ses problèmes
à coups d'arc ce qui était plus subtil qu'à
coups de massue. L'arc devint de plus en plus performant et on créa
des corps d'archers.
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Menacés par des armées d'archers, les Chinois inventèrent
l'arbalète qui fut la cause, au quatrième siècle
avant notre ère, d'une conférence de désarmement
où l'on tenta de restreindre la production de cette arme,
et d'autres, jugées comme trop dangereuses. La conférence
échoua *.
Bien des siècles plus tard l'arbalète échoua
à Gènes, en Italie, qui fournissait un corps d'arbalétriers
au plus offrant. Ce plus offrant fut le roi Philippe VI de France.
Malheureusement ces arbalétriers génois furent décimés
par les archers du roi Edouard III d'Angleterre à la batailla
de Crécy en Ponthieu en 1346.
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Arbalète
- Nu
(Dynastie MING) 1368-1644
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Le mécanisme des arbalètes n'avait pas résisté
à une forte pluie d'orage. Les Anglais, toujours aussi perfides,
avaient débandé leurs fameux long-bows et mis les
cordes au sec ce qui leur permit de prendre immédiatement
l'avantage.
Les Français, toujours aussi impatients avaient chargé
sans attendre que les Génois se retirent. On prête
au roi cette terrible formule à leur égard :
" Tuez moi toute cette ribaudaille estrangère car
ils nous empeschent la voie ! * ".
La chevalerie française empêtrée avait, ensuite,
été joyeusement achevée dans un grand gargouille
par la piétaille anglaise.
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Arbalète
à système - Pien Chia Nu - (Dynastie XING) 1664-1911
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Tandis que les Français et les Anglais réglaient
leurs comptes à coups d'arcs et d'arbalètes, les Chinois
utilisaient la poudre qu'ils avaient inventés depuis fort
longtemps pour tirer des feux d'artifice et pour chasser les mauvais
esprits dans des sites qu'ils orientaient grâce à la
boussole, autre invention chinoise, sur des plans imprimés
sur du papier quelques siècles avant que Gutenberg n'imprime
sa première bible qui fut alors interdite par le Vatican
*.
On avait probablement convenu, en Chine, que la poudre, l'alcool,
la boussole, l'imprimerie, le papier monnaie ne serviraient que
dans le cadre de rituels bien précis ce qui avait rassuré
les savants, généralement des alchimistes, qui étaient
à l'origine de ces inventions (voir l'excellent ouvrage de
KG Temple, disciple de Needham de l'Université de Cambridge,
" Quand la Chine nous précédait "
aux Editions Bordas).
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La
boussole flottante en fer -
Wu Jing Zhong-yao, 1044 ap. JC |
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Mais le premier pas fut assez rapidement allègrement franchi
puisque la guerre de Cent Ans se termina à coups de canons
et de mousquets, armes noires par opposition aux armes blanches,
que la boussole permit aux navigateurs d'entreprendre la conquête
du Nouveau Monde par ailleurs découvert trois siècles
avant Christophe Colomb par les Vikings d'Erik le Rouge*,
que l'alcool permit de décimer les autochtones de ce nouveau
monde lorsqu'on ne leur transmettait pas la variole grâce
à des couvertures infectées *.
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Cette même variole dont les chinois s'immunisaient par inoculation
depuis le 10ème siècle sur ordre du Premier
Ministre Wang Dan (957 1027)* (Temple). Quant aux billets
de monnaie chinois imprimés depuis le huitième siècle
ils étaient considérés comme des talismans
et brûlés lors de cérémonies religieuses.
Ce qui n'empêcha pas un décret impérial daté
de 1023 de régulariser la production de papier monnaie alors
nommé "monnaie volante" et la création
de la première réserve gouvernementale garantissant
la valeur de cette monnaie *. Les premiers almanachs chinois,
également édités sous monopole impérial
grâce à des caractères mobiles, furent inventés
par Bi Sheng entre 1041 et 1048 (Temple) et avaient pour but d'organiser
les activités humaines en fonction des heures, des jours,
des mois et des saisons *.
On était donc assez loin des magouilles spéculatives
de Law, Contrôleur Général des Finances et fondateur
de la Compagnie des Indes. Dans tous ces cas, et on pourrait en
citer des centaines d'autres, l'invention avait tout d'abord été
contrôlée puis avait échappé à
tout contrôle. On ne pouvait donc pas en vouloir aux inventeurs
d'avoir été trahis puisqu'ils ignoraient qu'ils allaient
l'être.
En est-il encore de même aujourd'hui ?
Ceux qui ont mis au point le clonage de grenouilles ou de moutons
ignoraient-ils que ce même clonage allait très rapidement
être réalisé sur l'être humain ? Il a
suffi d'une ou deux ans pour se retrouver devant le fait accompli
et ceci malgré les cris d'effraie de la communauté
scientifique et on nous annonce la future naissance de bébés
clones qui pourraient servir, on s'en doute, de réserves
d'organes en cas de problème médical.
Que ceux, parmi cette même communauté scientifique,
qui ont imaginé un jour donner à manger du cerveau
de mouton en poudre à des vaches crient déjà
un ton moins fort. Que ceux qui à l'instar de Dracula ont
magouillé avec du sang contaminé ou à l'instar
de Frankenstein ont trafiqué des hypophyses récupérés
sur des cadavres Roumains * pour produire des hormones de croissance
évitent de la ramener.
Que ceux qui, Prix Nobel de chimie et qui ont créé
des gaz de combat * ainsi que ceux qui, également Prix Nobel,
ont créé des matières plastiques de plus en
plus performantes * (voir Pierre Gilles De G.) évitent de
venir nous faire trop souvent la morale sur les télévisions
et radios d'état lorsque leurs brevets ont été
achetés par l'armée et l'industrie des armes pour
produire des mines et des armes de poing indétectables comme
le fameux pistolet Glok utilisé par le tireur fou de Nanterre*.
Il leur est facile ensuite d'accuser les numérologues et
autres astrologues de charlatanisme tout en tirant à la fois
bénéfice des ouvrages qui les dénoncent et
d'engins qui estropient, mutilent, amputent. Leurs victimes avaient
probablement eu le tort de croire plus en la destinée d'une
étoile que dans celle d'un polymère dans le milieu
militaro-industriel. Un thème astral réalisé
par un charlatan peut éventuellement faire rêver celui
qui en a besoin ce qui n'est pas le cas d'une mine bondissante scientifiquement
mis au point dans un laboratoire rigoureux et cartésien.
Il n'existe malheureusement pas de Prix Nobel pour les salauds
qui ont fait le premier pas qui coûte, et surtout qui rapporte,
sinon la liste d'attente serait fort longue. Il est évidemment
facile de faire la quête d'une main pour les pauvres indigènes
et de l'autre de fournir, clés en main, des sous-marins à
des puissances dont on ne peut pas dire qu'elles fassent partie
des démocraties les plus bienveillantes. N'importe quel film
de série B atteste, si besoin en était, que le sous
marin est une arme de salaud et de traître. Du moins c'est
l'image qu'on en donne au public. Elle coule du bateau civil bourré
de blessés et d'infirmières, et même d'un peu
d'explosif, comme le Lusitania qui permit aux USA d'entrer en guerre
à nos cotés en 1917 *. Ou elle envoie sournoisement
ses missiles sur des populations civiles tout en restant tapie au
fond de l'eau. Jusqu'à ce que James Bond survienne et liquide
les salauds qui ont livré cette arme redoutable à
l'ennemi puis fasse sauter l'engin. Et le public applaudi.
Mais c'est du cinéma de série B. Dans la réalité
le sous marin est un produit technologique et scientifique comme
un autre donc ne comportant aucun risque. Il suffit de livrer les
mines indétectables à ceux d'en face pour rétablir
un certain équilibre moral et financier. Mais il existe probablement
un traité interdisant au premier d'utiliser le sous marin
et au second d'utiliser les mines. On se doute qu'il sera respecté
et que nul ne fera le premier pas.
Tout va donc très bien Madame la Marquise. Aucune invention
ne sera plus utilisée à de mauvaises fins et les scientifiques
le garantissent, c'est juré-craché, ils ont même
créé une commission éthique avec des sages.
Nous pouvons donc dormir tranquille * jusqu'à la semaine
prochaine. Après la voiture, le foot, le tennis, la voile,
le vélo, les vacances à Palavas les Flots et éventuellement
une ou deux guerres locales on aura toujours le temps de voir venir
la rentrée des classes et de se préparer pour Noël.
* Authentiquement authentique.
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