| Deux jeunes filles ont été renversées par une voiture conduite par un fonctionnaire de police appartenant au service des voyages officiels et qui, probablement, roulait à grande vitesse en ville. Ce fait divers tragique a été agrémenté par un commentaire journalistique et télévisuel dans lequel on s'étonnait qu'il ne fut pas en mission ou en service commandé. Commentaire qui était suivi par un reportage sur ces services des voyages officiels dans lequel on voyait un autre fonctionnaire de police stagiaire percuter à quatre vingt Km heure deux véhicules qui lui barraient le passage. L'instructeur hurlait « une voiture statique est une voiture vulnérable, foncez ! ». Nous voilà rassurés. Il était donc difficile à notre fonctionnaire, probablement bien formé par cet instructeur, de s'arrêter pour laisser le passage à deux donzelles qui avaient eu le simple tort de se trouver sur sa voie. Ce qui semblait simplement anormal à notre journaliste c'est, qu'à ce moment précis, il ne transportait aucune personnalité, aucun ministre ou aucun président. Et qu'il aurait donc du s'arrêter comme tout un quidam au volant de son véhicule, et, peut-être même, respecter la limitation de vitesse. Il est bien entendu que si il avait, par contre, transporté l'une de ces personnalités ou été en service commandé, donc sans personnalité mais allant en chercher une à un aéroport, il n'y aurait probablement eu aucun problème. Les deux jeunes filles en question auraient alors bien pu être de dangereuses terroristes se jetant sous les roues du véhicule pour le faire exploser. Ce qui n'est qu'une hypothèse. Mais la conclusion de cette affaire est qu'il vaut mieux ne pas se trouver désormais sur le chemin d'un véhicule officiel, surtout si on porte le voile, le bandana ou si l'on fait parti des barbus. On sait que ceux-ci ont changé de camp puisque les barbouzes gouvernementales de jadis, comme leur nom l'indique, étaient des individus mal rasés, donc barbus. Il est fort probable que ce simple fonctionnaire, au contact de ceux et celles qu'il conduit généralement très vite, ait pris la fort mauvaise habitude de prendre le citoyen lambda comme quantité négligeable voire comme une entité anonyme gênante et dangereuse. Ce fut le cas du Bon Roy Philippe VI de Valois qui, à la bataille de Crécy en Ponthieu, le 26 août 1346, décida de déployer face aux Anglais du non moins Bon Roy Edouard III, une troupe de mercenaires génois, on disait alors genevois, armés d'arbalètes, dernier cri de la technologie guerrière. Il se trouva qu'un violent orage avait détendu les boyaux permettant de tendre ces fameuses arbalètes qui devaient apporter un avantage définitif et certain au Bon Roy de France. Les archers de la perfide Albion avaient, bien évidemment débandés leurs arcs, les fameux long bows, ce qui évita à leurs cordes d'être mouillées. Les arbalétriers tirèrent les premiers mais leurs instruments en mauvais état ne permirent pas aux carreaux d'atteindre l'ennemi qui, alors, sournoisement se rapprocha. Tandis que les arbalétriers pédalaient comme des culturistes pour tenter de retendre leurs engins, les archers anglais, venus à bonne distance,
commencèrent un tir courbe qui atteint la chevalerie française.
De nombreux chevaliers tombèrent. Furieux le Roy de France
ordonna la charge en hurlant «Chargez et piétinez-moi
cette ribaudaille qui nous empêsche la voie et faille au plus
grand besoin ! » . Les chevaliers
et les gros barons ne se le firent pas répéter deux
fois et lancèrent leurs destriers sur les arbalétriers.
Ceux-ci tout d'abord surpris firent face à la charge et se
défendirent rageusement. Et la ribaudaille désarçonna
bon nombre de preux cavaliers qui gênés par le terrain
détrempé par l'orage ne pouvaient maintenir leurs
chevaux d'une seule main pour combattre. Et ce fut grand gargouil
car l'archerie anglaise profita de cette mêlée sordide
pour utiliser un tir tendu et redoutablement mortel qui fut immédiatement
suivi par une charge de l'infanterie. Les chevaliers au sol furent
mis à mal sans autre forme de procès par les masses
et haches d'armes et les miséricordes qui fouillaient les
défauts des armures. Le Roy de France ne du son salut qu'à
la fuite. « Esi se termina la bataille entre
la Broie et Crécy en Ponthieu, ce samedi à l'heure
des vespres ». Les intermittents du spectacle
dépourvus de leurs droits, les assurés sociaux de
moins en moins remboursés, les chômeurs en fin de droit
laissés sur le bord du chemin, les associations de défense
des droits de l'homme contraintes de manifester contre des dictateurs
invités en grande pompe et se retrouvant face aux CRS, les
défenseurs de la nature constatant le dépôt
d'amendements de plus en plus nombreux permettant de flinguer loups,
lynx, tourterelles en toute impunité, les responsables associatifs
à qui on a sucré les subventions, les immigrés
en condition précaire travaillant au noir et à bon
marché sous la menace d'une dénonciation et donc d'une
expulsion manu militari, le personnel de santé en sous effectif
et que l'on accuse d'avoir failli pendant la canicule alors que
l'on supprime des urgences « non rentables »,
les pompiers volontaires à qui on refuse un statut, les restaurateurs
à qui l'on prétend que la baisse de TVA ne peut se
faire à cause de l'Europe et des Allemands, les marins pêcheurs
à qui on dissimule le dossier « Europe Bleue »
qui condamne leur profession au profit de l'élevage intensif
de poissons en batteries, les autres et ils sont nombreux encore
à qui on restreint les droits en imposant toujours plus de
devoirs…font tous partie de cette fameuse « ribaudaille »
qu'il convient de piétiner car ils empêchent le profit
de barons de l'industrie et du commerce mondialisé et des
chevaliers de la spéculation qui détournent des centaines
de milliards d'euros à leurs seuls profits dans des opérations
financières et boursières douteuses. Et cette ribaudaille
est désormais internationale puisque profitant du dégraissage
des effectifs et de la délocalisation des entreprises dans
les pays euphémiquement nommée « en voie
de développement ». Il devient donc normal que
l'on reçoive leurs dirigeants surtout si ceux-ci peuvent
nous promettre des affaires substantielles et une main d'œuvre à
bon marché. A condition que celle-ci demeure sur place. Le
raisonnement est facile puisque cette ribaudaille étrangère
n'a pas besoin de démocratie et encore moins de droit du
travail si ce n'est celui de travailler et de se taire. Ou de se
retrouver dans un goulag ou un laogai et de travailler pour rien.
Dans cette optique les Droits de l'Homme ne pèsent pas lourd
et il vaut mieux être un Chinois, jeune, riche et en bonne
santé qu'une Tibétaine vieille, pauvre et malade *.
Ou un Sumo japonais en visite à l'Elysée qu'un cycliste
Palestinien ou Iraquien ayant oublié l'heure du couvre-feu.
Mais à force de se faire piétiner il est possible
que cette ribaudaille, un jour, en ait finalement assez et décide
de ne plus se prêter à ce jeu de massacre médiéval
sans rendre coup pour coup.
P.S. : Au vu de l'actualité politique du moment, au 2 avril
2004, il semble que la fameuse ribaudaille se soit quelque peu exprimée.
Bon nombre de gros barons ont donc été renvoyés,
tête basse, dans leurs fiefs après une sévère
déculottée infligée par les manants. Cet édito
était donc quelque peu prémonitoire mais comme dit
Zhuangzi (Tchouang Tseu pour les sinologues facultatifs) "Entendre
le tonnerre pendant un orage ne prouve pas qu'on ait l'ouïe
fine. Voir le soleil à midi en été dans un
ciel bleu ne prouve pas qu'on ait la vue acérée".
La suite suite au prochain scrutin.
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