Je me soigne autrement... et ce n'est pas facile ! par Chan Sanyi

Depuis que l'un de mes amis entré à l'hôpital pour une opération, qualifiée de bénigne, s'est retrouvé, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, en réanimation sans trop savoir comment ni pourquoi, je ne suis pas très rassuré. Il avait probablement eu le tort de pratiquer les "Arts Internes du Poing" et le "Qigong" depuis de très nombreuses années... or, contrairement à ce que l'on pense, cela développe bien souvent une extrême sensibilité susceptible d'entraîner des réactions malheureusement incontrôlées de l'organisme face à ce qu'il ressent comme une agression caractérisée.
Cet ami, habituellement, ne supportait pas le métal et ne pouvait porter ni montre, ni bague, ni pendentif sans risquer de brûlures épidermiques bien réelles. L'intrusion d'un bistouri, fut-il électronique, dans sa zone vitale de sécurité a probablement provoqué une défense quelque peu brutale qui a mal été interprétée par un anesthésiste peu habitué à ce qu'un patient endormi réagisse de la sorte et décide de se mettre purement et simplement en apnée. De là à imaginer le pire il n'y avait qu'un pas et, après la mésaventure arrivée récemment à l'un de vos ministres, il convenait donc de ne prendre aucun risque.

Cet ami s'est donc retrouvé entubé de partout et promptement ligoté, mis sous assistance respiratoire et relié à un ordinateur. Il ne craignait donc plus rien car rien ne pouvait plus lui arriver puisque transformé en légume. Aussi bien gardé qu'un coffre à la Banque de France il ne pouvait plus communiquer avec l'extérieur qu'à l'aide des yeux. Au bout de quarante huit heures il réussit néanmoins à faire comprendre à sa sœur qu'il pouvait quand même écrire et put, ainsi, rassurer les siens et s'enquérir de sa situation. Ne sachant pas trop ce qui s'était passé on avait simplement pris, ce qui est normal, toutes les précautions médicales possibles et, bien évidemment, procédé à tous les examens souhaitables.
Moins on trouvait la cause de ce qui lui était arrivé plus on en cherchait les raisons. Cet ami passa donc très rapidement du statut de patient à celui de client involontaire du parc d'attraction le plus coûteux du monde... Scanner, échographie, Doppler, scintillographie, angiographie, radiographie et autres gaz du sang n'eurent rapidement plus aucun secret pour lui. Toujours sans le moindre résultat. Il eut beau tenter de prévenir que plus de trente années de pratiques respiratoires et énergétiques avaient, peut-être, quelque peu modifié son métabolisme qu'on ne le crut pas. Il passa donc pour un original quelque peu inventif sans plus. Faute de mieux il se contraignit de tenter à détraquer le matériel auquel il était relié ce à quoi il parvint presque.

Il eut beau faire chuter sa température, son pouls, sa tension qu'on accusait simplement ce même matériel de manque de fiabilité. Quelques dizaines d'années de pratique sur des sacs et autre paillassons de frappe, sans compter de multiples torsions de mains et autres saisies en griffe d'aigle lui avaient, de plus, quelque peu endurcis les avants bras et particulièrement les poignets... ce qui rendait particulièrement difficile et douloureux la pénétration des aiguilles qui, pour la plupart, se tordaient au bout du quatrième ou du cinquième essai.
On lui demandait alors gentiment de se détendre "pour son bien" ce qu'il tentait de faire tant bien que mal. Comme cela se renouvelait plusieurs fois par nuit et par jour il ne put guère dormir. Demeurer plusieurs jours sans pouvoir ni dormir, ni bouger, ni communiquer, ni manger, ni boire alors que l'on est totalement conscient et en très bonne santé n'est pas de tout repos.

Comme cet ami avait eu, de plus, l'excellente idée de se faire hospitaliser naïvement un peu avant les fêtes de fin d'année il finit, quelques ponts aidant, par passer celles-ci à l'hôpital. Il remarqua, à juste titre, que tout le monde, dans cette affaire, avait été très efficace et très dévoué et il ressortit de l'hôpital toujours sans avoir été opéré mais muni d'une très longue ordonnance et très probablement beaucoup plus radioactif que Super phénix... ce qui est un comble pour quelqu'un qui, auparavant, ne prenait pas même de l'aspirine et se méfiait du nucléaire.
La médecine de pointe mène à tout à la seule condition d'en sortir vivant le plus vite possible. Mieux vaut, surtout, ne pas trop se distinguer des normes et tenter de faire le malin en essayant de modifier ce qui est habituellement admis comme une moyenne pondérée.

De mon coté, je pense malgré tout continuer la pratique du "Qigong" et des "Arts Internes du Poing" en évitant, on ne sait jamais, d'avoir à me faire opérer... sauf si cela est réellement nécessaire et indispensable. Pour ce faire j'ai pensé qu'il était utile de me tourner quelque peu vers d'autres pratiques médicales que celles que je connais déjà. Comme tout Chinois qui se respecte j'ai le tort de croire que l'acupuncture demeure très efficace. On ne se refait pas. Puisqu'on se soigne, en Chine, comme cela depuis des millénaires et qu'on ne s'en porte pas plus mal il est fortement probable que cela fonctionne tout à fait correctement. Comme le rappelle souvent ma vieille grand-mère, adepte convaincue des anciennes formes médicales utilisant les plantes médicinales, les massages, les ventouses et autres sangsues "Mieux vaut rester empiriquement en bonne santé que de se faire scientifiquement soigner".
J'ai donc décidé de m'informer sur ce qui se faisait en Occident dans un domaine semblable. J'ai été très étonné d'apprendre que vous disposez également de nombreuses pratiques médicales traditionnelles. J'emploie ce terme à bon escient car certaines d'entre-elles se transmettent encore de maître à disciple et ceci depuis de nombreuses générations. L'herboristerie est l'une d'entre-elles. Il est simplement dommage que votre diplôme d'herboriste ait été supprimé par une loi vichyste, période d'occupation pendant laquelle fut créé l'ordre des médecins toujours en activité.
Il existe également des médecines classiques... l'homéopathie, jadis homéopathie, fut, en effet, découverte et fondée en même temps et à la même époque que la musique classique, la peinture classique, la danse classique et la sculpture classique... donc quelques siècles avant l'allopathie qui, pourtant lui usurpe souvent ce titre. Passons sur les diverses médecines manuelles qui, par essence, sont très proches de la médecine chinoise et, parfois même, certains textes le prouvent, en dérivent directement ou indirectement. Elles sont toutes probablement très efficaces puisqu'elles connaissent de plus en plus de succès... donc de réussites. Il est simplement dommage que tout ce beau monde ne puisse s'entendre une fois pour toute afin de revendiquer, comme il se doit et comme il se peut, une existence légale et une reconnaissance officielle.

Les adversaires de ces médecines, de cette médecine, profitent simplement du fait qu'ils opposent une unité monolithique à un foisonnement anarchique qui a du mal à même se définir... Comment peut-on encore parler de médecine douce face à la maladie ? Existe-t-il des maladies douces ? Dans le cas contraire on préférerait une médecine dure avec la maladie. Il en va de même pour la médecine parallèle vis à vis d'une médecine perpendiculaire, d'une médecine alternative vis à vis d'une médecine continue, d'une médecine naturelle par rapport à une médecine synthétique...
On comprend quelque peu, dans ce désordre ambiant, qu'un zélateur dévoué à la cause officielle, à ses pompes et à ses œuvres, ait pu facilement les qualifier de "patamédecines" ... ou médecines de l'imaginaire. Que plusieurs centaines de millions d'Indiens, de Chinois, de Japonais, de Coréens, de Vietnamiens, et on en passe, soient ravalés au niveau de crétins des Alpes, puisqu'ils utilisent ces "patamédecines" inutiles coûteuses et inefficaces ne lui pose pas le moindre problème intellectuel ou éthique. Qu'il doit être difficile de se prendre, seul face à l'humanité imbécile dépravée et sectaire, pour Don Quichotte lorsque l'on n'est que Sancho Pansa. L'inquisition est de retour et l'Amérique, grande démocratie virtuelle, comme souvent, montre l'exemple en réhabilitant le pilori médiatique et en rétablissant, paisiblement, la peine de mort et le bombardement chirurgical préventif. Mieux vaut, actuellement, être du coté des riches et des puissants...

Il est toujours plus facile d'appuyer sur un bouton et de lire un résultat sur un écran d'ordinateur que de se retrouver en face, sur le terrain. Remuer des énergies par le biais d'un mouvement, d'une aiguille et entretenir sa santé ne coûte pas grand chose, c'est un fait, mais rapporte encore moins... et c'est probablement là où se situe le vrai problème puisque la maladie, et sa gestion économique, fait déjà probablement vivre beaucoup plus de gens qu'elle n'en tue par hasard.
Apprêtons nous donc, peu à peu, à devenir immortels et à gérer les très nombreuses années d'inactivité que l'on nous réserve... Aussi étrangement qu'il puisse paraître cette hypothèse fort récente, et pour cause, semble pourtant avoir été prévue de longue date par les sages taoïstes du temps jadis qui apprenaient déjà, faute de mieux, à remplir cette immortalité de nombreuses pratiques totalement inutiles mais qui avaient au moins l'avantage de faire passer agréablement le temps sans trop se contraindre et à moindre frais. C'est simplement la science qui est un peu en retard sur leurs prévisions. Il ne faut pas leur en vouloir, ils sont d'incorrigibles optimistes.


   
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