LA BETE DU GEVAUDAN
GAZETTE PUBLIEE A LYON EN 1765 ET VENDUE PAR LES COLPORTEURS DE LA MARGERIDE ET DU GEVAUDAN

Par Georges Charles

 

Documents choisis et commentés par Georges Charles

 

 

Bête du Gévandan dans gazette 1765
L'illustration en première de la Gazette du Gévaudan parue en avril 1765 à Lyon

"Représentation de la terrible Bête féroce qui désole le Gévaudan etc en 1764 et 1765".

 

La femme de gauche est armée d'une binette et les deux hommes d'écorçoirs à crochet.

 

Gévaudan Gazette sur la Bête du Gévaudan 1765
Scan de l'une des pages originales de la Gazette du Gévaudan publiée à Lyon en 1765 et relatant, à l'époque des faits, les méfaits de la Bête du Gévaudan.

Vous retrouverez le texte en clair ci dessous.

 

 


 

Gazette éditée à Lyon en avril 1765 et distribuée par colportage dans le Gévaudan pendant l’affaire de la Bête.


Elle est donc contemporaine des évènements et, quoiqu’en disent certains, fort instructive car on y retrouve les grands épisodes qui caractérisent ses agissements et les réactions qu’ils ont suscité à l’époque.


Il est évident qu’il s’agit de presse populaire que l’on nommerait actuellement « people » ou « pipole » et qu’il ne faut pas tout prendre pour argent comptant.
Mais peut-on prendre comme même argent comptant les compte-rendus « officiels » établis par les curés, les notaires, les gendarmes, les consuls qui étaient directement placés sous les ordres d’une hiérarchie qui ne tenait nullement à remettre en cause les thèses officielles ?


Après qu’Antoine ait tiré une Bête dans les jardins de l’Abbaye des Chazes et qu’il eut été récompensé, largement, pour ce fait il n’existait plus « officiellement » de Bête et tous les rapports furent donc établis en ce sens pendant une assez longue période.


De même après que Chastel ait tué une autre Bête des méfaits semblables se reproduisirent dans les Cévennes mais on refusa, visiblement, de relier les deux affaires.


L’intérêt de cette gazette et de ce qu’elle relate, à sa façon, de la Bête est qu’elle nous plonge directement, et sans trop d’inrtermédiaire, dans la peau d’un lecteur de l’époque qui se doit, également, de faire la part des choses et d’essayer d’en tirer non pas conclusion mais enseignement.


Et les rédacteurs de l’époque n’étaient pas si fripons qu’on le pense et, probablement, ils respectaient aussi certaines règles déontologiques qui sont de tenter de relater non pas la vérité mais une certaine réalité.


Après le texte lui-même j’apporterai quelques commentaires afin d’étayer quelques conclusions et quelques constatations.


A la fin du texte dus la fameuse Bête j’ai trouvé amusant de reprendre, également, un texte de la même gazette sur l’inoculation des varioles.


Il s’agit donc des prémices de la vaccination qui existait avant les mythes fondateurs de Jenner et Pasteur et qui était pratiquée en France depuis le début des années 1700.


On voit par ailleurs ici que la Faculté est celle qui s’oppose à la vaccination !


Autre temps, autres mœurs.


Nous avons évidemment remis en « bon français » et non en « Ancien François » le texte mais sans aucunement le modifier ni l’altérer.


Je voulais simplement vous éviter les « repréfentations », les « affurément », les « lieuës », les multiples « & » à la place des et, et une prolifération impressionnante de virgules, points virgules, trémas, apostrophes, tirais, etc. et autres guillemets.

 

 

Les méfaits relatés de la Bête qui désola le Gévaudan etc. en 1764 et 1765


Dans le bois de Saint Martin de Born qui n’est qu’à cinq quarts de lieues de nous, il épiait une fille de douze sur laquelle il allait s’élancer lorsque s’en apercevant elle courut à son père qui n’en était pas éloignée, en criant « Au secours, mon père, voilà la Bête ; défendez moi ». Le Bon-homme qui n’avait pour toute arme qu’un gros bâton y accourut et se défendit contre l’animal qui n’avait des yeux que pour l’enfant qu’il voulait dévorer et qui certainement ne lui aurait pas échappé si des bêtes à cornes que le père gardait dans le bois ne fussent heureusement survenues. Leur approche épouvanta l’animal qui prit la fuite.
Le père de l’enfant à fait son rapport à Monseigneur de Courbières, Chevalier de l’Ordre de Saint Louis, Bailly et premier magistrat de cette ville, dont les habitants, ainsi que ceux des environs, n’osent plus marcher en campagne que par troupes.
De Marvejols, seconde ville du Gévaudan en Languedoc du 2 janvier.
L’Animal féroce dont on a parlé plusieurs fois, continue les ravages de ce pays. Ce qu’il y a de pis est qu’il s’en trouve un second de son espèce : aussi était-il impossible qu’on le vut en l’espace d’une heure en deux endroits éloignés de 8 lieues l’un de l’autre. Un paysan de nos environs assure les avoir vus tous deux ensemble et que l’un est beaucoup plus petit que l’autre. On a tiré sur la plus gros : la balle n’a fait malheureusement que de l’effleurer, de façon qu’il n’est resté sur place qu’une poignée de poils qui s’est trouvée d’une odeur très mauvaise.
On a eu cependant le loisir de mesurer des yeux cette Bête furieuse : Elle est de la grandeur d’un veau d’un an, la tête a un pied de largeur sur le devant et son poitrail est aussi large que celui d’un cheval. Souvent on l’entend hurler la nuit : son cri est précisément comme celui d’un âne qui brait.
Autre lettre de Mende, Capitale du Gévaudan, du 9 janvier
L’Animal féroce que l’on n’a pas encore pu terrasser continue de répandre l’alarme dans ces quartiers-ci.
Il a tout récemment dévoré un homme entre St Chely et La Garge sur la route de Saint Flour. On espère que le détachement de dragons et de volontaires qui était à Saint Chely et qui s’est mis à sa poursuite aura, enfin, le bonheur de l’atteindre et de nous en délivrer.
On fait, en attendant, en conformité d’un Mandement de notre Evêque, des prières publiques, pour obtenir du Ciel la Bénédiction des moyens qu’on employe pour détruire cette Bête féroce.
De Rodez, Capitale du Rouergue à 8 lieues de Mende, du 9 janvier
Nous avons essuyé la nuit du 7 au 8 de ce mois (de janvier) un orage des plus affreux ; il était mêlé d’éclairs et de coups de tonnerre si épouvantables qu’on n’en n’a jamais entendu de pareils dans les plus grandes chaleurs de l’Eté : Heureusement cette tempête n’a causé aucun dommage considérable. Mais un autre malheur nous alarme. La Bête féroce qui a ravagé le Gévaudan, s’est jetée dans notre Province. Elle a paru à Aubrac, St Genès, Bonneval, St. Côme et Espalion ; et dans le bois de Côme à 4 lieues d’ici elle a dévoré une bergère de 18 ans qui était célèbre pour sa beauté.
Quelques Avis du Bas Languedoc nous apprennent que l’Officier chargé de poursuivre avec ses Dragons la Bête féroce qui désole depuis si longtemps le Gévaudan et les pays voisins avait tenté, avant de rentrer dans ses quartiers, de faire un dernier effort pour la faire périr ; mais que son trop d’ardeur pour y réussir l’avait fait échouer dans son entreprise. Il avait posté ses Dragons à pied et à cheval, lorsqu’entendant les cris de la Bête il courut à l’endroit d’où partaient les cris au lieu de rester à son poste comme il aurait du faire. Ainsi qu’il parut pour l’évènement puisqu’il eut le déplaisir de la voir passer à l’endroit qu’il venait de quitter. Deux Dragons devant qui elle passa lui tirèrent leus pistolets et l’ayant manquée la poursuivirent le sabre à la main pendant trois quart de lieue dans l’espérance de pouvoir la sabrer, d’autant plus que les chevaux lui tenaient pied et qu’elle n’était jamais qu’à trois ou quatre pas : De sorte que cet animal ne va pas aussi vite qu’on l’avait dit. Mais ayant trouvé sur son passage une muraille il la franchit, quoiqu’assez haute, et de beaucoup trop pour les chevaux. La Bêta s’en alla ensuite se jeter dans un marais et gagna un bois voisin.
Les Dragons de retour de cette poursuite infructueuse on rapporté qu’elle est de la grandeur des plus gros chiens de parc, extrêmement venue, de couleur brune, le ventre fauve, la tête grosse. Deux dents fort longues lui sortent des deux côtés de la gueule, les oreilles courtes et droites et la queue ramée qu’elle dresse beaucoup en courant. Elle est haute sur ses jambes et a de grandes griffes fort larges. La peur n’a assurément point de part à cette description puisque les Officiers du Régiment de Clermont affirment que ces deux Dragons sont les plus vaillants qu’il y ait dans ce corps. Cependant par cette description on est assez peu en état de discerner l’espèce de cet Animal qu’on ne l’a été par celle qu’on a déjà données. Il y a des parties qui tiennent de l’ours, d’autres du sanglier et d’autres qui ne sont ni de l’un ni de l’autre.
On a tué un animal dans le Limousin, au mois de février, mais c’était un loup extraordinaire et non la Bête féroce qui continue à désoler le Gévaudan et qu’on croit toujours être une Hyène. Une foule de chasseurs sont à ses trousses, sans pouvoir l’attraper. Un homme grand et robuste armé d’un bon fusil la cherchait avec empressement, lorsqu’il la vit paraître tout à coup. Mais oubliant alors son fusil et sa résolution il poussa des cris si perçants qu’il attira nombre de gens qui étaient à portée et dont l’apparition fit peur à l’animal. On fait à ce sujet mille contes qui tous ne font que déplorer aux habitants le malheur de la voir rôder dans le pays.
Le 20 janvier il s’élança dans un jardin ou il trouva trois enfants. Il en saisit un, c’était une fille de 11 ans. Mais ses cris et ceux des autres enfants ayant fait accourir du monde et sa proie l’empêchant de franchir le mur, il la laissa et se sauva. Le 22 cette Bête dévora une femme du village de Jullange au pied de la Montagne de la Margeride et le 24 elle passa à Préviala.

De Montpellier, le 5 février
La Bête qui désole le Gévaudan continue à y faire des ravages et de répandre la consternation. Il se passe peu de jours que l’on apprenne une nouvelle affligeante.
Le 5 janvier elle attaqua 5 petits garçons du village de Villeret, Paroisse de Chanaleilles. Les 3 plus âgés avaient environ 11 ans. Les deux autres n’en avaient que 8 et il y avait deux filles du même âge que ceux-ci. Ces enfants gardaient du bétail en haut d’une montagne. Ils étaient armés chacun d’un bâton auxquels ils avaient attaché une lame de fer de la longueur de 4 doigts. La Bête vint les surprendre et ils ne l’aperçurent que lorsqu’elle fut près d’eux. Ils se rassemblèrent au plus vite et se mirent en défense. Elle les tourna deux ou trois fois et enfin s’élança sur l’un des plus petits garçons. Les trois plus grands fondirent sur elle et la piquèrent à diverses reprises sans pouvoir lui percer la peau. Cependant à force de la tourmenter, ils parvinrent à lui faire lâcher prise. Elle se retire de quelques pas après avoir arraché une partie de la joue droite du garçon dont elle s’était saisie et elle se mit à manger devant eux ce lambeau de chair.
Bientôt après elle revint attaquer ces enfants avec une nouvelle fureur, saisit par le bras le plus petit de tous et l’emporta dans sa gueule. L’un d’eux épouvanté proposa aux autres de s’enfuir pendant qu’elle dévorerait celui qu’elle venait d’enlever mais le plus grand nommé Portefaix, qui était toujours à la tête des autres, leur cria « qu’il allait falloir délivrer leur camarade ou périr avec lui ».
Ils se mirent donc à poursuivre la Bête et la poussèrent dans un marais qui était à 50 pas et où le terrain était si mou qu’elle s’y enfonçait jusqu’au ventre. Ce qui tarda sa course et donna aux enfants le temps de la joindre. Comme ils s’étaient aperçu qu’ils ne pouvaient pas percer sa peau avec leurs espèces de piques, ils cherchèrent à la blesser à la tête et surtout aux yeux. Ils lui portèrent effectivement plusieurs coups dans la gueule qu’elle avait continuellement ouverte mais ils ne purent jamais rencontrer ses yeux. Pendant ce combat elle tenait toujours le petit garçon sous la patte mais elle n’eut pas le temps de le mordre parce qu’elle était trop occupée à esquiver les coups qu’on lui portait. Enfin ces enfants la harcelèrent avec tant de confiance et d’intrépidité qu’ils lui firent lâcher prise une seconde fois. Et le garçon qu’elle avait emportée n’eut d’autre mal qu’une blessure au bras par lequel elle l’avait saisi et par une égratignure au visage.
Comme la petite troupe ne cessait de crier de toutes ses forces, un homme accourut et se mit à crier de son côté . La Bête entendant un nouvel ennemi se dressa sur les pattes de derrière et ayant aperçu l’homme qui venait à elle, elle prit la fuite et alla se jeter dans un ruisseau à une demie lieue de là. Trois homme la virent s’y plonger, en sortir et se rouler dans l’herbe. Après quoi elle prit la route du Mazel où elle dévora un garçon de 15 ans.
Le 21 elle se jeta sur une fille du même âge qui heureusement fut secourue à temps et donc les blessures, quoique considérables, ne sont pas mortelles. Le 22 elle attaqua une femme à Julianges sur les frontières de l’Auvergne et lui sépara la tête du corps. On a vérifié que pendant le cours du mois de décembre et de janvier elle a dévoré 2 personnes dans le Rouergue et 3 en Auvergne. Ses courses se font sur une étendue de plus de 40 lieues dont le Gévaudan est le centre.
Le Sr Duhamel Capitaine de Dragons et l’Intendant d’Auvergne ont concerté une chasse générale qui a du se faire hier et si le succès n’en n’est pas favorable, on en fera une seconde indiquée pour le 11 de ce mois. Ce Capitaine a divisé les Dragons par pelotons et en a fait habiller plusieurs comme des femmes qui accompagnent les petits enfants lorsque ceux-ci vont garder les troupeaux.
UIl faut espérer que toutes ces mesures jointes à la récompense promise par le Roi laquelle est de 2000 écus, ainsi qu’à celles que donneront la Province et les Diocèses, nous délivrerons enfin de cet animal terrible dont l’acharnement et l’audace semblent s’accroître de jour en jour.
Voici ce que rapporte la Gazette de France du 15 mars au sujet de la Bête féroce du Gévaudan :
« Suivant les nouvelles qu’on a reçues du Gévaudan, les mesures prises jusqu’à présent pour délivrer le pays de la Bête féroce qui le ravage, n’ont pas eu le succès qu’on en attendait. La première chasse générale qui avait été concertée par le Sieur Duhamel, Capitaine des Volontaires de Clermont et l’Intendant d’Auvergne le fit le 7 février comme on l’avait annoncé. Soixante treize Paroisses du Gévaudan et treize d’Auvergne et du Rouergue formèrent un corps d’environs vingt mille chasseurs conduits par les Subdélégués, les Consuls, les notables Habitants. La Bête fut lancée par les chasseurs de la Paroisse de Prinières ; elle passa le gué à la Rivière de Truière dont le bord opposé se trouva malencontreusement dégarni, quoique suivant les dispositions qui avaient été faites, il dut être gardé pare les Habitants du Malzieu. Le Vicaire de Prunières et dix de ses paroissiens se jetèrent dans la Rivière en traversant une partie à la nage malgré la rigueur de la saison et chassèrent l’Animal pendant fort longtemps en suivant les traces qu’il avait laissé dans les bois d’une grande étendue. A une heure de l’après midi, la Bête fut aperçue par cinq habitants du Malzieu, l’un d’eux lui tira un coup de fusil à balle forcée. Elle tomba sur les deux jambes de devant en poussant un grand cri ; mais elle se releva promptement et ils la poursuivirent j’jusqu’a la nuit, sans pouvoir l’atteindre d’assez près pour la tirer une seconde fois.
Le 10 les Habitants de dix sept Paroisses se réunirent pour une autre chasse dans laquelle on ne put rencontrer cet animal.
Le lendemain, on fit encore une chasse générale, aussi nombreuse que la première et qui n’eut pas un plus heureux succès.
Le 19 cette Bête cruelle enleva un enfant à la porte de la maison de son père, le traina jusqu’à cent pas, mais fut obligée de l’abandonnée à l’arrivée d’un homme qui la poursuivit avec son chien. Les blessures de l’enfant quoiqu’assez grièves ne sont pas dangereuses. Le même jour elle dévora au village de Mialanette une fille de 14 ans. Mais les Habitants qui arrivèrent sur le lieu la contraignirent de lâcher la proie. On laissa le cadavre exposé dans l’espérance qu’elle y retournerait mais elle ne parut pas.
Le 21 elle attaqua sur le grand chemin de Saint Chely à Aumont un muletier qui se défendit longtemps et fut heureusement secouru. Le même jour elle blessa dangereusement une jeune fille du Lieu de Fau, paroisse de Brion et la traina à quelque distance.
Le 24 à 10 heures du soir, une femme du village du Crouset, Paroisse d’Aumont, étant devant sa maison, fut saisie par derrière par cet Animal qui lui enleva la coiffe, la mordit à l’épaule et lui déchira la robe et la chemise : il lâcha prise à l’approche des gens qui accoururent au secours et échappa à leur poursuite à la faveur de l’obscurité.
Enfin, le 25 à neuf heures du matin, il attaqua au milieu du Village de Javoulx deux enfants qui puisaient de l’eau à la fontaine. Un mâtin sauta sur la bête et l’abattit mais elle se dégagea et pris la fuite en voyant approcher des Habitants qui la poursuivirent inutilement pendant quelque temps. On voulut mettre le chien à la poursuite mais il refusa de donner.
Le Roi ayant été informé de la bravoure avec lequel le jeune Portefaix, à la tête de ses camarades, avait attaqué la Bête le 12 janvier dernier et voulant le récompenser de cette action courageuse a accordé quatre cents Livres de gratification pour cet Enfant et trois cents livres à partager entre ses camarades.

Deux Gentilshommes de Normandie se sont rendus à Marvejols au mois de mars dans la vue d’exterminer la Bête féroce. Ils ont emmené avec eux leurs chiens qui sont des dogues monstrueux d’une espèce particulière et qui ont tué dans leur Pays tous les loups à plus de 20 lieues à la ronde. Mais les chasseurs depuis longtemps n’ont pu à cause de la grande quantité de neige, former aucune entreprise pour exterminer la Bête et c’est pour la même raison que les deux Gentilshommes, venus exprès de Normandie, n’ont pu commencer leur chasse.
Ce terrible Animal dévora le 11 mars à Malavielette , Paroisse de Fontans, une fille de 3 à 4 ans dont il s’était saisi sur le seuil de la porte de son logis.
Le 14 à la pointe du jour elle passa à l’Estival. Une femme qui ouvrait la maison la vit passer par de là et cria à ses gens « Levez vous et venez voir la Bête ». Mais ils en eurent guère le loisir parce qu’elle prit d’abord la fuite. On alla cependant en avertir Monsieur Bouchain de l’Estival, dont la maison est attenante à celle de cette femme et qui est l’un des meilleurs tireurs du pays. Il s’habilla au plus tôt et se mit avec un di=domestique à la poursuite de l’Animal. Ils le suivirent quatre lieues à la trace dans la neige, quoiqu’il fit un temps affreux, mais le domestique n’en pouvant plus, Monsieur Bouchain revint sans avoir pu atteindre la Bête.
Le même jour, donc le 14, elle se jeta à Bessière Paroisse de Saint Alban sur un enfant de 6 ans en présence de sa Mère et de 2 autres enfants ; l’Animal avait saisi l’enfant par la tête et la Mère le prit par les pieds, tirant chacun de son côté. La Bête le lâcha et se rua sur un autre de 10 ans, que la Mère secourut aussi. Il attaqua ensuite le troisième que la Mère sauva pareillement. Comme ceci se passait devant la poerte d’un jardin, les deux qui avaient échappé au danger s’y réfugièrent. La Bête les suivit et s’élança sur celui de 1à ans, le saisit et franchit le mur de 4 à 4 pieds. La Mère quoique ses forces fussent épuisées, la poursuivit. Un enfant de 132 ans qui avait aperçu le combat de loin accourut avec le chien de parc de l’endroit qu’il avait heureusement rencontré . Ce jeune garçon attaqua la bête qui avec ses pattes de devant parait les coups de bâton qu’il lui portait. Le chien qui n’avait pas osé attaquer cet animal s’anima enfin, se jeta sur lui et le terrassa, mais il se dégagea et prit la fuite. L’enfant avait été blessé au nez et au cou. Le Comte de Morangiès, Maréchal de Camp, informe de ce qui venait de se passer se rendit d’abord sur les lieux et fit des largesses à la mère, au trois enfants et au jeune garçon qui s’était intrépidement exposé pour les secourir.
Voilà tout ce que nous avons appris de cette Bête jusqu’au mois de mai. Peut-être l’a-ton chassée dans quelque autre partie du monde. On n’a pas pu la tuer jusqu’ici. Si nous en apprenons encore quelque chose, nous le dirons dans un article séparé.
Inoculation des petites véroles
L’inoculation s’anoblit dans le Royaume de France et y tient rang entre les modes les plus accréditées parmi ce que l’on nomme le beau monde. Ce serait donner au public une trop longue liste des noms illustres que de lui nommer quand on le pourrait toutes les personnes titrées qui se font actuellement inoculer et ce serait prodigieusement grossir ce catalogue que d’y ajouter tous ceux et toutes celles du même rang qui honorent cette opération de leurs suffrages. Mais la Faculté de Médecine moins décidée hésite encore à lui donner les siens et plusieurs de ses membres s’y opposent. Quant au Peuple quoiqu’il soit accoutumé à bien d’autres égards à se laisser entraîner par les opinions et les exemples des Grands, il se dispense de se faire inoculer, non pour attendre la décision des médecins, dont il respecte les lois et qui le sert d’autant mieux qu’il se repose sur elle.

 

Quelques commentaires personnels :

Je ne peux ici m’empêcher de reprendre à mon compte la préface de Wang Xing Qing en tête de son commentaire du Classique des trois caractères :


« Quant à moi, sans tenir compte du peu de culture de mon intelligence, du peu de développement de mes facultés, j’ai, témérairement, entrepris d’ajouter un commentaire qui m’est personnel, lequel je ne puis en douter un instant attirera infailliblement sur moi les critiques d’anciens mandarins autrefois les plus réputés. Toutefois, comme il est destiné à aider la compréhension des plus jeunes dans leurs Etudes, il sera peut être reconnu utile à un certain degré. ».

 

On retrouve donc les premiers méfaits de la Bête qui est, d’ailleurs, toujours nommée avec une majuscule y compris lorsqu’elle devient un Animal féroce.

On remarque plusieurs fois que les balles, comme les armes de hast, manipulées certes par des enfants, ne parviennent pas à la blesser.


Certains arguerons la faiblesse des armes à feu d’époque qui cependant étaient tout à fait capable de tuer des loups ou des ours et de percer des cuirasses. Il est même question de « balle forcée » ce qui représente une charge non négligeable pour un fusil fut-il d’époque. Qu’il y ait eu faiblesse, raté de poudre, calibre insuffisant cela passe pour quelques fois mais les chasseurs professionnels connaissaient bien leurs armes qui étaient tout à fais suffisantes pour tuer n’importe quelle espèce animale locale ou exotique.


Il en va de même pour les chiens de parc qui ne réussissent qu’ à coucher la Bête sans pouvoir la blesser, ce qui semble pour le moins étrange lorsqu’on connaît la puissance de la mâchoire de ces dogues qui étranglaient un loup assez facilement – ce qui est attesté dans la description de l’arrivée des gentilshommes normands.
Cela ne peut s’expliquer que par la présence d’une protection.


Dans l’épisode de Portefaix les enfants ne peuvent blesser la bête au corps malgré leurs lames emmanchées et cherchent à l’atteindre aux yeux et à la gueule. C’est de cette manière qu’ils contraignent la Bête à relâcher sa proie.

Il existe dans ce texte deux descriptions assez précises de la Bête, descriptions qui ont été reprises dans la plupart des textes postérieurs.
- grandeur d’un veau de 1 an. Même si les veaux d’époque étaient plus petits que maintenant cela dépasse donc la taille d’un grand chien.
- Tête très large sur le devant ce qui ne ressemble pas au museau d’un loup.
- Poitrail aussi large que celui d’un cheval. C’est probablement exagéré mais donne l’image d’un fort poitrail également très large.
- Hurlement ressemblant à un âne qui brait, ce qui peut s’apparenter au cri de certaines hyènes.

 

A ce sujet la hyène, bien orthographiée pour une fois, est nominalement citée
« Et non la Bête féroce qui continue de désoler le Gévaudan et qu’on croit toujours être une hyène »
Ceci pour ceux qui persistent à affirmer que la hyène n’est pas citée dans les textes contemporains à la Bête ou qui, comme Jean Claude Bourret, affirment que l’on mettait sous le terme de hyène tous les animaux inconnus, ce qui est une stupidité. Les gens d’époque savaient parfaitement ce qu’était une hyène comme ils savaient ce qu’était une girafe puisqu’elles étaient représentées dans ces fameuses gazettes.

 

L’autre description particulière est celle des deux Dragons
- De la grandeur des plus grands chiens de parc – encore
- Extrêmement venue de couleur brune
- Le ventre de couleur fauve (ou de couleur chevreuil)
- La tête grosse
- Deux dents de forte taille sur les côtés de la gueule
- Les oreilles courtes et droites
- Queue ramée ou touffue qu’elle porte droite en courant
- Hautes sur pattes
- Pattes et griffes fort larges
On peut également ajouter des yeux de couleur cinabre (rouge sombre).

Ce qui ne ressemble pas tout à fait à un loup !

 

Hyène brune
Un sacré client pour la Bête ! Hyène brune dans un zoo de Berlin.
C'est presque, mot à mot la description des deux Dragons.
Plus grande qu'un chien de parc, c'est le cas
Très velue de couleur brune et le ventre fauve, c'est le cas
Tête grosse et large, c'est le cas
Queue touffue, c'est le cas
Haute sur pattes, c'est le cas
Pattes et griffes fort larges, c'est le cas

Et peu rassurante, cest le cas !

 

 

Mais notons, une fois encore, qu’il a pu exister, probablement, plusieurs Bêtes.
La gazette parle d’une Bête fort grosse et d’une plus petite.

 

Dans la plupart des cas la Bête lâche sa proie et s’enfuit si elle a affaire à forte partie.
Dans ces cas il s’agit bien évidemment d’un animal et non d’un individu déguisé qui n’aurait pas pu s’échapper avec une telle vélocité.
Ce qui n’empêche nullement quelques actes sadiques qui semblent être attestés par quelques descriptions assez particulières.
« une femme fut saisie par derrière par cet animal qui lui enlève la coiffe, la mord à l’épaule, lui déchire la robe et la chemise et s’enfuit à la faveur de l’obscurité »
Ici le mode opératoire semble très différent de celui, longuement décrit, dans l’attaque de Portefaix et de ses petits camarades oui dans de nombreuses autres descriptions d’un animal qui vient à la charge essayant de se saisir du plus faible.

 

Nous avons droit aux descriptions des grandes battues et de la fameuse chasse où la bête s’enfuit par le gué de la Truyère qui aurait du être gardé par les habitants du Malzieu qui, ce jour là, avaient préféré rester à l’auberge et qui furent, justement, traités de « crapules » par Duhamel.

 

Ce qui fut compensé par le courage et l’abnégation du Vicaire de Prunières et de ses dix paroissiens qui se jetèrent à l’eau, un 7 février, pour tenter de la récupérer dans sa fuite.

 

De ce fameux coup de fusil chargé à balle forcée par un habitant du Malzieu, le même jour, soucieux de refaire la réputation de la « Perle de la Vallée » mise à mal par Duhamel, et qui constata à son grand dépit que la Bête tomba, poussa un grand cri, se releva et prit la poudre d’escampette sans demander son reste.

 

La Bête, par ailleurs, ne réapparaîtra que le 19 soit 12 jours plus tard, le temps de soigner cette blessure probablement amortie par une protection.

 

Et aux fameux gentilshommes venus de Normandie avec leurs dogues « monstrueux d’une espèce particulière » (donc à particule ! ) et qui, à cause de la neige, qui dura fort longtemps, demeurèrent également au chaud au lieu de courir bois et champs.

 

Sans oublier l’épisode fameux de la Mère Jouve, toute petite bonne femme suivant les témoignages, qui n’est pas encore citée par son nom, et qui arrache, au propre et au figuré, de la gueule de la Bête toute sa progéniture, qui est sauvée par l’arrivée d’un gamin de 12 ans, armé d’un bâton et heureusement accompagné d’un chien de parc et qui met le Bestio en déroute. Ils seront tous largement récompensés par le Roi grâce au Comte de Morangiès.

 

Il est dit lors de cet épisode fameux « Ce jeune garçon attaqua la Bête qui avec ses pattes de devant parait les coups de bâton qu’il lui portait » Ce qui est assez étrange , il faut l’admettre.

 

Notons également que plusieurs fois les chiens de parc, pourtant de hardi bestiaux, refusent de donner contre la Bête ou, lorsqu’il le font, sont incapables de la terrasser.

 

La gazette continue ensuite sur une description des
« Autres Animaux voraces et poissons terribles »
Et traite des loups de l’Ostrogothie, des ours de la Bosnie Occidentale, d’une bête féroce qu’on croit aussi être une hyène en Carinthie et d’un loup d’une grandeur énorme, d’un poisson monstrueux de Skanor dans le district de Schulz en Scannie, probablement un silure et d’un loup monstrueux apparu dans le district de Soisson et qui dévora, quand même, 28 personnes avant d’être abattu par un certain Antoine Savenelle sur la route de Bazoches d’un fabuleux coup de fourche qu’il lui enfonça dans la gueule « et le tint pendant plus d’un quart d’heure assujetti contre la terre jusqu’à ce qu’enfin il lui vint des secours et l’on acheva d’y tuer cet animal furieux »
Mais là il s’agissait bel et bien d’un bon gros loup.
Savenelle, ci devant Milicien du Bataillon de Soissons, reçu du Roi une gratification de 300 Livres

 

Une dernière fois, afin d'en rajouter une couche, il semble réaliste de ne pas sombrer dans le côté monomaniaque du "c'est un loup" ou du "c'est pas un loup" et plus encore du "c'est un sadique" et du "ce n'est pas un sadique" avec déballage d'arguments préremptoires de bonne ou de mauvaise fois.

Surtout de mauvaise foi.

Il n'y a pas ici de majorité ou d'opposition ni même de majorité alternative et de minorités pour lequelles on va organiser des primaires puis un premier tour afin, ensuite, de faire sortir de l'urne, ou de l'ordinateur, la Vérité.

La Vraie Vérité, la seule et l'unique Vérité.

Celle qui arrange un peu tout le monde en attendant mieux ou autre chose.

Faute de mieux.

Mais il y a, par contre, une réalité évidente c'est que diverses hypothèses peuvent fort bien cohabiter, si on abandonne quelques instants les problèmes d'égo qui sont, comme chacun le sait, surdimentionnés chez les auteurs dont je fais partie.

Et plus encore chez les "auteurs de la Bête" qui sont, encore, une espèce spéciale qui n'esrt, heureusement, pasd en voie d'extinction puqi'ils semblent même se reproduire chez les Editeurs !

Cette vérité est que les loups sont des oportunistes et qu'ils ne sont pas des anges.

Ils ont donc probablement contribué à quelques repas sur les victimes qui leur étaient offertes par les moeurs de l'époque.

Cela n'exclut pas la présence d'anumaux domestiques ou sauvages dressés à tuer ni même d'un ou de plusieurs hybrides?

Ni par ailleurs quelques actes de sadiques, en minorité, mais existant.

Suivant les rapports et descriptions d'époque il serait imprudent de le nier.

Et quelques réglements de compte qu'on a mis sur le dos de la Bête.

Ce qui n'exclut nullement non plus quelques compromissions et chasses truquées ou du moins facilitées et des arrangements avec les victimes.

Et une incompréhension des moeurs et coûtumes de l'époque lorsqu'on confond les accusations de l'Archevêque de Mende, Monseigneur de Choiseul Beaupré, contre les gens de sa caste avec l'accusation des miséreuses victimes.

Lorsqu'il morigène dans son Mandement la "Jeunesse dévoyée du Gévaudan" il ne peut, dans son esprit et dans son sacerdoce, s'agir des petites bergères et des petits vachers qui ne sont, à l'époque que de la ribaudaille, mais bel et bien de la jeunesse dorée qui s'adonne aux messes noires.

Il est le seul à avoit tenté d'alarmer la Noblesse que la situation qu'elle engendrait ne pouvait plus durer et qu'elle courrait à sa perte.

Ce qui fut le cas.

Et nore Ami Chastel, dont on dit aujourd'hui le plus grand bien, est-il simplement un chasseur chanceux ou celui qui a mis fin, sur ordre, à cette affaire ?

Finalement, et ce sera ma conclusion, la Bête du Gévauda aura finalement nourri plus de monde qu'elle en aura mangé.

Et de ce fait nous la saluons bien bas.